Julie Frêche
Julie Frêche
Vice-présidente de Montpellier Méditerranée Métropole déléguée au transport, mobilités actives

Montpellier : « créer une ville à hauteur d’enfant »

Mobily-Cités : Quel est l’objectif de la stratégie mobilité 2025 adoptée par la Métropole de Montpellier ?

Julie Frêche : Notre but est de répondre à l’urgence climatique et de parvenir à une mobilité décarbonée. Cela passe par une réduction de la place de la voiture dans l’espace public, en particulier là où les alternatives sont fortes. Cela nous permet parallèlement de créer des pistes cyclables, d’élargir les trottoirs et de sécuriser les cheminements piétons afin de créer une ville à hauteur d’enfant. Aujourd’hui, 144 000 véhicules entrent et sortent de Montpellier chaque jour et nous enregistrons 7 000 véhicules supplémentaires par an.

Comment comptez-vous réussir ce « choc des mobilités » sur la mandature ?

Nous ne parviendrons pas à faire baisser la part modale de la voiture sans faire des choix radicaux. Pour autant, nous défendons une écologie positive : nous veillons à ne pas pénaliser les ménages les plus modestes. Ainsi, nous mettons progressivement en œuvre la gratuité pour les habitants de la Métropole. Par exemple, la gratuité des transports va représenter une économie de 783 euros par an pour une famille de deux enfants… Nous augmentons également l’offre de transport en commun et mettons en place un plan vélo ambitieux. Nous avons une approche systémique de la mobilité. Nous avons ainsi prévu d’y investir 1 milliard d’euros sur la mandature sur un investissement total de 1,5 milliard.

Quel premier bilan tirez-vous de la mise en œuvre de la gratuité des transports en commun ?

Nous avons enregistré une demande de 90 000 pass depuis la mise en place la gratuité le week-end en septembre 2020. Nous avons observé une augmentation de la fréquentation dans le tramway qui a accompagné la relance de l’activité économique et renforcé l’attractivité du centre-ville et de ses commerces. A partir de septembre 2021, nous élargissons cette gratuité aux moins de 18 ans et aux plus de 65 ans. A fin juillet, nous avons d’ores et déjà enregistré 10 000 demandes de pass supplémentaires. Fin 2023, la gratuité sera étendue à tous les habitants de la Métropole.

Quel est le montant du manque à gagner induit par l’instauration de la gratuité ?

Nous avions budgété 1,9 millions d’euros pour couvrir les quatre derniers mois de 2020, mais au final le manque à gagner aura été limité à 400 000 euros en raison de la baisse de la fréquentation liée à la crise sanitaire. L’extension aux jeunes et aux seniors sur les quatre derniers mois de 2021 a été estimée à 1 million d’euros sur la base de la fréquentation actuelle. Enfin, la gratuité totale devrait représenter un manque à gagner de 24 millions d’euros par an, soit 5% du budget de la Métropole.

Quels sont les grands chantiers structurants de la Métropole ?

La création de la ligne 5 de tramway – 16 kilomètres reliant le Nord à l’Ouest de l’agglomération – représente un investissement total de 560 millions d’euros avec la création du dépôt de maintenance et de remisage. Sa mise en service est prévue fin 2025. La prolongation de la ligne 1 de tramway jusqu’à la gare sud TGV pour 40 millions d’euros devrait être mise en service fin 2024. Nous avons également lancé le plus important appel d’offres de tramways de France – 77 rames pour un montant de 275 millions d’euros : 30 rames sont destinées au renouvellement de la ligne 1 mise en service en 2000 et qui est la plus fréquentée en France après l’Ile-de-France avec 140 000 voyageurs par jour ; 22 rames pour la ligne 5 ; 2 rames pour l’extension de la ligne 1 vers la gare Sud de France ; 6 rames pour répondre aux besoins d’exploitations et également 17 rames pour répondre à la hausse de fréquentation. Enfin, nous allons également créer quatre lignes de BHNS sur 60 kilomètres pour 100 millions d’euros avec une mise en service entre fin 2023 et début 2025. Avec 60% de site propre voire 80% pour certaines lignes, cela permettra un cadencement hautement qualitatif avec un bus toutes les 8 minutes. Cette offre devrait notamment changer la vie des habitants des quartiers de la Mosson et des Cévennes, et des communes traversées par ce nouveau produit de transport.

Alors que la flotte de bus du réseau TaM roule au GNV, les futures lignes de BHNS devraient rouler à l’hydrogène…

Le projet Montpellier Horizon Hydrogène porté par la Métropole prévoit un budget de 28 millions d’euros dont 19 millions seront subventionnés par la Banque des territoires, la Commission européenne, l’Ademe et la région Occitanie. Il nous reste à décider si sur les 60 bus nécessaires à l’exploitation des quatre lignes de BHNS, tous rouleront à l’hydrogène ou une partie du parc. En effet, bien que l’hydrogène permette de répondre pleinement à notre objectif de mobilité décarbonée, le coût de ce type de véhicule reste encore relativement élevé. Le fait d’acquérir en masse ces véhicules devrait nous permettre de challenger les constructeurs et ainsi d’obtenir des prix compétitifs. Par ailleurs, la question de l’approvisionnement de l’hydrogène doit encore être affinée pour certaines de ces lignes.

Vous avez pour objectif que le vélo représente 10% des déplacements à l’horizon 2026 contre 4% actuellement. Comment comptez-vous atteindre ce résultat ?

Nous allons consacrer 150 millions d’euros sur la mandature pour déployer notre plan mobilités actives, soit 40 euros par an par habitant contre 13,25 euros en moyenne pour les autres métropoles. Nous développons notamment des pistes cyclables dans une logique de réseau avec des itinéraires qui desservent les zones d’activité économique. En octobre 2020, nous avons mis en place une aide à l’achat de vélos à assistance électrique de 500 euros chez des vélocistes de la Métropole que nous venons de prolonger jusqu’à fin 2021. Il s’agit d’une aide sans condition de ressources cumulable avec celle de l’Etat, de la région Occitanie, et du département de l’Hérault. Plus de 12 000 dossiers ont ainsi été déposés ! Enfin, nous avons prévu de créer 1 000 places de vélos sécurisés, avec l’implantation de box sur l’espace public, car nous savons que le risque de vol est un frein à l’achat. Aujourd’hui, 40% des déplacements dans la métropole se font dans un rayon de moins de 1 kilomètre, 57% dans un rayon de moins de trois. Si ces trajets se faisaient en vélo, cela ferait 7% de voitures en moins.

Comment comptez-vous réduire la place de la voiture au centre de Montpellier ?

Notre objectif est de supprimer le trafic de transit au centre-ville. Pour cela, nous travaillons à libérer les axes de contournement à l’Ouest de la Métropole et la déviation à l’Est. Lutter contre la congestion automobile passe aussi par une phase transitoire difficile avec la suppression de toutes les deux fois deux voies à Montpellier et la fermeture de rues à la circulation automobile. A l’instar de Nantes par exemple, nous découpons la ville en pétales afin de transformer les quartiers en poches hermétiques, de sorte que l’automobiliste est contraint de ressortir par les grands axes. Nous créons ainsi des quartiers apaisés comme celui des Arceaux où il ne subsiste que le trafic de desserte.

La Métropole mise également sur le développement du covoiturage courte distance…

Nous avons annoncé un partenariat avec Klaxit voici quelques mois pour promouvoir le covoiturage. L’idée est dans un premier temps de structurer une offre par pôles d’emplois. Nous avons ainsi passé une convention avec le CHU et les cliniques de Montpellier qui représentent 12 000 salariés répartis sur cinq sites. Dans un second temps, nous allons ouvrir la plateforme au grand public fin 2021 ou début 2022.

Comment améliorez-vous la desserte des territoires peu denses ?

Nous avons déjà 24 lignes suburbaines et 6 lignes de transport à la demande (TAD). Nous sommes en train de réfléchir avec Modulauto – 100 voitures et 50 stations actuellement sur Montpellier – pour développer une offre d’autopartage dans le périrubain. En outre, nous travaillons sur une offre de location de vélos longue durée car la moitié des déplacements s’effectue à l’intérieur de ces territoires.

Sur quels types de solutions travaillez-vous pour interconnecter les autres territoires ?

Nous avons, par exemple, mis en place un contrat de réciprocité avec la commune de Gignac qui se trouve sur la communauté de communes de la vallée de l’Hérault. Sa population augmente de 1,5% par an et a besoin de se déplacer sur Montpellier. L’idée est de créer un car à haut niveau de service avec une voie réservée sur l’A75 à ces cars et au covoiturage. Nous espérons mettre en place cette expérimentation avant la fin de la mandature.

Comment comptez-vous faciliter les déplacements au-delà de la Métropole ?

Nous avons décidé au mois de juillet de signer un protocole d’accord avec la SNCF pour notamment mettre en place un titre combiné de transport pour les bus, les TER et les TGV.

Quelle est la place de l’offre ferroviaire dans votre stratégie de mobilité ?

Nous nous appuyons dessus pour créer des parkings-relais de rabattement : deux nouveaux sont en construction – au Nord et à l’Ouest. La Métropole compte, en outre, deux haltes ferroviaires : à l’Est à Baillargues, 40 trains par jour permettent de rejoindre la gare Saint-Roch en huit minutes ; au Sud à Villeneuve-les-Maguelone, ce sont 14 trains par jour qui desservent la gare en cinq minutes. Enfin, la LGV prévue entre Montpellier et Perpignan – avec une mise en service de la phase I entre Montpellier et Béziers vers 2032 – va de fait créer un doublement des lignes et permettre un cadencement plus important des TER pour créer un RER express du littoral entre Lunel et Sète.

 

Propos recueillis par Camille Valentin

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Président de l’Institut de la Gestion Déléguée (IGD)