Face aux coups de chaud appelés à se multiplier et aux autres aléas climatiques, les transports publics devront assurer, particulièrement en Ile de France où ils déplacent des gens par millions. Les opérateurs de trains, RER, métros, trams et bus vont devoir s’adapter pour éviter le creusement d’inégalités sociales entre les 37 % des salariés obligés d’être présents ( travailleurs essentiel ) et ceux pouvant télétravailler estime Alain Ribat, le directeur de SNCF Transilien. « Le maintien de l’activité économique est un enjeu majeur » souligne-t-il. Côté salarié, les conséquences peuvent se traduire par des pertes de rémunérations ou de jours de congés. Côté entreprise, l’absentéisme, les retards massifs et la fatigue des salariés perturbent l’activité. « La venue des clients dans les commerces est un autre volet à prendre en compte » complète Jérôme Bertrand de l’Institut Paris Région.
Le déploiement de la climatisation dans les rames constitue la réponse la plus évidente pour rendre le trajet plus supportable « Sur le périmètre du Transilien, 70 % des rames son climatisées et 85 % le seront en 2030 » détaille-Alain Ribat. Mais ce n’est pas la seule réponse. Pour proposer une stratégie aux pouvoirs publics à l’échelle de l’Ile de France, la SNCF, l’Institut Paris Région, la CCI d’Ile de France et les services de l’Etat ont compulsé une floppée de données recueillis lors d’épisodes extrêmes. Ils en ont tiré une étude éclairante intitulée Mobilité sous pression climatique : Comportements et attentes des Franciliens dévoilée le 1er juin. Si la neige entraine des embouteillages monstres, conduit à suspendre les bus et cause souvent interruptions et retard de trains, la population redoute surtout les jours de forte chaleur dont le nombre risque de tripler d’ici 2050.
La météo-sensibilité est forte. A partir de 24 °C, la température commence à faire fondre la fréquentation de tous les transports collectifs, la baisse atteignant 5 % dans les bus. « A 30°, la fréquentation baisse dans 26% des gares » souligne Agnès Grisoglio de la Mass Transit Academy, une structure de la SNCF, les usagers se plaignant à tort ou à raison de l’absence d’abri. Les 34 ° atteint les 9 septembre 2023 ont asséché de 12 % la fréquentation des trains et RER. Le pic de 38° du 1er juillet 2025 a quant à lui porté le coup le plus rude aux bus (- 20%). Le trafic et la congestion routière ont également reculé.
La SNCF en prend conscience, « nous allons devoir être plus pédagogue pour expliquer l’impact des canicules sur la fiabilité » estime l’entreprise. Autant une moitié des usagers acceptent un allongement des trajets de 30 minutes à cause de la neige, autant 70 % ne l’accepte pas pour la chaleur. Les voyageurs attendent aussi une meilleure information dans les situations perturbées, sur les itinéraires d’évitement etc. Si le télétravail offre une souplesse, les commanditaires de l’étude regrettent que le report modal ( c’est-à-dire l’utilisation des modes de transports les moins impactés ) soit un levier sous-utilisé. Mais cela vaut plus lors des coups de froid. Lors des canicules, le vélo est le seul moyen de déplacement à s’envoler. Mais le jour où la bicyclette fera partie du mass transit n’est pas encore arrivé.
Marc Fressoz



