Christine Français
Christine Français
Directrice des Cars Grisel et Présidente de la FNTV Normandie

En Normandie, le tourisme par autocar reste un pilier discret mais essentiel de l’économie locale. Des plages du débarquement au Mont-Saint-Michel, des falaises d’Étretat aux circuits impressionnistes, il permet de relier en une seule journée des sites souvent éloignés des grands axes ferroviaires. L’autocar répond aussi à une demande croissante de mobilité collective, portée par les groupes scolaires, les seniors, les croisiéristes et les clientèles internationales. Plus économique, plus simple à organiser et moins émetteur de CO que la voiture individuelle, il s’impose comme un outil stratégique pour irriguer l’ensemble du territoire normand, y compris ses zones rurales et littorales.

Mobily-Cités a rencontré Madame Christine Français, Directrice des Cars Grisel et Présidente de la FNTV Normandie

 

Vous êtes présidente de la FNTV Normandie, pouvez-vous nous dire en quoi l’autocar occupe-t-il une place stratégique dans le développement touristique de la Normandie ?

Christine Français : Comme vous le savez l’autocar constitue aujourd’hui l’un des maillons indispensables du tourisme. Il permet d’acheminer dans de bonnes conditions les groupes scolaires, les seniors, les associations, les touristes étrangers ou encore les croisiéristes, en offrant une solution collective économique. Un seul autocar peut remplacer jusqu’à trente voitures sur les routes, ce qui en fait un outil précieux pour limiter la congestion autour des grands sites touristiques et réduire l’empreinte environnementale des déplacements.

Quelles coopérations la FNTV Normandie entretient-elle avec les acteurs du tourisme Normand ?

Nous travaillons en étroite relation avec l’ensemble des acteurs du tourisme comme les offices de tourisme les hôteliers les restaurateurs, les sites patrimoniaux et agences réceptives ou collectivités.  Le 10 mars dernier, nous avons impulsé la relance du réseau « Autocars & Tourisme Normand », transformant notre ancienne commission tourisme en un dispositif structuré et opérationnel.

L’ambition est double : tisser des liens durables entre autocaristes normands eux-mêmes, et constituer un écosystème fédérateur réunissant réceptifs, agences de voyages, collectivités territoriales, offices de tourisme, écoles supérieures du tourisme et concessionnaires d’autoroutes. 

Ce réseau vise concrètement à valoriser les destinations exemplaires dans l’accueil des autocars, garantissant ainsi des retombées économiques locales tangibles. Il ambitionne de positionner la Normandie comme un territoire pilote en matière de tourisme durable par autocar, où chaque acteur trouve sa place dans une chaîne vertueuse.

Vous insistez sur le fait que la qualité de l’accueil est devenue un élément central du tourisme par autocar La FNTV a créé la formation « Perfectionnement Conducteur Tourisme » était-elle devenue indispensable ?

Bien-sûr, le conducteur occupe une place centrale dans cette chaîne de valeur. Bien au-delà de sa mission de conduite, il devient un véritable ambassadeur de la Normandie, capable d’accueillir, de conseiller et de faire découvrir les territoires traversés.

Longtemps, il ne bénéficiait d’aucune formation réellement adaptée aux exigences spécifiques de son métier. Le permis D et la FIMO permettent bien sûr d’acquérir les compétences indispensables en matière de conduite et de sécurité, mais ils ne préparent pas à la dimension relationnelle, culturelle et commerciale que suppose aujourd’hui le transport touristique.

Or un conducteur de tourisme ne se contente pas d’emmener des voyageurs d’un point A à un point B. Il doit accueillir un groupe, instaurer un climat de confiance, gérer les imprévus, renseigner les passagers, parfois animer le trajet et donner envie de découvrir un territoire. Il devient souvent le premier contact avec la destination et, à ce titre, participe pleinement à l’image de l’entreprise comme de la Normandie.

C’est précisément pour répondre à cette évolution du métier que la FNTV Normandie, en partenariat avec l’AFTRAL, a mis en place une formation spécifique de « Perfectionnement Conducteur Tourisme ». Celle-ci ne porte pas uniquement sur la conduite, mais sur le savoir-être professionnel : qualité de l’accueil, relation client, gestion de groupe, connaissance du patrimoine normand, maîtrise des comportements à adopter face à des clientèles étrangères ou encore acquisition de quelques bases linguistiques.

Les bénéfices sont immédiats pour les entreprises comme pour les voyageurs. Un conducteur mieux formé est plus à l’aise, plus valorisé dans son métier et davantage capable de fidéliser une clientèle. Cette démarche contribue aussi à renforcer l’attractivité d’une profession qui souffre encore d’un déficit de reconnaissance.

Au-delà de la seule Normandie, cette initiative pourrait enfin ouvrir la voie à la création d’un véritable Certificat de Qualification Professionnelle de conducteur de tourisme au niveau national, afin de mieux reconnaître les compétences spécifiques de ces professionnels et d’accompagner durablement la montée en gamme du secteur.

Réduire l’empreinte carbone du tourisme passe aussi par une accélération de la décarbonation des autocars. Selon vous, quelles sont aujourd’hui les priorités sur lesquelles les autocaristes doivent agir ?

Pour les autocaristes normands, la transition environnementale repose aujourd’hui sur plusieurs leviers complémentaires. Le premier concerne naturellement le renouvellement des flottes. Si le secteur du tourisme dispose déjà de véhicules relativement récents, les professionnels attendent désormais des motorisations véritablement décarbonées, qu’elles soient électriques ou fondées sur d’autres énergies alternatives, avec des niveaux d’autonomie compatibles avec les longs circuits touristiques normands.

L’enjeu passe également par une meilleure optimisation des parcours et des taux de remplissage. Plus un autocar transporte de voyageurs, plus son efficacité environnementale progresse. Cette logique de mutualisation reste l’un des principaux atouts du mode autocar face à la voiture individuelle.

Les infrastructures constituent un autre sujet majeur. Les professionnels plaident notamment pour davantage d’aires de stationnement adaptées aux autocars, à proximité des grands sites touristiques comme des centres-villes. Sans ces équipements, il devient difficile de fluidifier les parcours et d’améliorer les conditions d’exploitation.

Enfin, les autocaristes estiment qu’il faut davantage valoriser les performances environnementales de leur mode de transport. Un autocar émet en moyenne sept fois moins de CO par passager qu’une voiture individuelle, mais cet avantage reste encore trop peu mis en avant dans les politiques touristiques régionales, c’est bien dommage…

Propos recueillis par Camille Valentin

Bus place de normandie Christine Français

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