Auditionnée au Sénat le 24 mars dernier, dans le cadre du projet de loi-cadre sur le développement des transports, la Fédération Nationale des Transports de Voyageurs (FNTV) avance ses lignes rouges. Derrière un soutien global au texte, la profession attend désormais des arbitrages clairs sur trois volets jugés structurants : financement, infrastructures et sécurité. Avec, en toile de fond, une urgence plus conjoncturelle mais tout aussi brûlante : la flambée des carburants.
Premier point, le financement. Pour la FNTV, l’inscription dans la loi d’une indexation des tarifs à l’inflation constitue un levier essentiel. L’objectif est simple : redonner de la visibilité économique aux opérateurs et permettre, à terme, le développement de l’offre. Dans un secteur soumis à des marges contraintes, cette mécanique d’indexation est perçue comme une condition de stabilité, voire de survie pour certains réseaux.
Deuxième sujet, plus structurel encore : les gares routières. La fédération y voit un tournant potentiel. Elle milite pour que les collectivités de plus de 100 000 habitants aient l’obligation de se doter d’infrastructures adaptées. Une manière de remettre à niveau un maillage souvent délaissé, alors même que la demande de mobilité progresse. Mais au-delà de la création, Ingrid Mareschal la Déléguée Générale de la FNTV insiste sur un point clé : »éviter toute fermeture sèche d’équipements existants ». Autrement dit, organiser le réseau plutôt que le réduire. Une revendication ancienne qui trouve enfin un début de traduction dans le débat législatif.
Sur le volet sécurité, la question du dépistage de stupéfiants cristallise les discussions. La fédération ne s’oppose pas au principe, mais demande un encadrement précis. La FNTV plaide pour : « une application limitée aux véhicules neufs à compter du 1er septembre 2029, afin de ne pas pénaliser les entreprises dont les flottes ne seraient pas équipées ». Car la réalité technique complique l’équation : associer éthylotest et dépistage de stupéfiants dans un même dispositif reste aujourd’hui difficile, notamment en raison de protocoles distincts, souffle pour l’alcool, test salivaire pour les stupéfiants. Sans clarification dans la loi, le risque est de créer une obligation inapplicable sur le terrain.
Mais c’est sans doute sur la question des carburants que l’inquiétude est la plus immédiate. La FNTV alerte sur une situation intenable pour de nombreux transporteurs. Des contrats signés sur la base d’un litre de carburant à 1,50 euro deviennent déficitaires lorsque les prix dépassent les 2,20 euros quelques semaines plus tard. Résultat : certains opérateurs roulent à perte. La fédération demande donc l’introduction d’un mécanisme inspiré du transport routier de marchandises (TRM), avec une clause d’ajustement automatique en pied de facture en fonction de l’évolution des prix du carburant. Une mesure de bon sens pour éviter que la volatilité énergétique ne fragilise davantage le secteur.
Pierre Lancien



