La guerre au Moyen-Orient n’a pas seulement des répercussions géopolitiques. Elle vient aussi rappeler combien le secteur des transports reste dépendant des marchés énergétiques mondiaux. Depuis plusieurs jours, la tension sur les prix des carburants ravive l’inquiétude chez les autocaristes, déjà fragilisés par une équation économique de plus en plus serrée.
Dans de nombreuses PME et PMI du transport routier de voyageurs, l’heure est aux calculs. Car si les appels d’offres publics – qu’ils concernent les lignes scolaires, interurbaines ou les services réguliers – sont souvent signés pour plusieurs années, ils reposent sur des hypothèses économiques établies bien en amont. Or la brusque envolée du prix du gazole remet en cause ces équilibres. Certains exploitants redoutent désormais de se retrouver liés à des contrats dont la marge serait absorbée par la hausse à la pompe.
La question est d’autant plus sensible que la concurrence dans le secteur pousse les entreprises à répondre avec des offres très serrées. « Remporter un marché avec une marge faible peut rapidement devenir un piège si le carburant s’envole », confie un dirigeant d’entreprise familiale. Dans ce contexte, plusieurs opérateurs appellent les collectivités organisatrices à intégrer davantage de mécanismes d’indexation dans les contrats afin de tenir compte de la volatilité des prix de l’énergie.
Pour les autocaristes, l’enjeu dépasse la seule conjoncture. La transition énergétique, avec l’arrivée progressive des motorisations électriques, au biogaz ou à l’hydrogène, nécessite déjà des investissements lourds. Une instabilité durable du prix des carburants pourrait fragiliser encore davantage un tissu d’entreprises largement composé de PME. Reste à savoir si les pouvoirs publics accepteront d’adapter les cadres contractuels. Car derrière la volatilité du pétrole se joue aussi l’équilibre économique d’un maillon essentiel des mobilités du quotidien.
Pierre Lancien



