Ça tousse un peu au dépot… de bus

06 05 2026 | Actualités

En région parisienne, le changement de régime dans la gestion des lignes de bus se poursuit et pas toujours sans créer d’anicroches en coulisse.

Le 1er mai, trois nouveaux groupes de lignes ont changé de mains. L’EPIC RATP en a transmis deux à des filiales de RATP Cap Ile de France et une troisième (le lot 44 couvrant l’est de Paris et des communes de Seine St-Denis ) à Transdev.

Or le passage de relais entre l’opérateur historique et le vainqueur par appel d’offre de cette DSP a failli s’accomplir dans de mauvaises conditions. La RATP, l’admet au 1er mai, sur le parc de véhicules dont elle a transmis les clés à Transdev, « 31 bus étaient indisponibles (18 à Pavillons et 13 à Flandre) ». Mais s’agissant d’un parc total de 375 véhicules, ce nombre représente « moins de 8 % du parc » et s’inscrit « dans notre engagement contractuel de rendre 92 % de bus disponibles.»

Cela aurait pu être bien en deçà du contrat, car on partait de très loin. Il y a plusieurs mois, la question de la qualité du leg a fait l’objet d’une sérieuse explication entre l’autorité organisatrice Ile de France Mobilités (IDFM) et l’opérateur historique.

En témoigne un courrier de mise en demeure envoyé en mars 2026 au PDG de la RATP Xavier Piechaczyk par Laurent Probst révélé par le Parisien et que Mobily-Cités s’est procuré. Le DG d’IDFM y enjoint le successeur de Jean Castex de « rétablir un fonctionnement nominal du service public de transport d’ici fin avril», afin que le transfert au futur exploitant puisse « se passer de la meilleure manière ».

Le DG d’IDFM pointe alors une « dynamique défavorable depuis plusieurs mois». Elle se traduit « en particulier par un niveau très élevé́ d’indisponibilité́ du matériel roulant – avec plus de 100 bus immobilisés – et par une hausse continue de l’absentéisme ». Les deux centres bus – Flandre et Pavillons -disposent pourtant d’un parc de bus modernisé, d’une moyenne d’âge de cinq ans.

Autre grief, des « difficultés majeures de réalisation du service » sur les lignes du futur lot 44. Le taux de réalisation « s’élève à environ 85%, en fort décrochage avec le reste des lignes exploitées par la RATP » selon IDFM. En 2025, la moyenne a atteint 92%, l’offre non réalisée 8 %.

Après ce coup de semonce, le PDG de la RATP s’est attelé à redresser la barre, par des recrutements et par une meilleure maintenance, non sans imputer, pour plus de la moitié des bus immobilisés, la responsabilité d’IVECO et MAN dans la fourniture de pièce détachée.

Du côté de l’autorité organisatrice, on mesure bien les difficultés de gestion de ces deux dépôts difficiles (10 personnes par mois sont à remplacer pour départ en retraite, démission, ou licenciement), mais pour elle, tout n’est pas entendable.

« Tous les opérateurs sont responsables de la maintenance de leur matériel et éprouvent les mêmes difficultés, rétorque-t-on dans l’entourage de la présidente d’IDFM Valérie Pécresse,  mais une centaine de bus c’est difficile à justifier. » Comme si la RATP avait été tentée de se concentrer à régler les problèmes sur les groupes de lignes dont elle conserve la gestion. Ce qu’elle réfute.

Comment Transdev s’en tire-t-il depuis le 1er mai ? On manque encore de recul, mais pour l’instant, il n’y a pas de mauvaise remontée du terrain.

Cet exemple de passage de relais entre concurrents qui a priori se finit bien rappelle un risque inhérent à la rotation des contrats. Dans des zones médiatiquement moins exposées, les petites crasses entre concurrents ne sont pas rares. « Lors de la remise des clés du réseau de Nanterre ( DSP 41) des mains de Transdev. La RATP a hérité d’un nombre très important de bus indisponibles » rappelle un connaisseur. Idem à Saclay, ou à Morangis de la part de Keolis. » On pourrait aussi citer le cas où le sortant à déshabillé la société d’une partie des chauffeurs.

Alors que l’opposition de gauche dénonce l’ouverture à la concurrence et l’éclatement du réseau de bus – la FNAUT émettant quant à elle des réserves – l’entourage de Valérie Pécresse défend ce processus. « Pour l’instant nous avons un très bon retour des 6 premières DSP où le niveau d’offre non réalisées oscille entre 1 et 3 % seulement. » Une bonne performance donc. 

On en saura plus lors de la prochaine audition des opérateurs programmés sur la qualité de service par IDFM les 20 et 27 mai.

Marc Fressoz

 

 

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