2024 : Annus horribilis pour les bus innovants !

20 11 2024 | Actualités

Après les difficultées rencontrés par Ebusco le Groupe Safra, entre turbulences et espoir, le pionnier français des bus à hydrogène se réinvente

À Albi, dans le Tarn, le Groupe Safra traverse une période de turbulences, mêlant défis économiques et ambitions industrielles. Tandis que le holding familial et sa filiale d’agencement de magasins sont placés en redressement judiciaire, l’entreprise Safra SA, pionnière des autobus à hydrogène, s’apprête à prendre un nouvel élan grâce à une levée de fonds majeure et un partenariat stratégique avec un constructeur asiatique.

Un redressement judiciaire au cœur d’un écosystème fragile

Propriétaire de trois entités distinctes, le Groupe Safra fait face à des vents contraires. Le holding, ainsi que Safra Agencement, sa filiale dédiée à l’aménagement intérieur de magasins, ont été placés sous observation pour une période de six mois. En proie à une chute vertigineuse de son chiffre d’affaires – passant de 13 millions d’euros en 2022 à seulement 3,5 millions en 2023 –, Safra Agencement subit les conséquences d’un commerce de détail en crise, qui diffère ses investissements. Avec 36 salariés, cette filiale incarne les fragilités du secteur.

Safra Automobile, autre pilier du groupe, spécialisé dans la réparation de carrosseries et de mécanique auto, reste à flot. Après l’arrêt de son activité nationale en 2022, l’entreprise, recentrée sur une clientèle locale, a enregistré un chiffre d’affaires de 2,5 millions d’euros en 2023 avec 25 employés.

Dans ce contexte complexe, Safra SA, premier constructeur français de bus à hydrogène, incarne l’espoir. Malgré une baisse de chiffre d’affaires – de 12 millions d’euros en 2022 à 7 millions en 2023 –, la filiale reste une figure de proue de la transition écologique. Safra SA a déjà levé 30 millions d’euros entre 2021 et 2024 et s’apprête à finaliser une levée de fonds stratégique avec un acteur asiatique. Cette opération, essentielle pour financer son développement industriel à grande échelle, pourrait réduire la participation de Groupe Safra à un rôle minoritaire, au profit du fonds Evergreen et du nouvel investisseur.

Vincent Lemaire, à la tête de Safra SA, souligne l’urgence d’investir : « Nous avons besoin de fonds pour accélérer notre production, alors que l’Europe exige des autobus 100 % zéro émission d’ici 2035. » Avec 23 Businova H2 de première génération déjà en circulation et 50 commandes de son nouveau modèle Hycity, Safra SA se positionne en acteur clé du marché, malgré un environnement économique contraignant.

Au-delà des autobus à hydrogène, Safra SA déploie ses compétences dans la rénovation de véhicules existants. L’entreprise est engagée dans la reconversion de 15 autocars régionaux diesel à une motorisation électrique pour la région Occitanie, et dans la rénovation de tramways et métros pour Lille, Rennes et Dublin. Ces activités illustrent la capacité de Safra à conjuguer innovation technologique et réponse aux enjeux climatiques.

Le destin du Groupe Safra repose désormais sur la réussite de cette levée de fonds cruciale. Si le pari est gagné, Safra SA pourrait renforcer sa position sur le marché des autobus à hydrogène et contribuer à la transformation de la mobilité en Europe. Mais l’ombre du redressement judiciaire plane, rappelant la fragilité des entreprises familiales face aux défis d’un marché globalisé.

Pierre Lancien

 

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