C’est le nouvel argument électoral à la mode : la gratuité des transports publics. À l’approche des municipales de 2026, élus et candidats rivalisent de promesses sociales et écologiques. À Douai, Dunkerque, Montpellier — et désormais dans le bassin minier avec TADAO, qui deviendra dès janvier le plus grand réseau gratuit de France — la mesure séduit. Elle flatte l’électeur, soulage le portefeuille et coche toutes les cases vertes. Mais derrière le symbole, certains redoutent déjà un effet boomerang.
Car rendre les transports gratuits n’efface pas le coût de leur exploitation. Dans le cas de TADAO, 10 millions d’euros de fonctionnement seront nécessaires chaque année, dont 6,4 millions de pertes de recettes. La facture, elle, sera assumée par les collectivités et le versement mobilité, déjà sous tension. Et si l’on promet des bus plus nombreux et plus réguliers, encore faut-il trouver les conducteurs, financer les dépôts, entretenir les véhicules et assurer la transition énergétique.
L’expérience de Dunkerque ou Niort l’a montré : la gratuité peut accroître la fréquentation de 20 à 30 %, mais elle ne garantit pas une baisse significative de la voiture individuelle. Elle déplace aussi les équilibres financiers : moins de billetterie, donc moins de marge d’autonomie pour les réseaux, et une dépendance accrue aux subventions. « Gratuit » ne veut pas dire « sans coût », rappellent les exploitants.
Dans un contexte d’inflation des charges, d’ouverture à la concurrence et de pression sur les budgets publics, plusieurs voix s’inquiètent d’un modèle difficile à pérenniser. La Cour des comptes, déjà, appelait à « plus de transparence et de prudence » dans les annonces électorales liées à la mobilité.
Reste que la gratuité reste un puissant levier d’image et de cohésion. Elle offre aux élus l’occasion de parler d’égalité territoriale et de droit à la mobilité, sans forcément débattre du financement. Mais à trop vouloir séduire l’électeur, le risque est de transformer la promesse politique en casse-tête budgétaire. Et, au terminus, il faudra bien que quelqu’un… paie le ticket.
PL



