Jean Castex adoubé Premier ministre des chemins de fer.

24 10 2025 | Actualités

Sénateurs et députés des commissions du développement durable ont largement approuvé le 22 octobre le choix d’Emmanuel Macron d’installer l’ancien locataire de Matignon à la tête du groupe SNCF. Le haut fonctionnaire dont la nomination sera officialisée en conseil des ministres a remporté 60 votes en sa faveur, 7 votes contre pour 16 votes blancs ou nul.

Autant dire un quasi-triomphe comparé à la validation parlementaire difficile de l’ex-présidente de Keolis Marie-Ange Debon à la tête du groupe la Poste (33 votes pour, 36 contre, 8 votes blancs ou nuls sachant qu’il faut réunir 3/5 des votes pour faire barrage). « Homme de dialogue, grand serviteur de l'État, fin connaisseur, investi dans les rapports sociaux » « compétent », « passionné d'histoire connaisseur des méandres du rail », Jean Castex a récolté une cascade de louanges de la part de la député marconiste (EPR) Danielle Brulebois.

Hors de son camp, la mansuétude des députés RN à son égard a pu frapper. Assis à sa gauche, le jeune rapporteur RN Pierre Meurin imagine de façon assez lunaire, Jean Castex allant chercher sa feuille de route dans le bureau général de Gaulle. Depuis l’extrême-droite, point d’attaque contre sa personne ni contre les conditions de sa nomination, symbole, pour une élue LFI de la « République des copains » et de « conflits d’intérêts ». L’attente d’un « Etat stratège » d’un service public fort énoncé par le député RN Matthieu Marchio semble s’incarner dans le futur PDG. Et celui-ci d’acquiescer « Nous partageons le constat. »

Dans cette époque de grands troubles, avec son accent du Gers, son bon sens rassurant, sa défense des services publics, ses digressions ferrovipathes sur le matériel roulant et sur les petites lignes, son intérêt pour le problème du voyage avec ses chiens et chats domestiques, « un vrai sujet », ses références aux débats parlementaires du XIX -ème siècle concernant le déploiement des chemins de fer, l’actuel patron de la RATP apparaît comme la valeur refuge.

« La SNCF est avant tout une entreprise des territoires et pour les territoires » énonce-t-il, relégant en toile de fond les problématiques d’équilibre économique du groupe SNCF, un ensemble à la mécanique fragile additionnant Keolis, Geodis à aux activités ferroviaires. La question posée par un député du parti d’Edouard Philippe, Sylvain Berrios reste sans réponse. Il demandait si l’endettement de la SA et de ses filiales est soutenable ou s’il faudra larguer du lest pour faire face aux besoins. « On va tout faire pour » répond-il à l’ex-ministre Olga Givernet (EPR), curieuse de savoir s’il reprendrait l’engagement de Jean-Pierre Farandou de dégager 500 millions d’euros supplémentaires pour payer les travaux du réseau, tout en soulignant les obstacles qu’il y aurait pour y arriver.

Pour l’ex Premier ministre, l’essentiel est ailleurs. Conscient que la libéralisation du rail remet profondément en cause « l’identité » de la SNCF et déstabilise ses cheminots, Jean Castex a des idées en matière sociale pour que les troupes soient « reconnues, motivées, impliquées et engagées ». Il en a aussi pour traiter la concurrence et obtenir de l’Etat des « correctifs, des améliorations » des règles du jeu.

« Oui à la concurrence, mais équité sur toute la ligne, plaide-t-il. Il ne faut pas que l’un paie pour les autres ». Dans son viseur, l’utilisation des dividendes de la SNCF Voyageurs par l’Etat pour financer Réseau qui serait inéquitable ainsi que « la privatisation des profits et a socialisation des pertes » une antienne des syndicats cheminots, pour désigner l’installation des concurrents sur les axes les plus rentables. A ses yeux, il faut trouver un moyen d’obliger Trenitalia et les autres à desservir des villes intermédiaires. « Je pense que le sujet est dans les mains du régulateur » a-t-il précisé à Mobily-Cités. 

Concernant la concurrence dans le TER, on peut compter sur les compétences du groupe et sur le poids politique de son futur patron pour convaincre les élus de préférer la SNCF… à RATP Dev par exemple qui vient de ravir l’étoile de Caen à la SNCF. A l’international, il défend depuis longtemps l’idée que les groupes publics agissent de façon plus unie. 

Certitude, l’ex-Premier ministre incarne un atout considérable pour tout l’univers du transport ferroviaire. Appelant les députés à une alliance face à Bercy, il mènera avec eux le lobbying pour décrocher le milliard et demi manquant au réseau. Peu importe l’état critique des finances publiques, « la Nation en aura pour son argent !» quoiqu’il en coute. Déjà vu comme une figure tutélaire, une élue du sud de la région parisienne attend qu’il mette de l’ordre dans le partage des sillons entre les trains de fret le RER D déréglé.

Avec des idées consensuelles, Jean Castex a fait chavirer les parlementaires. « Il faut accentuer notre part modale, alors qu'aujourd'hui on ne peut pas prendre tout le monde dans nos trains », comme si tout ne dépendait pas des retards des nouveaux TGV. « Il faut plus de trains et mieux de train ». Concernant le fret, ferroviaire, « il faut affiner la stratégie, la connexion avec les ports ça c’est l’avenir ». Ou encore :« rouvrir le plus possible de petite ligne ou freiner leur fermeture, c’est sûr ». Et de rappeler ses actions à Matignon pour relancer le train des primeurs Perpignan-Rungis, « malheureusement fermé quelques temps après », ou encore pour remettre en service plusieurs trains de nuit, un sujet très populaire chez les parlementaires.

Un élu du Cantal suggère de doubler les commandes de futures rames ? « Oui je compte activer les commandes de trains de nuit, répond le nouveau PDG de la SNCF, mais la décision dépend de l’Etat. » On se demande bien à quoi servira le ministère des transports. A répondre aux commandes de “Monsieur le Premier ministre“ ?

Marc Fressoz

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