266 millions d’euros pour l’atelier de Marcheprime

14 04 2026 | Actualités

L’ouverrture à la concurrence ferroviaire française bute sur un obstacle très concret : trouver où entretenir ses trains. Acheter des rames, recruter des conducteurs, construire une offre commerciale, tout cela reste possible. Mais disposer d’un atelier, de voies de remisage, d’équipes de maintenance et de capacités industrielles indépendantes relève  du parcours du combattant.

C’est précisément ce verrou que veut faire sauter LISEA avec son futur Site de Maintenance et de Remisage de Marcheprime, en Gironde. Le concessionnaire de la LGV Sud Europe Atlantique vient de boucler le financement de ce projet de 266 millions d’euros, présenté comme le premier site indépendant de maintenance ferroviaire en France.

Derrière ce projet, il y a une réalité simple : sans outil de maintenance, pas de nouveaux opérateurs. Depuis l’ouverture à la concurrence, de nombreux candidats potentiels se heurtent à cette difficulté. Les grands sites existants restent largement contrôlés par les opérateurs historiques. Construire un atelier de toutes pièces coûte cher, prend du temps et suppose de lourdes autorisations foncières, industrielles et environnementales.

LISEA entend donc proposer un modèle nouveau : un site multi-opérateurs capable d’accueillir aussi bien des rames à grande vitesse que du matériel TER ou TET. Implanté sur 14 hectares, le futur SMR de Marcheprime comprendra 28 000 m² de bâtiments et pourra accueillir une vingtaine de rames. Mise en service prévue : fin 2027.

Le premier client est déjà connu : la future compagnie Velvet, qui y stationnera et entretiendra ses douze rames à grande vitesse destinées aux liaisons entre Bordeaux, Nantes, Rennes, Angers et Paris à partir de 2028. Un détail qui n’en est pas un. Velvet pourra ainsi démarrer son activité sans devoir investir seule dans une base industrielle complète, souvent inaccessible pour un nouvel entrant.

Le montage financier lui-même dit long de l’évolution du secteur. LISEA apporte 131 millions d’euros de fonds propres, complétés par une dette de long terme de 135 millions sur 25 ans. Plusieurs grands acteurs financiers ont participé à l’opération : Banque des Territoires, Crédit Agricole CIB, Caisses d’Épargne régionales et même Aviva Investors via des émissions obligataires réalisées en 2025.

Pour LISEA, déjà concessionnaire de la LGV Tours-Bordeaux jusqu’en 2061, ce projet permet aussi de prolonger son rôle au-delà de la seule infrastructure. Après avoir construit et exploité une ligne, l’entreprise veut désormais devenir un acteur de la chaîne industrielle du rail, de l’exploitation jusqu’à la maintenance. 

Mobily-Cités consacrera d’ailleurs dans son tout prochain Hors Série un dossier complet à l’ouverture à la concurrence de la maintenance ferroviaire, un sujet encore peu traité mais devenu stratégique pour l’avenir du rail français. Un dossier à ne pas manquer !

Pierre Lancien

 

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