Il y a parfois, des virages qui racontent bien plus qu’un simple changement de fournisseur. Renault, qui promettait depuis trois ans un moteur électrique « made in France » de troisième génération, laisse finalement Valeo sur le bord de la route. Le partenariat scellé en 2021 pour développer un moteur synchrone à rotor bobiné, la technologie maison permettant de s’affranchir totalement des terres rares, s’arrête net.
En façade, rien ne change : Renault assurera la conception du moteur, l’intégration de la chaîne de puissance et l’assemblage final dans son usine de Cléon. Mais derrière le discours tricolore, le cœur de la machine prend une tout autre direction. Le stator, pièce maîtresse du moteur et initialement promis à Valeo, serait finalement confié à un sous-traitant chinois. Un choix brutal, mais dicté par le nerf de la guerre : le coût.
Le paradoxe est saisissant : Renault s’éloigne de Valeo, mais ne renonce pas pour autant à produire le stator sur le sol français. L’ingénierie serait chinoise, l’usinage peut-être français. Une manière de concilier souveraineté industrielle et réalité des équations économiques. Car entre les ambitions politiques, les investissements massifs de la filière électrique et la pression sur les prix du marché, l’équation devient chaque jour plus serrée pour les constructeurs européens.
Dans cette recomposition, Valeo refuse le rôle de spectateur. L’équipementier français poursuit son propre moteur électrique sans aimants, en partenariat avec l’allemand MAHLE. Objectif : être prêt pour 2028 et revenir dans la course des chaînes de traction « no-rare-earth », où se jouera une partie de l’indépendance technologique européenne.
Que l’on ne s’y trompe pas : le moteur que prépare Renault n’a rien d’un compromis. Il s’agit d’un bloc de rupture, plus compact, plus efficient, tourné vers une électrification de masse.
Autrement dit : un moteur pensé pour les prochaines générations de Mégane E-Tech, de Scénic et de futurs modèles 100 % électriques, dans un contexte où la bataille se joue désormais autant sur la performance que sur le prix.
Derrière ce dossier, c’est tout le dilemme de l’industrie européenne qui se lit en filigrane : vouloir produire localement mais affronter une concurrence mondiale qui casse les prix, protéger la chaîne de valeur tout en maintenant la rentabilité, afficher la souveraineté tout en composant avec les technologies venues de Chine.
Renault fait ici un choix pragmatique, presque brutal…
PL



