Valérie Pécresse : « Chaque faux pas réglementaire coûte des millions »

03 07 2025 | Actualités

« Notre mix projeté, c’est 70% de biométhane, 30% d’électrique », a défendu Valérie Pécresse en ouverture des Assises de la décarbonation des bus organisées par Ile-de-France Mobilités le 2 juillet 2025. Un mix énergétique également défendu par les élus, industriels, fournisseurs d’énergie et opérateurs présents au nom du « bon sens » et d’enjeux de souveraineté énergétique et économique de la France.

La présidente de la Région a justifié ce choix par une comparaison coût-bénéfice entre les différentes motorisations. Ainsi, l’élue francilienne a rappelé que la réduction des émissions de CO2 était équivalente entre un bus roulant au biogaz et un bus électrique : « -86% par rapport à un bus diesel contre -87% ». S’agissant de la qualité de l’air, l’électrique est zéro émission à l’échappement, un bus BioGNV, c’est une réduction de 90 % des particules émises par rapport à un véhicule diesel de même génération. « C’est donc extraordinairement satisfaisant », a souligné Valérie Pécresse. 

En revanche, le coût n’est pas neutre sur le TCO : « l’acquisition d’un bus hydrogène plus sa maintenance, c’est 1 M€, 500 000 € pour un bus électrique, 300 000 € pour un bus au BioGNV ». Idem pour la conversion des dépôts : 10 M€ pour le biogaz contre 20 M€ pour un électrique, selon la présidente d’Ile-de-France Mobilités : « Nous avons privilégié les technologies matures qui étaient de facto les moins chères et les plus sûres à mettre en œuvre ».

Le « contraire du bon sens »

La présidente d’Ile-de-France Mobilités a ainsi fustigé le règlement européen CO2 qui mise sur le tout électrique pour décarboner les transports. Là encore, son avis était largement partagé par les participants à ces Assises à l’instar de Marie-Ange Debon, PDG de Keolis et vice-présidente de l‘UTPF, pour qui ce règlement est « le contraire du bon sens parce qu’il n’est pas faisable ». De son côté, Solène Grange, directrice générale d’Iveco France, espère que la clause de revoyure prévue en 2027 sera avancée à début 2026 : « Les pénalités pour les constructeurs sont énormes si nous n’atteignons pas la production de 90% de bus urbain zéro émission en 2030. Or, la réalité terrain montre qu’on a besoin de garder le biogaz… ». 

Les intervenants ont, ainsi, plaidé pour un retour à la neutralité technologique au niveau européen : « Nous leurs disons : continuez à fixer les objectifs de décarbonation, mais laissez les clients choisir, et vous verrez que non seulement nous avancerons plus vite, mais cela mettra les filières en compétition et nous serons meilleurs… », a assuré Frédéric Martin, président de France Gaz. Les professionnels présents ont également demandé que les émissions de CO2 soient calculées sur l’ensemble du cycle de vie (ACV) du bus, et non plus au pot d’échappement comme c’est la cas aujourd’hui dans le règlement européen, afin de mesurer l’impact réel de chaque motorisation. « Nous y souscrivons complètement, a déclaré Sophie Mourlon, directrice générale de l’énergie et du climat au ministère de la Transition écologique. Nous avons d’ailleurs des échanges avec l’Ademe pour mettre en place un éco-score pour les poids lourds et les bus comme il en existe un pour les véhicules légers depuis un an ».

Une filière soutenue 

Le développement de la filière biométhane est également en jeu. La région Ile-de-France a investi 36 M€ depuis 2019 pour aider cette filière, encouragée alors par l’Etat et l’Union européenne. « Il y en a un peu assez de ces va-et-vient réglementaires. Chaque faux pas coûte des millions », a déclaré Valérie Pécresse. La présidente de la Région demande donc qu’au moins les collectivités qui ont investi dans la filière biométhane, soient exemptées des obligations imposées par le règlement CO2. Et Valérie Pécresse de dresser un paysage apocalyptique de la situation si le texte reste en l’état : mettre plusieurs milliers de véhicules neufs à l’arrêt dans une région qui dispose de la deuxième plus importante flotte de bus au monde avec près de 11 000 véhicules.

Au-delà, les participants à ses assises ont aussi souligné que le tout électrique mettait en jeu la souveraineté de la France. Laurent Probst, directeur général d’Ile-de-France Mobilités, a pris l’exemple d’une ville scandinave qui se vante d’avoir d’ores et déjà atteint une flotte de 50% de bus vert…. En réalité, l’électricité est produite avec du gaz russe, et les véhicules sont chinois ! Et de conclure : « Il faut arrêter avec l’hypocrisie de l’électrique ! ». A l’inverse, l’Ile-de-France a fait le choix d’acheter des bus auprès d’Iveco fabriqués dans ses usines françaises, et auprès d’autres constructeurs européens. Et aujourd’hui, 50% du biogaz consommé en Ile-de-France est produit dans la région, le reste en France. La filière gaz verte aurait ainsi permis de créer 4 000 emplois non-délocalisables dès aujourd’hui. Là encore, Valérie Pécresse  assume ses choix : « Nous gardons à chaque instant un œil sur la question de la souveraineté industrielle et de l’emploi local ».

Florence Guernalec
Journaliste Mobily-Cités

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