C’est une petite bombe qui circule depuis quelques heures dans le monde des services librement organisés. BlaBlaCar Bus a engagé une procédure d’information-consultation de son CSE portant sur un projet de cessation de son activité d’opérateur de lignes régulières longue distance. Si ce projet est confirmé à l’issue de la procédure sociale, le groupe pourrait sortir totalement du marché des SLO à compter du 4 janvier 2027.
L’annonce provoque une véritable sidération dans un secteur où BlaBlaCar Bus faisait encore figure de survivant après les retraits successifs de plusieurs opérateurs historiques. L’entreprise, qui s’appuie largement sur des sous-traitants régionaux pour exploiter ses lignes, laisse derrière elle de nombreuses interrogations sur l’avenir des dessertes, des conducteurs et des véhicules affectés à cette activité.
Concrètement, rien ne change dans l’immédiat pour les autocaristes partenaires. Les contrats se poursuivent normalement pendant les deux mois de consultation légale du comité social et économique. Mais le message adressé aux opérateurs est limpide : BlaBlaCar Bus se prépare à tourner la page des lignes régulières longue distance et invite déjà ses partenaires à diversifier leur portefeuille d’activités.
Selon Jean-Sébastien Barrault, Président de la Fédération Nationale des transports de Voyageurs « c’est un choc d’une brutalité énorme ». Le président de la FNTV insiste sur l’inquiétude des opérateurs ayant récemment signé des contrats avec BlaBlaCar Bus, voire commandé des véhicules spécialement dédiés à cette activité. « Certains transporteurs ont dû s’engager avec eux, signer des contrats, voire même acheter des véhicules, pour au final deux mois après se retrouver le bec dans l’eau. ».
Jean-Sébastien Barrault juge la situation d’autant plus difficile à accepter que des contrats auraient encore été signés récemment, alors même que l’entreprise semblait déjà réfléchir à cette réorientation stratégique.
Le président de la FNTV estime également que le marché français des SLO reste structurellement fragile. Selon lui, ni BlaBlaCar Bus ni même FlixBus ne dégageraient réellement de bénéfices en France, malgré des fréquentations en hausse et des discours rassurants sur la compensation des surcoûts de carburant.
Au-delà du cas BlaBlaCar Bus, cette possible sortie du marché illustre surtout les difficultés structurelles des SLO en France. Malgré la libéralisation du transport par autocar engagée il y a bientôt dix ans, peu d’acteurs sont parvenus à atteindre une rentabilité durable. La concurrence du train, du covoiturage, des compagnies aériennes à bas coût et désormais des offres ferroviaires ouvertes à la concurrence pèse fortement sur les autocars longue distance.
Pour les autocaristes concernés, l’enjeu est désormais clair et conseillé par les responsables de BlaBlaCar Bus qui n’ont pas souhaité nous répondre : anticiper dès aujourd’hui l’après-BlaBlaCar Bus. Tourisme, scolaire, lignes conventionnées, sous-traitance ferroviaire, mobilité régionale… Les relais existent, mais la disparition potentielle d’un donneur d’ordre national laisserait un vide important dans l’écosystème du transport routier longue distance.
Du côté du concurrrent FlixBus, la nouvelle est accueillie avec prudence, sans savoir encore s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle. « Nous prenons acte de cette décision pour le moins surprenante et brutale », confie une source proche du dossier. Certains imaginent déjà que des opérateurs espagnols ou italiens pourraient chercher à se positionner sur le marché français si BlaBlaCar se retire.
Enfin, la FNTV explique vouloir travailler avec les entreprises concernées pour évaluer les conséquences de cette annonce et réfléchir à la meilleure façon de réagir collectivement.
Pierre Lancien



