Le président de la Société du Grand Paris, (SGP) Jean-François Monteils et sa garde rapprochée vivent une fin d’été sous pression. Ils doivent dissiper les doutes qui s’accumulent, faisant craindre un nouveau décalage de la mise en service d’un petit tronçon (Christ de Saclay-Massy Palaiseau) de la ligne 18, le véritable premier morceau du réseau du Grand Paris Express. Prévue à l’origine au 1er octobre, cette échéance a été décalée à fin novembre-début décembre. Elle pourrait désormais glisser à 2027.
La raison ? Fin juillet, le préfet de l’Essonne a refusé d’accuser réception du dossier de sécurité global transmis par la SGP au début de l’été. « Il manquait des pièces, un fait assez rare dans ce type de projet » commente un acteur placé aux premières loges. L’information a fuité depuis fin août auprès de plusieurs publications dont Mobily-Cités. « Le dossier a été complété au mois d’août conformément à la procédure réglementaire visant à s’assurer de sa complétude » minimise l’entourage de Jean-François Monteils. Son instruction par les services de l’Etat est en cours dans le calendrier prévu. » En somme un non-événement…« A ce stade rien n’a bougé, on est sur la date de la semaine du 30 novembre pour l’inauguration » ajoute le même porte-parole.
Ce contretemps risque pourtant de contrarier le compte-à-rebours « car l’instruction et validation d’un tel dossier par la préfecture est une opération nécessitant en général quatre mois ». Dans le cas théorique où le processus se déroulerait dans anicroche, cela conduirait à un feu vert fin décembre » souligne le même acteur qui croit savoir que l’instruction a réellement démarré ce mois-ci. Mais l’Etat peut aussi accélérer son tempo, de manière à coller avec la date prévue. On a déjà vu des feux verts délivrés à seulement quelques jours d’une ouverture.
Fixée au 24 septembre, l’heure de vérité approche : ce jour-là, le conseil de surveillance de la SGP confirmera ou repoussera la mise en service de ce morceau de la ligne 18. Un volet important va entrer en ligne de compte dans la décision. Des doutes existent aussi sur la capacité de la SGP à livrer dans les temps un système de métro automatique fonctionnant conformément aux exigences du cahier des charges. Cette étape ô combien symbolique appelée TGT, est programmée le 30 septembre : La SGP doit remettre les clés du système à Ile-de-France Mobilités, autorité organisatrice qui, de son côté, transfèrera la gestion des voies à RATP Infrastructures et l’exploitation et la maintenance du métro à Keolis dans le cadre d’une DSP. « Pour l’instant nous sommes assez réservés même si la SGP dispose encore d’un peu de temps pour conduire ses tests » résument plusieurs voix.
Du côté des exploitants - à commencer par Keolis, en première ligne - personne n’a intérêt à prendre possession d’un système mal huilé car à ce moment-là, la responsabilité d’un retard de livraison pèserait directement auprès d’eux, au moins sur le plan médiatique. A partir de la TGT, le rétroplanning accorde à Keolis deux mois pour répéter l’ouverture commerciale. Deux mois qui pourraient alors s’étaler.
Si toutes les parties prenantes ont à cœur de converger pour aboutir à la naissance de cet équipement public majeur, il n’empêche que la totalité des acteurs attendent Jean-François Monteils au tournant. Les reports d’ouverture successifs de l’ensemble des lignes (15, 16, 17, 18) ont entamé la crédibilité de cet ancien magistrat de la Cour des comptes installé en 2021 à la place de l’ingénieur Thierry Dallart. Sa personnalité qui le conduit parfois à rechercher le rapport de force et à tenter de se défausser ne contribue pas toujours à fluidifier le dialogue.
Au-delà des questions de personnes, certains déplorent que le directoire composé également de Bernard Cathelain et de Frédéric Bredillot n’aient pas su engager la révolution culturelle de la SGP en fonction de la vie du projet. Très compétente pour orchestrer la phase infrastructure, elle montre des limites dans la phase horriblement complexe d’installation et de livraison des systèmes : Livrées début 2025 par l’audit commandé à IDFM à deux experts chevronnés, Yves Ramette et Didier Bense, ces conclusions sont aujourd’hui largement partagées par les acteurs de terrain, mais beaucoup moins par l’Etat, l’actionnaire unique de la SGP.
Nommé au printemps pour un nouveau mandat, Jean-François Monteils et sa tutelle ont reconduit les autres membres du directoire aux manettes depuis le lancement du Grand Paris Express. Difficile sans doute de changer de casting dans la dernière ligne droite…
En tout cas, pour l’instant, rien n’est perdu et nous ne sommes pas à l’abri d’une promesse qui serait tenue.
Marc Fressoz

