Pere-Calvet
Pere Calvet
Président d’honneur de l’UITP

« La transition écologique n’aboutira pas sans une extension des transports publics »

Président de l’UITP de 2017 à 2021, Pere Calvet a également dirigé les chemins de fer catalans pendant 12 ans. Il revient sur les enjeux du transport public, confronté aux crises en série depuis la pandémie de Covid-19, mais aussi sur ses opportunités. Un rebond illustré par le modèle barcelonais.

Propos recueillis par Sandrine Garnier

Mobily-Cités : Pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine, crise de l’énergie, effets du réchauffement climatique… les bouleversements se sont succédé depuis le dernier congrès de l’UITP, à Stockholm en 2019. Qu’attendez-vous de cette édition 2023 ?

Pere Calvet : L’année 2019 a connu le plus fort développement du transport public, partout dans le monde. Le nombre de voyageurs a battu tous les records. Et en écho avec cet essor mondial de la mobilité, le congrès UITP de Stockholm a enregistré la meilleure participation depuis ses premières éditions, il y a plus d’une centaine d’années.

Malheureusement, le Covid est arrivé et la crise sanitaire a provoqué la chute de la mobilité à des niveaux jamais vus. En même temps le maintien du service public, même si le transport de voyageurs était minimum, est apparu absolument nécessaire pour garantir les déplacements essentiels. Socialement tout le monde a apprécié que le service se soit poursuivi, même dans des conditions très difficiles, grâce à l’implication de tout le personnel des compagnies et des opérateurs.

Et juste au moment de la sortie de la crise sanitaire, il y a moins d’un an, les effets de la guerre en Ukraine ont provoqué la crise de l’énergie avec une augmentation des prix hors norme, ce qui a pesé lourdement sur les budgets de opérateurs de transport, déjà fragilisés. Mais le transport public est très résilient, et malgré l’évolution des choix de déplacements post-Covid et en particulier avec le passage au télétravail de façon généralisée, le nombre de voyageurs est en train de retrouver les niveaux de 2019. Le congrès de Barcelone va nous permettre de partager ces retours d’expérience et ces résultats.

 

Les opérateurs de transport doivent investir pour maintenir l’offre et rester compétitifs, malgré les pertes enregistrées durant la crise sanitaire. Comment avez-vous traversé cette situation en tant que directeur général des chemins de fer catalans ?

Les pertes économiques liées à la pandémie ont été énormes pour les opérateurs. Les crises économiques antérieures avaient toujours provoqué une réduction de l’offre, en ajustement à la baisse de la demande. En 2020, pour la première fois, il a fallu maintenir l’offre au maximum, alors que la demande a chuté pendant plusieurs mois à son minimum historique.

Mais l’amélioration de la qualité de l’air provoquée par la réduction de l’activité pendant la pandémie a fait réfléchir l’ensemble de la société sur notre modèle de mobilité, ce qui a renforcé par conséquent la position du transport public dans nos habitudes de déplacement. De même, les gouvernements ont réalisé que, sans l’extension généralisée de tous les modes de transport, la transition écologique ne pourrait pas aboutir. Notre secteur se trouve maintenant dans une excellente position, soutenu par d’importants investissements sur tous les domaines avec de nombreux, constructions d’infrastructures et développement de nouvelles technologies.

Dans cette même dynamique, le gouvernement catalan a réaffirmé son pari pour la mobilité et des investissements dans les infrastructures, le matériel roulant et les nouvelles technologies ont été prévus pour les prochaines années.

 

Comment s’articule l’offre entre le ferroviaire régional et les transports urbains autour de Barcelone ? Cette organisation pourrait-elle servir d’inspiration ailleurs ?

L’aire métropolitaine de Barcelone est un exemple d’organisation et de coordination du transport public, comme point de départ, nous avons 4 opérateurs publics qui opèrent des réseaux indépendants.

TMB est un magnifique réseau de métro et bus, qui dépend essentiellement de la mairie de Barcelone. FGC, sous la compétence du gouvernement catalan, est un réseau métro et RER, considéré par l’Imperial College de Londres comme un des meilleurs réseaux au monde dans son domaine. L’offre est complétée par les lignes régionales de la Renfe, compagnie propriété de l’Etat espagnol, et par Tram, un réseau de tramway exploité en concession par une compagnie privée qui relie Barcelone du nord au sud. En outre, de nombreux opérateurs de bus privés assurent un service sous un régime de concession.

Avec cette organisation plutôt complexe, les voyageurs ont la possibilité d’emprunter l’ensemble de ces lignes avec le même billet à un prix forfaitaire et pour une durée définie, quel que soit l’opérateur. Et ce billet multimodal existe déjà depuis 20 ans.

 

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