À Rovaltain, autour de la gare Valence TGV, une expérimentation pourrait bien rebattre les cartes de la desserte des zones d’activités. Depuis un an, des navettes électriques automatisées relient la gare, un parking longue durée et les entreprises du parc sur une boucle de 3,3 kilomètres. Une distance modeste, mais un enjeu majeur : celui du fameux “dernier kilomètre”, encore massivement dominé par la voiture individuelle.
Ici, pas de démonstration technologique hors-sol. Le dispositif s’inscrit dans une réalité bien connue des élus comme des opérateurs : des gares excentrées, des zones d’activités éclatées, et une dépendance persistante à l’automobile, faute d’offre fine et souple. La promesse des navettes autonomes est simple : reconnecter ces maillons faibles sans alourdir les coûts d’exploitation.
Le projet, porté par un consortium associant beti, Renault, WeRide, Macif et Vinci, repose sur des véhicules de niveau 4 circulant sur un itinéraire prédéfini, supervisés à distance. En phase de test, près de 100 passagers par jour ont utilisé le service. Un chiffre encore modeste, mais révélateur d’un usage réel, loin des expérimentations confidentielles.
Au-delà de la technologie, c’est bien la question du modèle économique qui se pose. Car si l’automatisation permet à terme de réduire les coûts liés au conducteur, elle suppose encore des investissements importants, notamment en infrastructure, en supervision et en sécurisation des parcours. Autrement dit, la promesse de massification reste conditionnée à un passage à l’échelle que peu de territoires ont encore franchi.
Reste que l’expérimentation de Rovaltain intervient dans un contexte réglementaire désormais stabilisé en France, permettant l’exploitation de services routiers automatisés depuis 2022. Un cadre qui offre aux collectivités un terrain d’essai inédit pour repenser la desserte fine de leurs territoires.
Alors, ces navettes peuvent-elles réellement concurrencer la voiture sur ces trajets courts mais structurants ? Rien n’est encore acquis. Mais une chose est sûre : en s’attaquant frontalement à l’un des angles morts des politiques de mobilité, elles ouvrent une brèche.
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