Philippe Tabarot
Ministre des Transports

Le Plan Joana incarne une vision d’ensemble où chaque action s’articule autour d’une ambition partagée : garantir la sécurité de tous, tout en valorisant la profession des conducteurs. Si la répression est renforcée pour répondre aux comportements les plus dangereux, elle ne saurait occulter le rôle fondamental de la prévention et de l’accompagnement. C’est dans l’équilibre entre pédagogie et fermeté que se construit une culture professionnelle solide, capable de prévenir les fautes avant qu’elles ne surviennent.

La transformation des habitudes, notamment chez les plus jeunes, passe par une évolution culturelle profonde. Il ne s’agit plus seulement d’imposer des règles, mais d’expliquer, de sensibiliser et de donner du sens aux obligations, comme celle du port de la ceinture. Les chiffres montrent l’efficacité de ces mesures lorsque la prise de conscience est collective et sincère.

Au final, l’approche globale assumée par le ministre vise à reconstruire tout un système autour de valeurs de prévention, de technique, de contrôle et de sanction, dans un secteur encore fragmenté et sous tension. Le chemin sera long, mais la direction donnée par le Plan Joana ouvre la voie vers un environnement plus sûr et plus exigeant pour tous.

 

Plan Joana : Cinq questions au ministre Philippe Tabarot

Le Plan Joana s’est imposé comme un marqueur fort de l’action publique. Derrière ce nom, celui d’une lycéenne de 15 ans, décédée dans l’accident du car qui devait l’emmener à son lycée de Châteaudun. Son chauffeur contrôlé positif aux stupéfiants a été mis sous contrôle judiciaire en attendant son procès pour homicide involontaire aggravé.  Un drame qui a fissuré l’horizon tranquille du transport quotidien de deux millions d’élèves. Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, en a fait une priorité et un symbole de son mandat.

Mobily-Cités : Le plan Joana vise-t-il une baisse mesurée du risque, ou un objectif de zéro absolu ?

Philippe Tabarot :

Chaque jour, près de 2 millions d’élèves se rendent à leur établissement grâce au transport scolaire. C’est une responsabilité immense. Ce trajet entre le domicile et l’école, le collège ou le lycée, doit se dérouler dans des conditions de sécurité irréprochables. Il n’est pas concevable que les parents déposent leurs enfants la boule au ventre.

Ce plan veut installer une culture du refus absolu, une culture du “non négociable”. Tolérance zéro ne signifie, néanmoins, pas répression aveugle : cela veut dire que chaque maillon de la chaîne, du conducteur à l’employeur, du transporteur à l’Autorité qui organise le transport scolaire (AOM), doit considérer que la sécurité n’est jamais définitivement acquise.

Les dépistages massifs menés après le drame de Châteaudun – environ 30 000 au total – ont révélé des comportements isolés mais insupportables.

Face à cela, j’ai décidé de renforcer les moyens et la mobilisation, qui passe par une mobilisation à tous les niveaux avant, pendant et après le trajet en car : plus de prévention et de formation auprès des chauffeurs, plus d’équipements de sécurité à bord des cars.

Nous ne partons pas de rien. Le secteur des transports scolaires est depuis longtemps très encadré. Mais il faut aller plus loin pour faire face à l’évolution des risques.

 

Mobily-Cités : Les stupotests seront-ils obligatoires sur les véhicules neufs, et à quelle échéance ?

Philippe Tabarot :

C’est l’une des pierres angulaires du plan. L’objectif est de garantir au maximum le « zéro stupéfiant au volant », en empêchant le démarrage du véhicule si le conducteur a consommé des stupéfiants. C’est une solution à la fois comparable et complémentaire à l’éthylotest, installé progressivement dans les transports en commun d’enfants en 2010, avec une vraie efficacité.

Si nous imposons le stupotest au plus tard d’ici quatre ans sur tous les véhicules neufs, c’est parce qu’il faut envoyer, dès maintenant, un signal aux acteurs en posant une norme technique claire, et compréhensible – et avec une borne temporelle permettant de déclencher l’investissement des entreprises.

Mais n’avons pas simplement posé une règle, en nous contentant de donner rendez-vous dans 4 ans.  Nous avons fait le choix, dès l’annonce du plan, de suivre de près les développements techniques et les innovations nécessaires à cet équipement de stupotests dans les véhicules neufs.

Mon cabinet au ministère des Transports réunit à intervalles réguliers les différents acteurs concernés (transporteurs, producteurs de solutions de test, constructeurs de cars scolaires, AOM…) dans un groupe de travail dédié pour impulser la dynamique et s’assurer de la bonne avancée des travaux.   

Mobily-Cités : Un dépistage aléatoire annuel sera imposé à chaque conducteur. Comment le rendre efficace dans les petites entreprises, sans le réduire à une formalité ?

Philippe Tabarot :

Je sais que certaines petites structures peuvent avoir des interrogations concernant la mise en place de ces tests. L’objectif n’est pas de les pénaliser. Et j’insiste sur une chose : l’écrasante majorité des 36 000 conducteurs sont exemplaires. Le dépistage est aussi une façon de préserver l’image de cette profession, de réaffirmer la noblesse d’un métier qui transporte nos enfants chaque jour. Il donne un cadre clair, rassurant, partagé. C’est une mesure de confiance, autant qu’une mesure de contrôle.

Je tiens à saluer l’investissement remarquable des Régions et des opérateurs sur cet enjeu du dépistage : en témoigne la charte signée le 30 avril, à l’occasion de la présentation du Plan Joana, par Régions de France et la FNTV pour, notamment, soutenir la mise en place volontaire des tests. Plusieurs Régions ont d’ores et déjà entamé le travail de déclinaisons des engagements de cette charte sur leur territoire. 

Mobily-Cités : Le volet répressif est considérablement renforcé. Comment garantir que prévention et accompagnement ne soient pas relégués au second plan ?

Philippe Tabarot :

La répression n’est pas un gros mot : elle a du sens – elle est même indispensable lorsque le comportement met la vie d’autrui en danger. La création d’un « homicide routier », les suspensions de permis plus longues, l’aggravation des peines : ce sont des mesures d’ordre public, pensées pour dissuader les comportements les plus dangereux.

Mais ce plan intègre aussi un important volet de prévention : les modules de formation des conducteurs de cars renforcés sur les risques liés à la consommation de stupéfiants, grâce notamment à un arrêté pris le 12 juin, les plans anti-addictions dans les entreprises, le rôle moteur des autorités organisatrices.

La sanction vient rappeler une vérité : conduire sous stupéfiants n’est pas une erreur, c’est une faute. Mais la prévention, elle, construit la culture professionnelle qui évite que cette faute ne se produise. Les deux doivent cohabiter. Je n’opposerai jamais la pédagogie à la fermeté.

Mobily-Cités : Le non-port de la ceinture reste dramatique chez les adolescents. Comment transformer une obligation légale en réflexe collectif durable ?

Philippe Tabarot :

Chez les adolescents, la ceinture est parfois perçue comme une contrainte, une infantilisation, voire un geste que l’on accomplit “chez les petits”. Ce n’est pas encore, pour beaucoup – et notamment les plus grands – un réflexe.

Et pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : au fil des années, la gravité des accidents, lorsqu’ils ont lieu, a tendance à baisser. 15 des 24 renversements d’autocars n’ont fait aucune victime, grâce à la ceinture.

Le groupe de travail que je mentionnais planche aussi sur l’identification des solutions les plus adaptées pour combattre la réticence de certains de nos jeunes à boucler leur ceinture : il formulera des propositions dans les prochains mois, qui pourront aller du renforcement de la signalétique, à l’intégration de messages de sécurité directement sur les sièges.

Propos recueillis par Pierre Lancien

 

 

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