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Résultats SNCF 2025 : Jean-Pierre Farandou met la pression sur Jean Castex

27 02 2026 | Actualités

PDG du groupe SNCF depuis novembre 2025, Jean Castex fera-t-il aussi bien que son prédécesseur Jean-Pierre Farandou, aujourd’hui ministre du Travail, pour gérer ce groupe aux 43 milliards d’euros de chiffre d’affaires ?

Ce dernier a placé la barre très haut en laissant de très bons comptes en 2025, publiés le 26 février. C’est la cinquième année de suite dans le vert pour le groupe, organisé depuis 2020 en SA avec ses grandes filiales, Voyageurs, Réseau, Keolis, Geodis, Rail logistique Europe.

Cet ensemble a dégagé 1,8 milliard d’euros de bénéfices contre 1,55 en 2024, pas loin du pic de 2022 ( 2,5 milliards de résultats nets). A rebours de la situation des finances publiques, l’endettement a baissé de plus de 400 millions d’euros à 24,3 milliards. Le fret est passé dans le vert et si Keolis (7,1 md €) et Geodis (10,5 mds) ont vu leurs chiffres d’affaires reculer, leurs fondamentaux se sont maintenus ou améliorés, tandis que malgré la concurrence plus mordante, SNCF Voyageurs reste une vache à lait très productive.

Sur toute cette période, un élément saute aux yeux : le pilotage du groupe SNCF et de sa fragile mécanique a permis d’améliorer significativement sa rentabilité. La marge a bondi de 16 % en 2019 à 17,8% l’an dernier, à 7,8 milliards d’euros. Au total, la SNCF a dégagé 1,5 milliard d’euros pour financer le réseau à travers le fonds de concours.

Comme il se doit, c’est le PDG en poste Jean Castex qui, le 26 février après le conseil d’administration, a dévoilé les comptes devant la presse en soulignant « la solidité du groupe sur le plan financier » sans jamais prononcer le nom de Jean-Pierre Farandou. « Les résultats 2025 du groupe SNCF sont satisfaisants » juge-t-il sans plus d’emphase dans le communiqué. « Cela vous étonne ? Ce n’est pas le grand amour entre eux » souligne un élu proche de la Macronie qui voit en Farandou un « très grand PDG » de la SNCF.

« Mais, ajoute un administrateur, Jean Castex a salué devant le conseil d’administration l’excellent travail de Laurent Trevisiani » le solide général délégué chargé de la performance. Le nombre record de voyageurs combiné à une offre de rames TGV insuffisante synonyme d’un taux de remplissage record a bien sûr servi de socle.

2026 sera-t-elle une année aussi bonne que 2025 ? Le patron de la SNCF est resté prudent face à cette question. « Nous avons voté en décembre le budget prévisionnel 2026 » s’est-il contenté d’indiquer. Avant d’aborder les comptes, il a planté le décor de ce début d’année en soulignant deux forces contraires  : la fréquentation des trains toujours excellente et la météo déréglée avec sa succession de tempêtes « Benjamin, Goretti, Niels, Pedro  ».  Résultats « 1200 arbres couchés » et des minutes de retard qui s’accumulent. « Au 12 février 2026, on est à 50 % au-dessus de ce qu’on fait d’habitude le 31 mars » calcule le patron des cheminots.

Celui qui était encore PDG de la RATP en 2025, vainqueur d’un lot de TER à Caen, a listé certains objectifs internes : « un dialogue social approfondi » et le maintien des positions de la SNCF à l’occasion de quatre appels d’offre cette année dont un en région parisienne ( ligne J) face à la RATP à l’offensive dans ce bastion SNCF.

C’est surtout sur sa capacité à vouloir renverser la montagne Bercy que le PDG entend faire la différence en décrochant le Graal : obtenir 1,5 milliard de plus pour porter l’entretien annuel du réseau à 4,5 milliards en 2028.  Il veut faire inscrire ce principe dans le projet de loi-cadre de Philippe Tabarot, qui occupe l’énergie de sa garde rapprochée, et espère obtenir un nouveau contrat de performance Etat-SNCF Réseau.

Autre objectif ciblé : modifier « les règles du jeu qui doivent être les mêmes pour tous » sur le marché de la grande vitesse afin de limiter les assauts de Trenitalia et demain de Velvet. Il leur reproche de s’installer sur les seules lignes les plus rentables alors que la SNCF utilise ses marges pour exploiter des axes moins fréquentés.

Dans l’esprit de Jean Castex, leur participation au fonds de péréquation serait plus efficace que les ristournes sur les péages pour ceux qui s’arrêteraient dans des villes moyennes, une solution favorisée par le régulateur du rail. Bras de fer en vue. Jean Castex ne s’est d’ailleurs pas privé de tacler l’organisme à l’origine d’une polémique récente sur la hausse des tarifs de Ouigo : « Je signale au passage, parce qu’on ne l’a pas vu, que l’ART a corrigé ses chiffres ».

Dans les troupes cheminotes on apprécie. « Castex, c’est le type de patron qu’il nous faut en ce moment, un super lobbyiste capable de parler directement aux ministres, c’est presque lui qui leur dit quoi faire » estime un élu syndicaliste.

On remarque que ces objectifs stratégiques relèvent du court terme, le projet de loi devant se jouer en principe en 2026. Et que fera Jean Castex en 2027 ? Selon le Canard Enchaîné et le Monde, le président de la République et une partie de la Macronie songent à l’ex-Premier ministre comme recours face au RN au cas où aucun candidat n’émergerait dans les sondages. Pour l’intéressé, c’est non. On l’imagine mal dire publiquement le contraire. Il ne voulait pas non plus aller à la SNCF en mai dernier 😎

Marc Fressoz

 

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