Ce matin, c’est à la Chambre de Commerce Suédoise que Transdev a présenté des résultats solides, confirmant la robustesse de son modèle dans un environnement pourtant contraint. Avec un chiffre d’affaires de 10,44 milliards d’euros en 2025 (+4 %) et un résultat net de 96 millions d’euros, le groupe poursuit sa trajectoire de développement.
Mais au-delà des indicateurs financiers, le discours de Thierry Mallet et Marcos Garcia le directeur financier du groupe, marque un tournant stratégique. La croissance, longtemps moteur du groupe, ne suffit plus. Avec une marge nette encore limitée à 0,9 %, Transdev fixe désormais un cap clair : atteindre 2 % d’ici 2030. Une ambition qui impose une discipline accrue dans un secteur structurellement contraint par les coûts et la pression des autorités organisatrices.
Dans ce contexte, le ferroviaire s’impose comme un levier majeur. Fort de l’exploitation réussie de la ligne Marseille–Nice, première ligne régionale ouverte à la concurrence en France, le groupe entend capitaliser sur cette expérience pour se positionner sur les futurs appels d’offres structurants. Les lots Transilien en Île-de-France, mais aussi des réseaux régionaux comme Poitou-Charentes, l’étoile de Reims ou encore la ligne Bruche-Piemont-Vosges, dans la vallée de la Bruche, figurent parmi les priorités. Des marchés hautement concurrentiels, où chaque candidature représente un investissement lourd — entre 2 et 3 millions d’euros — et où se joue une partie de l’équilibre économique du groupe.
Car ces contrats ne sont pas anodins : ils conditionnent l’accès aux « modes lourds », là où se concentrent les volumes, la visibilité financière et les perspectives de long terme. Transdev y déploie une stratégie assumée de montée en gamme, confirmée par ses positions en Allemagne ou en Australie, ainsi que par le développement de solutions innovantes comme le câble urbain en Île-de-France et à Bogota. (https://lnkd.in/eSZnZBxF)
Parallèlement, le groupe accélère ses investissements. Près de 700 millions d’euros ont été engagés en 2025 pour moderniser les flottes et accompagner la transition énergétique. Les trains électriques à batteries, capables d’atteindre jusqu’à 150 km d’autonomie sur des lignes d’environ 80 km, ouvrent de nouvelles perspectives pour électrifier des territoires jusqu’ici dépendants du diesel, sans recourir à des infrastructures lourdes.
Mais cette transformation se heurte à une réalité industrielle préoccupante. Sur le segment des bus et des cars, l’offre européenne peine à suivre, tant en volumes qu’en délais. Résultat : Transdev se tourne vers des constructeurs étrangers comme Yutong (Chine), notamment pour les marchés remportés aux Pays-Bas. Un choix pragmatique, mais révélateur des fragilités de l’industrie européenne face à l’accélération des besoins.
Aux États-Unis, le groupe renforce sa présence avec des contrats structurants à Las Vegas et Houston. Aux Pays-Bas, il s’impose sur des réseaux majeurs comme Arnhem–Nijmegen–Foodvalley et Utrecht, misant sur des flottes largement électrifiées. Autant de succès qui témoignent de sa capacité à conjuguer performance opérationnelle et innovation.
Au fond, Transdev entre dans une nouvelle phase de son développement : moins conquérante, plus exigeante. La croissance est là, les marchés aussi. Reste désormais à transformer cette dynamique en rentabilité durable.
Pierre Lancien



