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RATP Cap, ATM SPA et Transdev : trio d’ouverture

10 04 2025 | Actualités

Sous l’impulsion d’Île-de-France Mobilités, le paysage des transports en commun continue sa mue. Au cœur de cette métamorphose : l’ouverture progressive à la concurrence, stratégie pilotée avec méthode par l’autorité organisatrice régionale. Le 10 avril 2025, son conseil d’administration a acté une nouvelle série d’attributions de lots de lignes de bus. Trois concernent la dense et nerveuse Petite Couronne, un autre s’étend sur le territoire vallonné du Vexin. Des décisions lourdes de sens, à la fois pour les opérateurs choisis, mais aussi pour les usagers, les collectivités et le personnel de conduite et de maintenance.

Massy-Juvisy, Croix du Sud, Ourcq : ces noms évoquent autant des bassins de vie que des territoires de mobilité saturés, en attente de fluidité. Sur le lot de Massy-Juvisy, c’est la RATP Cap Île-de-France qui a été retenue. Le contrat — une délégation de service public de cinq ans renouvelable — débutera en mars 2026. Il englobe 19 lignes et un futur trait d’union stratégique : une liaison Longjumeau-Orly prévue pour 2027. Deux centres opérationnels, 240 bus, et plus de 9 millions de kilomètres commerciaux annuels : derrière les chiffres, un enjeu de réorganisation logistique, de performance opérationnelle et de transition énergétique, avec notamment la conversion du centre de Morangis à l’électrique.

Du côté du sud des Hauts-de-Seine, c’est une surprise venue d’Italie qui s’impose : ATM SPA, société milanaise déjà implantée à Paris sur les mobilités douces, s’empare du lot Croix du Sud. Elle desservira des villes denses et exigeantes — Issy, Vanves, Malakoff — avec une flotte de 217 véhicules, dont une partie sur cinq lignes Noctilien. Ce contrat inaugure un nouveau centre d’exploitation à Bagneux, voué à accueillir des bus à hydrogène. Le cap est clair : verdir la mobilité, mais aussi diversifier les modèles.

Le groupe français Transdev, déjà bien implanté en Île-de-France, consolide sa position. Il décroche deux lots : le secteur de l’Ourcq en Seine-Saint-Denis, ainsi que le Vexin en Grande Couronne.

L’Ourcq, c’est un territoire contrasté, où les mobilités sont vitales. Là, Transdev pilotera 19 lignes et 372 bus, avec deux centres convertis au GNV. En filigrane, une ambition plus vaste encore : une navette fluviale sur le canal de l’Ourcq, de Jaurès à Bondy. Encore à l’étude, ce projet cristallise un désir de multimodalité cohérente, au service d’une mobilité fluide et apaisée.

Quant au Vexin, il incarne une autre réalité : celle d’un territoire plus rural, éclaté, où le transport collectif rime avec desserte fine et souplesse. Avec ses 30 lignes, trois Noctilien, deux services de transport à la demande et une durée de contrat de six ans, ce lot illustre la seconde génération des DSP lancées par IDFM. Une transition en douceur pour un territoire habitué à être opéré par Transdev, désormais sous un régime nouveau.

 L’ouverture à la concurrence, loin d’être un abandon du service public, se veut ici un levier pour améliorer la qualité, la fréquence, la fiabilité. IDFM conserve la maîtrise d’ouvrage de l’offre, du matériel roulant, de la billettique. Les opérateurs, eux, exécutent, innovent, optimisent. Ils doivent aussi construire ou rénover leurs infrastructures, engager leur personnel et tenir des engagements précis en matière de régularité, d’accueil, de propreté, de transition énergétique.

Derrière cette stratégie, une équation complexe : maintenir un haut niveau de service dans un cadre budgétaire contraint, tout en préparant l’avenir — celui d’une mobilité décarbonée, mieux articulée aux usages quotidiens des Franciliens.

Les attributions se poursuivront jusqu’en octobre 2025. Les mises en service s’échelonneront de l’été 2025 à fin 2026. Une course contre la montre est engagée pour les opérateurs nouvellement désignés, qui doivent en neuf à douze mois mettre en place des organisations robustes. Car derrière chaque lot attribué, c’est l’équivalent d’un réseau urbain de ville moyenne qui bascule : Paris et sa proche banlieue, ce sont quelque 5 000 bus à redistribuer, 13 lots, 13 défis industriels, sociaux et environnementaux.

Cette révolution discrète mais massive est sans doute l’une des plus profondes transformations du service public francilien depuis des décennies. Elle s’opère ligne par ligne, arrêt par arrêt, avec, au bout du trajet, une promesse : celle d’un réseau plus lisible, plus fiable, plus proche.

Noémie Rochet

 

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