La frontière administrative entre l’Île-de-France et le Centre-Val de Loire ne devra plus être un casse-tête pour les voyageurs. Réunis à Montargis, François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire, et Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France et d’Île-de-France Mobilités, ont annoncé une nouvelle étape dans leur coopération ferroviaire. Le TUT ! (Ticket Unique de Transport) Objectif : simplifier les déplacements quotidiens entre les deux territoires tout en redonnant du pouvoir d’achat aux usagers.
Depuis plusieurs années, les deux collectivités travaillent à rapprocher leurs systèmes tarifaires. Une première étape avait consisté à réduire le prix des abonnements pour les habitants de villes comme Dreux ou Montargis qui travaillent en Île-de-France. Puis est venue la création d’un abonnement unique entre les réseaux Navigo et Rémi, mettant fin à l’obligation pour certains voyageurs de cumuler deux titres de transport pour un même trajet.
La troisième étape annoncée aujourd’hui concerne cette fois les voyageurs occasionnels. À partir de l’automne 2026, un ticket unique de transport permettra de relier plusieurs gares du Centre-Val de Loire à Paris avec un tarif simplifié. Le prix sera fixé à 5,50 euros sur les trains Transilien reliant notamment Dreux et Montargis à la capitale.
Cette réforme représente une baisse spectaculaire par rapport aux tarifs actuels, qui peuvent atteindre 15,10 euros pour Dreux et plus de 21 euros pour Montargis. Le nouveau billet fonctionnera comme un titre francilien classique : il permettra non seulement d’accéder au train, mais aussi d’effectuer des correspondances sur le réseau métro, RER ou bus une fois arrivé à Paris.
Pour Valérie Pécresse, la mesure vise avant tout à corriger des incohérences tarifaires devenues difficiles à justifier. « À un kilomètre de la frontière francilienne, on pouvait payer dix ou vingt euros pour un trajet alors qu’en Île-de-France le ticket est désormais à 2,50 euros », a-t-elle rappelé. Ces écarts incitaient certains voyageurs à contourner les règles en descendant acheter un second billet à la dernière gare francilienne ou en stationnant leur voiture de l’autre côté de la frontière régionale.
La réforme doit ainsi contribuer à réduire la fraude, mais aussi à limiter les phénomènes de « voitures ventouses » dans les communes situées à la limite de l’Île-de-France, où de nombreux automobilistes venaient se garer pour bénéficier des tarifs franciliens.
Au-delà de la question tarifaire, l’accord prévoit également des évolutions dans l’offre ferroviaire. Les trains TER Rémi de la Région Centre-Val de Loire marqueront davantage d’arrêts en Île-de-France, notamment à Étampes et Nemours. Ces haltes supplémentaires permettront aux habitants de l’Essonne et de la Seine-et-Marne de bénéficier de liaisons plus rapides vers Paris grâce aux trains express régionaux. Leur financement, estimé à 4 millions d’euros par an, sera assuré par Île-de-France Mobilités.
Autre mesure symbolique : la gare de Malesherbes sera intégrée à la tarification francilienne. Les voyageurs pourront ainsi accéder au réseau avec un billet à 2,50 euros, contre près de 15 euros aujourd’hui. Une décision qualifiée d’exceptionnelle par la présidente d’Île-de-France Mobilités, justifiée par la situation particulière de cette gare, terminus du RER D et située à seulement un kilomètre de la frontière régionale.
Pour François Bonneau, cet accord illustre la nécessité de dépasser les logiques administratives pour répondre aux besoins réels de mobilité. « La proximité avec l’Île-de-France est une chance pour le Centre-Val de Loire. Elle doit être facilitée et non compliquée », a-t-il insisté.
Au-delà de la simplification tarifaire, les deux régions défendent une approche à la fois sociale, écologique et territoriale de la mobilité, destinée à encourager l’usage du train face à la hausse du coût de l’automobile. Dans un contexte marqué par l’augmentation des prix de l’énergie et la congestion routière autour du bassin parisien, ce partenariat pourrait bien servir de modèle à d’autres régions limitrophes de l’Île-de-France, qui, selon Valérie Pécresse, se montrent moins audacieuses et craignent pour leurs finances. La présidente d’Île-de-France Mobilités ajoute : « Le ticket unique en Île-de-France devait coûter 30 millions d’euros. Finalement, il en a rapporté 80. »
Pierre Lancien



