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Pierre-Marie Gaillon
Directeur général de Bacqueyrisses

« Avec le rétrofit, Bacqueyrisses donne une seconde vie aux autocars »

 

C’est une entreprise centenaire, implantée sur six sites en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie : Bacqueyrisses, concessionnaire Iveco Bus et expert de la réparation, de l’équipement et de la transformation des véhicules de transport de voyageurs, s’est allié à la start-up Retrofleet pour convertir à l’électrique des autocars thermiques. Une solution qui marie économie et décarbonation, comme l’explique son Directeur général Pierre-Marie Gaillon.

Comment le rétrofit, procédé qui consiste à transformer des véhicules thermiques en véhicules électriques, s’inscrit-il dans l’histoire de Bacqueyrisses ?

Pierre-Marie Gaillon : Dès sa création en 1925, à Bordeaux, par Gabriel Bacqueyrisses, le grand-père de Jean Bacqueyrisses l’actuel Président, notre entreprise s’est spécialisée dans les autobus et autocars. Parallèlement à notre activité de concessionnaire, aujourd’hui pour la marque Iveco Bus, Bacqueyrisses a progressivement développé un négoce de véhicules d’occasion, la location de véhicule, la distribution de pièces détachées et des services de maintenance qui incluent tous les métiers (carrosserie, mécanique, électricité, peinture, chauffage et climatisation, etc.). En 2019, nous avons formé 40 de nos 70 techniciens aux spécificités des véhicules électriques et notamment aux procédures de sécurité pour intervenir sur des batteries de forte puissante. Dix d’entre eux ont reçu une habilitation pour ouvrir les batteries dans un but de diagnostic et de réparation. Et c’est assez logiquement qu’en 2022, nous nous sommes rapprochés de Retrofleet, la start-up d’Emmanuel Flahaut, un ancien chercheur du CEA, pour convertir les véhicules diesel en véhicules électriques. Reconnus comme des spécialistes du transport de voyageurs, nous nous devions d’être présents aussi dans ce domaine prometteur, qui constitue pour nous une activité complémentaire. 

Quels sont les contours de ce partenariat ?

Retrofleet a mis au point un procédé et un kit de conversion que nous installons. Nous proposons ainsi le rétrofit à nos clients sur l’ensemble de nos sites (Bordeaux, Toulouse, Rochefort, Lourdes, Montauban, Pau). Nous effectuons le montage du kit, en sous-traitance pour Retrfleet, et plus largement la promotion et la commercialisation du procédé sur notre vaste territoire. Depuis janvier, nous avons ainsi fait passer trois cars d’une motorisation thermique à une motorisation électrique. Notre objectif est de livrer chaque année une vingtaine de véhicules rétrofités.

Pour l’instant, ce rétrofit ne concerne qu’un seul modèle de car. Pour quelle raison ?

Rétrofiter un véhicule revient à remplacer une partie non négligeable de ses pièces. On substitue notamment au moteur thermique un moteur électrique quatre à cinq fois moins volumineux. En revanche, la place libérée ne suffit pas à accueillir l’ensemble des batteries, d’une puissance cumulée de 192 kWh. Des batteries qu’il faut par conséquent répartir aussi à d’autres endroits du véhicule, par exemple dans la soute. Le centre de gravité du véhicule s’en trouve amélioré. Or les différents constructeurs n’implantent pas forcément aux mêmes endroits les « organes » du véhicule. Il faut donc obtenir une homologation pour le rétrofit d’un modèle précis. Comme ce processus est long et coûteux, il faut pouvoir le rentabiliser en installant un grand nombre de kits. C’est ce qui a conduit Retrofleet à se concentrer avec succès, pour l’instant, sur le Crossway, le modèle phare d’Iveco Bus, qui représente la moitié des autocars interurbains en France. Mais d’autres homologations sont attendues et nous devrions à l’avenir rétrofiter d’autres modèles d’autocars, proposés y compris par d’autres marques.

A quels types de véhicules s’adresse, plus largement, le rétrofit ?

Le rétrofit s’adresse à des véhicules en bon état qui ont plus de cinq ans et qui ont déjà roulé en général plus de 200 000 kilomètres. Comme l’autonomie du véhicule est de l’ordre de 180 km, il est particulièrement adapté aux autocars scolaires, qui circulent généralement le matin et le soir, et peuvent au besoin être rechargés en journée. En ce qui concerne les autocars de lignes interurbaines, pour des questions d’autonomie, nous privilégions la solution de la nouvelle gamme des Crossway électriques d’Iveco Bus.  

Comment s’effectue, très concrètement, l’opération ?

Après nous être assurés du bon état général du véhicule, nous enlevons le bloc moteur, la boîte de vitesse, le réservoir. Nous implantons ensuite la nouvelle transmission, avec le moteur électrique et les batteries. Il faut aussi installer un moteur auxiliaire pour la partie chauffage, refroidissement, circuits hydrauliques et pneumatiques. Si le client le souhaite, nous en profitons pour remettre en état la carrosserie et ou la sellerie. L’ensemble du processus dure environ trois semaines.

Quels sont pour vos clients les avantages du rétrofit ?

L’avantage est d’abord financier, puisque rétrofiter un autocar coûte environ 160 000 €, une fois déduites les CEE. C’est moins que le prix d’un véhicule thermique neuf, qui se vend autour de 200 000 €. Et beaucoup moins qu’un autocar électrique neuf, facturé plus de 400 000 €. Et puis il y a bien sûr la dimension écologique : il permet non seulement une transition rapide vers un mode de transport décarboné mais aussi minimise l’impact des GES et l’usage de matières premières, puisqu’on prolonge la vie d’un véhicule au lieu d’en construire un autre en partant de zéro. C’est un élément très positif pour la politique de Responsabilité Sociétale et Environnementale de l’entreprise. C’est aussi un enjeu d’image et de communication pour une région qui décide d’assurer le transport scolaire à bord d’autocars rétrofités. J’ajoute qu’aujourd’hui, la production industrielle ne suffit pas toujours à répondre à la demande de véhicules de transport en commun. Et certains de nos clients seront contents de donner une deuxième vie à leurs véhicules. Autre avantage :  lorsque l’autocar arrive en fin de parcours, une partie du kit de rétrofit peut être, démonté et remonté sur un autre véhicule.

 

Propos recueillis par Pierre Lancien  

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