Mais que se passe-t-il à Saint-Denis ?

16 04 2026 | Actualités

Le départ de Scheherazade Zekri vers Trainline n’est pas une simple nomination de plus dans le secteur ferroviaire. Ne raconterait-il pas quelque chose de plus profond sur l’état actuel de la SNCF.

À partir du 20 avril, Scheherazade Zekri deviendra Directrice Commerciale Mobilité Europe de Trainline. Elle aura pour mission de piloter la stratégie commerciale européenne de la plateforme, ses relations avec les opérateurs historiques et nouveaux entrants, ainsi que le développement de son activité B2B. Un poste stratégique pour une entreprise devenue l’un des acteurs incontournables de la distribution ferroviaire en Europe.

Mais derrière cette promotion, une question s’impose : comment la SNCF peut-elle laisser partir un tel profil ?

Depuis plus de vingt-cinq ans, Scheherazade Zekri a accumulé une expérience rare. Passée par Eurostar, Voyages-sncf.com, Thalys puis Keolis, elle occupait dernièrement les fonctions de Directrice de la Stratégie, des Appels d’Offres et des Nouvelles Mobilités chez SNCF Voyageurs TER. Dans un moment où l’ouverture à la concurrence régionale devient le principal sujet stratégique du groupe, elle incarnait justement ce mélange de vision commerciale, de culture numérique et de connaissance fine des marchés européens dont la SNCF a besoin.

Son départ intervient alors que plusieurs observateurs décrivent un climat de plus en plus compliqué dans les étages supérieurs du groupe ferroviaire public. Réorganisations à répétition, départs de cadres expérimentés, recentralisation de certaines décisions, tensions autour des activités ouvertes à la concurrence : depuis plusieurs mois, les mouvements se multiplient à Saint-Denis.

La SNCF a longtemps su attirer et fidéliser des profils capables de penser le train au-delà de l’exploitation pure : distribution, numérique, expérience client, nouveaux services, partenariats internationaux. Or ce sont précisément ces compétences qui deviennent les plus recherchées dans un marché désormais ouvert où la bataille ne se joue plus seulement sur les sillons ou les matériels roulants, mais aussi sur la relation client et la maîtrise des canaux de vente.

Le choix de Trainline n’a d’ailleurs rien d’anodin. La plateforme entend jouer un rôle central dans l’Europe ferroviaire de demain, à mesure que les nouveaux entrants se multiplient et que la question de la distribution devient stratégique. « Trainline est un acteur clé de l’Europe du rail », souligne Scheherazade Zekri, qui dit vouloir accélérer l’innovation en matière de distribution et promouvoir le rail comme solution de mobilité durable.

En laissant partir l’une de ses spécialistes les plus reconnues des nouvelles mobilités et de la concurrence, la SNCF envoie malgré elle un signal troublant. Car dans un groupe confronté à l’ouverture du marché, perdre ses meilleurs experts commerciaux est peut-être plus inquiétant encore que de perdre quelques appels d’offres.

PL

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