Pendant deux jours, Tours s’est imposée comme la capitale, presque naturelle , des services express régionaux métropolitains. Les Journées des mobilités du quotidien ont confirmé ce que beaucoup pressentaient déjà : les territoires se sont pleinement saisis des SERM comme outil structurant de la fabrique des mobilités locales.
La séance plénière, que j’ai eu le plaisir d’animer, a acté un véritable engouement politique et technique pour ces projets de long terme, pensés non comme une infrastructure isolée mais comme une architecture globale de services. Le ferroviaire y apparaît clairement comme la colonne vertébrale du système, autour de laquelle viennent s’articuler l’ensemble des autres modes : bus et cars express, vélo, pôles d’échanges multimodaux, services autoroutiers et solutions de rabattement.
Au total, 27 projets de SERM sont aujourd’hui engagés ou en passe de l’être. Les idées ne manquent pas, notamment sur les modèles de financement, explorés sans tabou par les élus et les acteurs présents. Les échanges ont aussi été nourris par l’engagement d’opérateurs d’infrastructures, à l’image de Vinci Autoroutes, dont le président Nicolas Notebaert a rappelé les efforts consentis en matière de gares routières, parkings relais, pôles multimodaux et infrastructures de recharge électrique.
Mais comment financer durablement les services express régionaux métropolitains (SERM)? La conférence Ambition France Transports a posé un diagnostic sans ambiguïté qui a été rappelé largement : les schémas de financement traditionnels ne suffiront pas. Pour accompagner la montée en puissance de ces réseaux ferroviaires et multimodaux, l’État invite à élargir résolument la palette des ressources mobilisables.
Première piste structurante : flécher de nouvelles recettes vers les transports, en particulier celles issues des concessions autoroutières arrivant à échéance entre 2031 et 2036. Les bénéfices dégagés pourraient représenter plus de 2,5 milliards d’euros par an, un levier financier inédit pour soutenir les investissements ferroviaires, les pôles d’échanges multimodaux et les services associés aux SERM.
Autre axe majeur : la mobilisation de recettes ciblées, qu’il s’agisse de taxes existantes ou nouvelles. Sont évoquées des contributions liées à l’immatriculation des véhicules, à l’aviation, au e-commerce, ainsi que des ressources européennes, notamment celles issues des enchères du système ETS. L’objectif est clair : faire contribuer davantage les secteurs générateurs de flux ou d’émissions au financement des mobilités décarbonées.
La conférence remet également au cœur du débat le Versement Mobilité. Son déplafonnement, voire la création de ressources fiscales complémentaires pour les autorités organisatrices de la mobilité (AOM), est jugé indispensable pour renforcer leurs capacités d’action, notamment dans les territoires périurbains appelés à déployer des SERM ambitieux.
Dans ce cadre, David Valence, président du Conseil d’orientation des infrastructures, a tenu à poser une borne claire : l’État n’a pas vocation à financer plus de 30 % du coût des SERM. Une position assumée, qui renvoie explicitement aux collectivités la responsabilité de bâtir des modèles économiques robustes et diversifiés.
Parmi les pistes avancées figure aussi la proposition portée par la députée écologiste, Christine Arrighi, visant à taxer les plus-values immobilières générées par la mise en service des SERM. L’objectif : capter une partie de la valeur foncière créée par l’amélioration de l’accessibilité pour la réinjecter dans les infrastructures et services de mobilité.
Au-delà des outils, Ambition France Transports esquisse un changement de paradigme : financer les SERM, ce n’est plus seulement subventionner le ferroviaire, mais organiser un écosystème financier partagé, où État, collectivités et bénéficiaires indirects des projets assument chacun leur part. Une condition indispensable pour transformer l’ambition politique en réalité territoriale.
Un regret, toutefois : l’absence de représentants de la filière des autocars, pourtant partie prenante essentielle de ces écosystèmes. Car les SERM ne réussiront qu’à une condition soulignée à nouveau par David valence : la mise en complémentarité effective de tous les services de mobilité. Ces Journées des mobilités du quotidien l’ont rappelé avec force. Nous savons, maintent et plus précisément, à quoi ça SERM…
Pierre Lancien



