Ambition France Transports : Premières bisbilles autour des chiffres et des lettres de cadrage

16 05 2025 | Actualités

 

L’esprit de Marseille, à savoir la relative concorde autour du lancement de France Ambition Transports, est-il en train de retomber à l’occasion de la première semaine de réunions des quatre ateliers ?

Les premiers retours des premières réunions de la semaine traduisent les premières surprises, incompréhensions voire un début de colère chez certains.

Première douche froide, le lundi 12 mai quand, à 19h40, la veille de la première réunion de l’atelier 1 sur le modèle économique des AOM et des SERM, les participants reçoivent leur livret d’écoliers sensé les aider tout le long du processus. Bien fait sur la forme, il a dévoilé des nouveaux chiffres issus notamment du rapport IGF-IGEDD jamais publiés et opportunément sortis du placard par les ambianceurs ministériels. C’est surtout les chiffres sur le Versement mobilité qui ont mis le feu aux poudres et en particulier celui sur l’évolution du rendement du VM (hors Île-de-France). En résumé, l’assiette dynamique liée à la bonne tenue de l’emploi jusqu’à 2024 et l’inflation répercutée sur les salaires permet au VM d’assurer des recettes confortables sans bouger les taux. Et comme, en 2025 les régions ont eu leur part du gâteau avec le Versement mobilité régional, tout comme l’ Île-de-France un an avant, circulez, il n’y a rien à voir, contentez-vous d’augmenter les recettes tarifaires !

C’était en substance le message qui se dégageait de cette première réunion. Les partisans du choc d’offre sous le choc ! Le représentant du MEDEF se sentant un peu minoritaire dans le groupe n’en n’attendait pas tant. Ceux des régions ont fait part de leur étonnement le lendemain « On nous fait venir en nous disant qu’il n’y a rien à discuter de nouveau » disait l’un d’eux. Pour bien enfoncer le clou, rapport IGF-IGEDD sera présenté lors de la prochaine réunion…

L’atelier 2 celui sur l’avenir des infrastructures routières et dont, on nous promet monts et merveilles à travers notamment l’avenir des concessions autoroutières, est-il celui qui va apporter le moins de surprises ?

On a l’impression que tout le monde s’accorde a priori, du Ministre Philippe Tabarot, à Dominique Bussereau ou des représentants des travaux publics et des sociétés d’autoroutes, pour que l’on s’achemine vers le statu quo. Effectivement ça arrangerait pas mal de monde la reconduction du modèle concessif à partir de 2031 avec le maintien des péages jusqu’au fléchage des taxes déjà mis en place et complétées par la dernière loi de finances vers les autres modes de transports. Certes, les durées de concession seront peut-être plus courtes et les contrats négociés différemment mais on ne voit pas trop la révolution venir de là. La révolution viendra peut-être de Bruxelles à travers la directive eurovignette avec des recettes de péages attendues moindres que prévues ?

Le troisième atelier sur le ferroviaire a laissé aussi ses participants sur leur faim estimant que les chiffres présentés par le gouvernement étaient en deçà de la main et qu’il fallait rehausser les ambitions pour correspondre aux besoins rééls. C’est sans doute sentant les choses arriver, que la SNCF a communiqué massivement en publiant sa contribution aux travaux d’Ambition France Transports en rappelant qu’il manquait un milliard par an dans l’équation financière.

Le dernier atelier celui consacré au report modal et au transport de marchandises s’est d’abord intitulé « verdissement du transport de marchandises » rendant « verts de rage » certains représentants de fédérations professionnelles . Ce sont les corporations du transport routier de marchandises qui se sentent souvent les mal-aimées, jamais au bon endroit comme en 2017 aux Assises de la mobilité préparant la Loi d’orientation des mobilités. Premier grief, le fait de ne pas se sentir complétement au bon endroit, celui des infrastructures routières alors même qu’ils sont des usagers et contributeurs financiers majeurs. Peut-être aussi marris d’être tenus à l’écart du débat sur l’écotaxe. Deuxième motif de fâcherie, celui d’avoir l’impression que tout est centré sur le report modal alors même que leur part de marché est ultra majoritaire avec 85% des trafics.

A Marseille c’est traditionnellement plutôt bouillant mais le 5 mai c’était calme. C’est donc à Paris en cette semaine du 13 au 16 mai que l’ambiance est montée d’un cran et que les esprits se sont échauffés. Les prochaines semaines seront peut-être plus tranquilles et constructives…

François Remoué

 

 

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