SAFRA passe sous pavillon chinois : Wanrun s’offre une pépite de la décarbonation

20 05 2025 | Actualités

C’est une page qui se tourne à Albi. Le constructeur et rénovateur de bus SAFRA, symbole de l’industrie du transport en Occitanie, vient d’être repris par le groupe chinois Wanrun Automotive. L’annonce, officialisée mi-mai, marque un tournant stratégique pour l’entreprise albigeoise, jusqu’ici restée farouchement indépendante. Fondée en 1955, SAFRA s’était fait un nom dans la rénovation de matériel roulant, avant d’élargir son savoir-faire à la construction de bus à hydrogène – les fameux Businova – en devenant l’un des pionniers français du transport décarboné.

Pour Wanrun, l’opération s’inscrit dans une stratégie de conquête du marché européen de la mobilité propre. Le groupe, basé à Jinhua, est déjà bien implanté en Chine sur les segments de l’électromobilité et des batteries. En mettant la main sur SAFRA, il s’offre non seulement un outil industriel performant, mais aussi un tremplin vers les marchés publics français et européens, où SAFRA avait récemment remporté plusieurs appels d’offres, notamment pour la rénovation de rames de métro et la fourniture de bus zéro émission.

La direction de SAFRA, tout en saluant « une opportunité de développement international », assure que les activités et les emplois sur le site d’Albi seront maintenus. Reste que cette reprise soulève de nombreuses questions. Quel avenir pour la souveraineté industrielle dans un secteur stratégique comme le transport public ? L’innovation française en matière d’hydrogène sera-t-elle préservée ou absorbée par la logique de groupe ? Dans un contexte où l’Europe cherche à limiter sa dépendance à la Chine sur les technologies vertes, la transaction fait déjà grincer quelques dents.

Une chose est sûre : avec l’arrivée de Wanrun, SAFRA change de dimension. Reste à savoir si elle conservera son âme.

Pierre Lancien

À lire également

Union sacrée pour le dévoilement du premier RER MI 20
Union sacrée pour le dévoilement du premier RER MI 20, l’ex- train de la discorde, espère-t-on. Initialement prévu pour 2025, il est désormais annoncé sans faute pour 2028. Après une période de rapports tempétueux engendrées par les dérapages du programme, ses...
Le chinois BYD recrute un poids lourd : Stéphane Espinasse, l’ancien big boss d’Iveco, à la manœuvre en Europe
Le constructeur chinois BYD accélère sa stratégie européenne. En confiant les rênes de son activité bus à Stéphane Espinasse, le groupe s’offre un dirigeant expérimenté, fin connaisseur des marchés publics et des opérateurs. Une nomination loin d’être anodine dans un...
Ça tousse un peu au dépot… de bus
En région parisienne, le changement de régime dans la gestion des lignes de bus se poursuit et pas toujours sans créer d’anicroches en coulisse. Le 1er mai, trois nouveaux groupes de lignes ont changé de mains. L’EPIC RATP en a transmis deux à des filiales de RATP Cap...
Comment Italo prépare son débarquement en Allemagne.
Compagnie ferroviaire privée implantée sur le réseau à grande vitesse italien en 2012, Italo se sent désormais à l’étroit dans la Péninsule et prépare son débarquement sur les terres de la Deutsche Bahn mi-2028, première étape d’une stratégie d’internationalisation....