La Région Nouvelle-Aquitaine a fait un choix important pour sa première grande mise en concurrence ferroviaire : conserver SNCF Voyageurs.
Alors que l’ouverture à la concurrence était souvent présentée comme une opportunité pour voir émerger des opérateurs alternatifs comme Transdev ou Le Train, c’est finalement l’opérateur historique qui apparaît aujourd’hui comme le mieux placé pour remporter le lot Poitou-Charentes. Un lot loin d’être anecdotique puisqu’il couvre six lignes, 14 000 voyageurs quotidiens, 44 rames et environ 4,4 millions de trains-km par an.
Ce résultat potentiel montre que la concurrence ne signifie pas forcément éviction de la SNCF. Au contraire, dans plusieurs régions, l’ouverture du marché agit davantage comme un électrochoc managérial que comme une révolution industrielle. Pour conserver ses contrats, la SNCF accepte désormais des objectifs de performance, de qualité et de maîtrise des coûts beaucoup plus exigeants qu’auparavant.
Dans le cas du Poitou-Charentes, l’offre retenue prévoit 20 % de dessertes supplémentaires, soit 22 trains de plus chaque jour de semaine à partir de 2028. C’est un engagement très significatif sur un territoire où certaines lignes souffrent encore d’irrégularité et de sous-offre. Alain Rousset met également en avant les garanties sociales et territoriales apportées par l’opérateur, notamment pour les personnels et pour le maintien de la maintenance au technicentre de Saintes.
Cette décision confirme aussi une tendance qui se dessine ailleurs : quand la SNCF accepte de se réorganiser, de créer des filiales dédiées et de proposer une offre plus compétitive, elle reste très difficile à battre. Elle a déjà conservé plusieurs lots régionaux ouverts à la concurrence grâce à des structures dédiées comme SNCF Voyageurs Sud Azur, SNCF Voyageurs Loire Océan ou SNCF Voyageurs Étoile d’Amiens. .
Selon plusieurs échos du secteur, Jean Castex aurait personnellement suivi ce dossier de très près. Certains observateurs évoquent même une intervention au plus haut niveau afin de convaincre la Région de retenir l’offre de SNCF Voyageurs.
Impossible toutefois, à ce stade, de confirmer de manière certaine une implication directe de Jean Castex dans l’arbitrage final. Officiellement, la Région insiste sur le fait que le choix s’est fait sur des critères de coûts, d’offre de transport et de garanties sociales.
Mais il est évident qu’un revers sur ce premier lot Poitou-Charentes aurait envoyé un très mauvais signal politique et industriel pour le nouveau patron du groupe SNCF, quelques mois seulement après son arrivée. Conserver ce contrat permet au contraire à la SNCF de montrer qu’elle reste capable de gagner des appels d’offres ouverts, y compris face à des concurrents offensifs.
PL



