Michel Seyt, Abdel Mammad, en vos qualités de coprésidents de la FNTV Auvergne-Rhône-Alpes, vous avez souhaité vous exprimer sur les JO 2030 qui se tiendront en partie dans votre région. Pourquoi est-ce un sujet important pour vous ?
Les Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver de 2030 constituent une formidable opportunité pour notre région, mais aussi un défi logistique majeur. Auvergne- Rhône-Alpes dispose d'atouts incontestables : des territoires de montagne mondialement reconnus, une longue tradition d'accueil des grands événements internationaux et des professionnels du transport de voyageurs dont le savoir-faire est éprouvé. Chaque saison hivernale, nos entreprises acheminent des centaines de milliers de voyageurs vers les stations de ski, dans des conditions parfois complexes liées à la météo, au relief ou à la forte affluence. Cette expertise opérationnelle, acquise au fil des années, sera un élément essentiel de la réussite des Jeux.
Au-delà de l'événement sportif, les JO 2030 doivent également constituer un accélérateur pour les mobilités durables. Ils offrent l'occasion de moderniser les infrastructures, d'accélérer la transition énergétique des flottes et de démontrer que l'autocar est une solution de transport collective, performante et décarbonée, parfaitement adaptée aux enjeux des territoires de montagne. Pour notre profession, il s'agit donc d'un rendez-vous stratégique : nous voulons être pleinement associés à la préparation des Jeux afin de mettre notre expertise au service des organisateurs, des collectivités et, bien sûr, des millions de spectateurs et d'athlètes qui feront le déplacement.
Vous souhaitez que l’organisation des transports s’inspire du modèle mis en place lors des championnats du monde de ski de Méribel–Courchevel en 2023. Pourquoi ?
L’expérience de 2023 a été très claire : la réussite repose sur des opérateurs implantés localement, qui maîtrisent les contraintes spécifiques de la conduite en montagne et en conditions hivernales. Ces entreprises disposent déjà des infrastructures nécessaires – dépôts, ateliers de maintenance, espaces de repos pour les conducteurs, solutions d’avitaillement en énergies alternatives – ce qui garantit un haut niveau de fiabilité et de sécurité.
Pour les JO 2030, il est essentiel de s’appuyer sur ce modèle. C’est, selon nous, une condition concrète de réussite opérationnelle.
Les Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver de 2030 constituent une formidable opportunité pour notre région, mais aussi un défi logistique majeur
Avez-vous été associés aux réflexions menées par la Région sur l'organisation des mobilités pour ces Jeux ?
Oui, et nous nous en félicitons. La Région Auvergne-Rhône-Alpes a rapidement compris que la réussite des Jeux de 2030 passerait par une gouvernance associant l'ensemble des acteurs des mobilités. La FNTV Auvergne-Rhône- Alpes est ainsi pleinement intégrée aux travaux engagés depuis plusieurs mois, aussi bien dans le cadre des échanges avec le MEDEF qu'au sein des groupes de travail pilotés par la Région et sa Direction des mobilités. Les sujets abordés dépassent largement la seule question des moyens à mobiliser. Ils concernent l'organisation globale des déplacements, l'articulation entre les différents modes de transport, la gestion des flux, les enjeux de sécurité, mais aussi l'accélération de la décarbonation des flottes, qui devra constituer l'un des héritages des Jeux. Nous sommes convaincus que le transport routier de voyageurs ne doit pas être considéré comme une simple variable d'ajustement du ferroviaire. Il en sera le complément indispensable. En montagne, l'autocar assure bien souvent le dernier kilomètre, mais aussi les liaisons entre les vallées, les gares, les sites de compétition et les stations. Sans lui, il n'y a tout simplement pas de chaîne de mobilité performante. Près d'un millier d'autocars pourraient être mobilisés pour transporter les athlètes, les délégations, les médias, les bénévoles et les spectateurs. C'est pourquoi nous souhaitons que les entreprises du transport routier soient pleinement associées aux décisions qui seront prises dans les mois à venir. Les JO 2030 ne seront une réussite que si tous les acteurs sont reconnus à leur juste place et travaillent dans un véritable esprit de partenariat.
Le transport routier de voyageurs est-il prêt pour un événement de cette ampleur ?
L'échéance peut sembler encore lointaine, mais les Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver de 2030 se préparent dès aujourd'hui. Un événement de cette dimension ne s'improvise pas, d'autant qu'il se déroulera en pleine période de vacances d'hiver, avec une fréquentation déjà très importante des stations de montagne. Le transport routier de voyageurs dispose de tous les atouts pour relever ce défi. Chaque hiver, nos entreprises assurent, dans des conditions parfois complexes, les déplacements de milliers de touristes, de saisonniers et de résidents. Elles savent gérer les pics d'affluence, s'adapter aux aléas météorologiques et garantir la continuité du service. Les Jeux de Paris 2024 ont également démontré la capacité de notre profession à répondre aux exigences des plus grands événements internationaux. Cette expérience constitue un socle solide sur lequel nous pouvons nous appuyer. Mais au-delà des véhicules et de l'organisation, notre première richesse reste les femmes et les hommes qui font vivre nos entreprises. Conducteurs, agents d'exploitation, régulateurs, techniciens, équipes de maintenance… leur engagement, leur réactivité et leur professionnalisme seront, une nouvelle fois, déterminants pour assurer la réussite des Jeux. Nous sommes prêts à prendre toute notre part dans cette aventure collective, aux côtés des collectivités et des organisateurs.
Propos recueillis par Pierre Lancien


