À première vue, il ne s’agit que d’un nouveau dépôt de bus. Pourtant, derrière les 34 millions d’euros que va investir Île-de-France Mobilités pour construire un nouveau centre opérationnel bus à Versailles-Saint-Cyr se cache l’une des réalités les moins visibles de la transition énergétique des transports publics : le coût considérable des infrastructures nécessaires à l’électrification des flottes.
Le futur site pourra accueillir 140 bus électriques et remplacera à l’horizon 2030 le centre des Mortemets, devenu inadapté aux besoins des matériels modernes. Atelier de maintenance, équipements électriques, postes de transformation, zones de remisage, installations de recharge : le projet illustre parfaitement la transformation silencieuse qui accompagne la sortie progressive du diesel.
Car la transition énergétique ne se résume pas à l’achat de nouveaux véhicules. C’est même souvent la partie la plus visible d’une facture beaucoup plus vaste. Île-de-France Mobilités prévoit ainsi d’investir 5,7 milliards d’euros d’ici 2029 pour convertir l’ensemble de sa flotte de bus et de cars. Sur ce montant, 1,5 milliard d’euros sera consacré non pas aux véhicules eux-mêmes, mais aux centres opérationnels, aux raccordements électriques et aux infrastructures associées.
Cette réalité commence à apparaître dans de nombreuses agglomérations françaises. Les dépôts historiques ont été conçus pour accueillir des véhicules thermiques. Ils doivent désormais intégrer des puissances électriques considérables, revoir leurs organisations de maintenance et parfois être totalement reconstruits. Les réseaux découvrent que la décarbonation ne concerne pas seulement les exploitants mais également les gestionnaires d’infrastructures et les collectivités.
Le sujet est loin d’être anecdotique. À mesure que les flottes se convertissent, les besoins d’investissement s’étendent aux réseaux électriques, aux ateliers, aux équipements de recharge et parfois même à l’aménagement urbain. Une charge financière qui vient s’ajouter au coût d’acquisition des véhicules.
C’est précisément cette question que l’équipe de Mobily-Cités explore actuellement dans le cadre d’une enquête consacrée au coût réel de la transition énergétique pour les agglomérations et les gestionnaires d’infrastructures. Car derrière chaque bus électrique mis en service se cache souvent une autre révolution, moins visible mais tout aussi coûteuse : celle des infrastructures qui permettent de le faire rouler.
Némie Rochet



