Bretagne : la mobilité au bord de la rupture budgétaire

30 04 2026 | Actualités

C’est à l’occasion du congrès de la FNTV Bretagne, organisé par Philippe Bihan et Charlotte Bin, que Mikaël Quernez, maire fraichement réélu de Quimperlé et vice-président en charge des transports et des mobilités à la Région Bretagne, a pris la parole.

Face aux professionnels du secteur, il s’est longuement exprimé sur la montée en puissance de Bretagne Mobilités, outil stratégique de coordination des réseaux à l’échelle régionale, mais aussi sur une réalité plus préoccupante : celle de budgets désormais sous forte tension.

L’élu est également revenu en détail sur les enjeux de la transition énergétique, assumant des choix parfois coûteux mais jugés indispensables pour engager durablement le territoire dans la décarbonation des mobilités.

En Bretagne, la question des mobilités n’est plus seulement technique. Elle est devenue financière. Et même, de plus en plus, structurelle.

Avec près de 200 millions d’euros engagés chaque année – entre TER, cars et dessertes maritimes – les transports constituent désormais le premier poste budgétaire de la Région. Une montée en puissance qui, à elle seule, redessine les équilibres financiers. « Si cela continue, le budget mobilités va déséquilibrer celui de la Région », prévient l’élu, pointant une dynamique qu’il juge difficilement soutenable à moyen terme.

Car la mécanique est implacable : hausse des coûts d’exploitation, nécessité de renforcer l’offre, investissements massifs liés à la transition énergétique… À cela s’ajoute un cadre institutionnel incomplet. La loi de 2019 a fait des régions les chefs de file des mobilités, sans leur attribuer les ressources correspondantes. Un « péché originel » qui pèse aujourd’hui lourdement sur les finances régionales.

Dans ce contexte, chaque choix devient un arbitrage. La décision de tester des trains au biocarburant en est une illustration concrète. Avec un réseau ferré déjà électrifié à 93 %, la Bretagne explore des solutions alternatives pour les lignes restantes. Une stratégie pragmatique, mais qui a un coût : environ 500 000 euros supplémentaires par an. Un effort assumé : « Je préfère investir dans la transition que dans le gasoil. »

Derrière cette orientation, une conviction : agir, même à l’échelle d’un territoire modeste au regard des émissions mondiales. Mais cette ambition écologique vient directement percuter la réalité budgétaire.

Pour tenter de reprendre la main, la Région a engagé une réorganisation en profondeur avec la création de Bretagne Mobilité. L’objectif est clair : sortir d’une logique de juxtaposition de réseaux pour aller vers une coordination à l’échelle régionale et des bassins de mobilité. À la clé, une ambition structurante : un système d’information unifié, une billettique commune, et à terme un titre de transport unique. « Si c’est trop complexe, les usagers ne viendront pas », résume l’élu, insistant sur la nécessité de simplifier l’accès aux transports publics.

Mais cette rationalisation ne suffira pas à elle seule. La question du financement reste centrale. Faute de ressources dédiées, la Région a activé le levier du versement mobilité régional et rural, sans réelle conviction. « Nous n’étions pas favorables à cet impôt », reconnaît-il, tout en assumant une décision rendue nécessaire par l’urgence budgétaire.

D’autres pistes sont à l’étude, notamment la mise en place d’une taxe de séjour additionnelle de 1 à 2 €, sur le modèle de l’Île-de-France (5€). En Bretagne, elle pourrait générer entre 50 et 60 millions d’euros par an, en faisant contribuer le tourisme au financement des infrastructures qu’il utilise.

Reste une ligne politique claire : celle du « juste prix ». Opposé à la gratuité, l’élu défend une vision où le service public conserve sa valeur. « Dire que c’est gratuit, c’est nier le travail de celles et ceux qui le font vivre », insiste-t-il, rappelant que la pérennité du système passe aussi par la contribution des usagers.

Au fond, la Bretagne se trouve face à une équation redoutable : accélérer la transition écologique tout en contenant une dépense devenue structurellement dynamique. Une tension qui dépasse largement les frontières régionales et qui préfigure, sans doute, les débats à venir à l’échelle nationale.

Kenavo !

PL

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