MP-Jean-Jacques
Marie-Pierre Jean-Jacques
Vice-présidente en charge des Mobilités, Quimper Bretagne Occidentale

« Nos principaux objectifs sont la décarbonation et l’inclusion sociale »

Pour mieux répondre aux attentes des habitants, la nouvelle équipe aux manettes depuis 2020 a lancé un Plan de mobilité simplifié, en cours d’élaboration. Les premières évolutions sont déjà là, avec le développement des modes doux et la priorité à l’intermodalité, explique Marie-Pierre Jean-Jacques, vice-présidente en charge des Mobilités.

Propos recueillis par Sandrine Garnier 

 

Mobily-Cités : Vous avez été élue en 2020, sans expérience politique. Comment avez-vous abordé ce mandat, alors en pleine crise sanitaire ? 

Marie-Pierre Jean-Jacques : En effet, j’étais novice en politique, et professionnellement éloignée des enjeux liés à la question des transports. Toutefois, les déplacements figuraient en bonne place dans notre programme. Pour atteindre nos objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de polluants locaux, et proposer une offre de mobilité durable à l’ensemble de nos concitoyens, nous avons souhaité mettre en place un Plan de mobilité simplifié (PDMS), adapté à une AOM de la taille de l’agglomération de Quimper. La démarche s’appuie sur une large concertation préalable, qui a débuté en novembre 2021 sur les 14 communes de l’agglo et va se poursuivre jusqu’au printemps, avec l’organisation d’une enquête publique destinée à valider la stratégie. Les premières mesures doivent ensuite être mises en œuvre à partir de la rentrée de septembre. 

Sans anticiper sur les conclusions de la consultation sur le PDMS, nous voulons offrir davantage de services aux communes périphériques, ce qui ne signifie pas forcément davantage de bus, puisque le covoiturage et l’autopartage peuvent apporter des solutions complémentaires, selon l’évaluation de la demande. 

Nos réflexions portent également sur la rédaction d’une charte de logistique urbaine, dans le cadre du programme InTerLUD mené sous l’égide du Cerema. Beaucoup de propositions sont en train d’émerger à l’issue de nos échanges avec les professionnels. 

 

Quels sont les premiers enseignements de cette concertation ? 

Nous avons pu mesurer l’importance de la demande en matière de mobilité, et le retard pris sur ces questions. Nous voyons depuis plusieurs années, et particulièrement depuis la crise sanitaire, les pratiques des habitants évoluer. Un changement renforcé par l’arrivée de nouveaux habitants en provenance des grandes villes, Rennes ou même la région parisienne, qui recherchent une qualité de vie. En répondant aux attentes de la population, notre politique de déplacements doit contribuer à l’attractivité de l’ensemble du territoire. Nos principaux objectifs sont la décarbonation, l’inclusion sociale et la sécurisation des déplacements en modes doux et actifs. Nous devons également travailler sur la cohérence entre l’aménagement urbain et l’offre de mobilité. Quimper possède un centre ancien, qui a été épargné par les bombardements pendant la 2e Guerre mondiale, ce qui lui donne son charme, mais aussi des rues étroites, peu propices à la cohabitation des différents usages. En périphérie aussi, nous devons veiller à la sécurité des aménagements cyclables, afin de favoriser le développement du vélo. 

 

Quels sont vos projets en matière de modes doux et actifs ? 

Notre projet majeur est une piste bidirectionnelle qui longe les rives de l’Odet, à la place d’une bande de stationnement. Cet itinéraire cyclable va se prolonger vers l’Est de l’agglomération pour rejoindre un futur pôle de loisirs et d’évènementiel, qui fera lui aussi la part belle aux modes doux. Ces travaux comprennent la réfection du Pont du Théâtre, fermé depuis 2020 en raison de sa fragilisation, et qui sera élargi pour devenir réellement multimodal. Ces aménagements permettent aussi de redonner à la population l’accès aux rivières, trop longtemps escamotées dans la ville.  

Pour encourager nos concitoyens à adopter la bicyclette, nous avons mis en place une aide à l’achat des vélos à assistance électrique, pouvant atteindre 500€ en fonction des revenus. Nous proposons également des vélos classiques, électriques et des vélos-cargos en location longue durée, pour des périodes de 3, 6, ou 12 mois. 

 

Vous travaillez aussi sur la multimodalité…

Des travaux sont en cours sur le Pôle d’échange multimodal de la gare SNCF, dans l’objectif de mieux accueillir l’ensemble des voyageurs à destination du Pays de Cornouaille, à commencer par les personnes à mobilité réduite. Une nouvelle passerelle avec ascenseurs permettra de rejoindre les quais, alors qu’auparavant, il fallait une assistance humaine pour emprunter les souterrains. Ce nouvel équipement assurera également le lien entre les quartiers Sud et Nord de la gare. Le projet global vise à transformer le quartier en gare-parc, avec le réaménagement du parvis, jusqu’ici occupé par le stationnement automobile, pour faire de la place aux différents usages. Une zone de dépose-minute sera disponible de chaque côté de la gare, et 260 arbres vont être plantés. Le nouveau PEM accueillera une maison des mobilités avec 120 stationnements vélo. 

 

Vous avez aussi étendu les services en soirée. Avec quels résultats ? 

Nous avons développé une offre de TàD zonal en soirée, baptisée QUB Noz. Elle a été lancée en septembre 2021 sur Quimper, et élargie en septembre 2022 à la première couronne. Plus de 600 personnes l’utilisent régulièrement, à 70% pour des déplacements domicile-travail, ce qui nous a d’ailleurs surpris. 

 

Comment abordez-vous la question tarifaire ? 

Nous avons élargi la gratuité à l’ensemble du week-end, et nous avons maintenu la tarification solidaire qui permet de proposer aux plus démunis un abonnement mensuel à 1,80€. Je constate que les demandes portent davantage sur une amélioration de l’offre que sur une baisse des tarifs. La généralisation de la gratuité ne nous apparaît donc pas comme une solution pour renforcer l’attractivité des transports urbains. 

 

Vous êtes actuellement en phase d’appel d’offres pour le réseau urbain. Quel est le calendrier ? 

L’appel d’offres pour le renouvellement de la DSP est en cours. Nous finaliserons notre choix à la rentrée prochaine.

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