Le virage est désormais assumé. Après plusieurs années de difficultés industrielles et financières, Ebusco a achevé sa transformation d'OEM, constructeur de ses propres autobus, en OED (Original Equipment Designer). Autrement dit, le groupe néerlandais conserve la conception et l'ingénierie de ses véhicules, mais en externalise désormais la production. Une mutation dont le symbole est sorti début juillet de l'usine chinoise de Golden Dragon à Longhai : un Ebusco 3.0 articulé de 18 mètres à structure composite, premier exemplaire intégralement assemblé par le constructeur chinois.
L'accord stratégique signé le 7 juillet entre les deux partenaires va bien au-delà d'une opération ponctuelle de sous-traitance. Ebusco et Golden Dragon collaborent depuis 2012, mais l'industriel chinois devient désormais l'un des piliers du nouveau modèle de production du constructeur européen. Ebusco conserve toutefois certaines opérations de finition : contrôles avant livraison (PDI), informatique et préparation des véhicules sont notamment réalisés à Deurne, aux Pays-Bas, et à Rouen.
Ce changement de modèle intervient dans un contexte particulièrement tendu. Au premier semestre 2026, Ebusco n'a livré que 16 autobus, contre 47 un an plus tôt, soit une chute de 66 %. Le chiffre d'affaires recule parallèlement de 28,2 à 22 millions d'euros. Le carnet de commandes, qui comptait 103 véhicules fermes au 30 juin, est retombé à 80 unités après l'annulation par l'opérateur de Potsdam d'une commande de 23 autobus, décision qui d'après nos sources, Ebusco conteste. S'y ajoutent 118 véhicules en « call-off », dont la transformation en commandes fermes n'est pas garantie.
La cure d'amaigrissement commence néanmoins à produire ses effets. La marge brute redevient positive à 6,1 millions d'euros et la perte d'EBITDA est ramenée de 36,2 à 17,9 millions d'euros. La perte nette atteint encore 24,9 millions, contre 46,1 millions un an auparavant. Les effectifs sont, eux, descendus à 248 salariés, contre 282 fin 2025.
La situation financière demeure surtout extrêmement fragile : Ebusco ne disposait plus que de 2,1 millions d'euros de trésorerie au 30 juin, contre 7,4 millions six mois auparavant, et affichait 14,8 millions d'euros de capitaux propres négatifs. Les contraintes de liquidité continuent d'ailleurs de ralentir la production chez ses sous-traitants.
« Ces derniers mois, le directoire s'est principalement concentré sur la survie de l'entreprise. » nous confiait Peter Bijvelds Président fondateur d'Ebusco.
Ebusco assure pourtant vouloir livrer 77 autobus supplémentaires d'ici à la fin de l'année, principalement au quatrième trimestre. Un pari industriel qui reposera largement sur ses partenaires asiatiques.
Derrière cette affaire Ebusco se dessine ainsi une question autrement plus large pour l'industrie européenne : peut-on encore être constructeur d'autobus en Europe sans les fabriquer ?
Pierre Lancien

