On construit des logements, on accueille de nouvelles familles… puis vient la question des transports. Le cas du quartier de Keraorec, à Concarneau, où l’absence de desserte scolaire oblige des collégiens à rejoindre à pied un arrêt situé à une dizaine de minutes, illustre une problématique beaucoup plus large : celle de la mobilité insuffisamment anticipée dans les nouveaux quartiers.
À Keraorec, 140 logements ont déjà été construits et 175 supplémentaires sont programmés. Pourtant, aucun arrêt de transport scolaire n’a été prévu au cœur du quartier. Plus que la distance à parcourir, c’est ici la sécurité qui inquiète : les élèves doivent notamment traverser un axe routier rapide, sur un passage piéton non éclairé.
La réponse du transporteur résume à elle seule la difficulté. Faire entrer un car dans un nouveau quartier suppose de pouvoir y circuler, manœuvrer et effectuer un demi-tour, mais aussi d’intégrer ce détour sans dégrader les temps de parcours de l’ensemble de la ligne. Autant de contraintes qui deviennent difficiles à résoudre lorsqu’elles sont examinées après la construction du quartier.
Car derrière cet exemple breton se pose une question d’aménagement du territoire : peut-on encore construire plusieurs centaines de logements sans penser simultanément leur desserte ?
Le sujet dépasse d’ailleurs largement le seul transport scolaire. Bus urbains, cars interurbains, cheminements piétons, pistes cyclables, accessibilité des arrêts : la mobilité devrait être pensée dès la conception des nouveaux quartiers, au même titre que la voirie, l’eau ou l’électricité.
À défaut, collectivités et opérateurs doivent ensuite adapter des réseaux qui n’ont pas été conçus pour ces nouveaux flux. Avec, souvent, des solutions plus coûteuses et moins efficaces.
Pierre Lancien

