Alors que l’on approche du premier anniversaire de la gratuité des transports en commun le week-end dans l’agglomération nantaise, la mesure suscite un bilan contrasté entre satisfaction d’usagers et interrogations politiques. Mise en place par Nantes et Nantes Métropole depuis avril 2021, la gratuité s’applique aux trams, bus, navibus et TER dans le périmètre métropolitain les samedi et dimanche, offrant aux voyageurs une alternative gratuite au déplacement motorisé classique.
Ce dispositif, qui visait à la fois à dynamiser l’usage des transports et à soutenir le pouvoir d’achat, a rapidement trouvé son public. Sur l’ensemble de l’année écoulée, des centaines de milliers de trajets gratuits ont été effectués, notamment les week-ends où les familles, les jeunes et les personnes à faibles ressources ont vu dans l’offre une manière plus accessible de se déplacer sans contrainte tarifaire. Les parkings relais intégrés au système profitent également de cette gratuité, encourageant l’intermodalité avec les transports collectifs.
Pour les défenseurs de la mesure, les chiffres de fréquentation, montrent une augmentation sensible des déplacements le week-end, en particulier vers les zones commerçantes et culturelles du centre-ville. « L’accessibilité tarifaire a clairement changé les habitudes de mobilité, en particulier pour les loisirs et les sorties familiales », nous confiait fin janvier un élu métropolitain en charge des transports, lors d’un point presse sur la mobilité. Ce succès d’usage, selon ces responsables, contribue aussi à réduire les congestions routières et les émissions de CO₂ sur des créneaux traditionnellement courts mais nombreux.
Mais tout n’est pas unanimité. Certains acteurs politiques, notamment dans la campagne municipale en cours, remettent en question la pérennité financière de ce modèle. La gratuité, qui coûte plusieurs millions d’euros chaque année à la collectivité, est un thème fort des débats électoraux. La droite locale propose ainsi d’organiser un référendum pour décider du maintien ou non de ce dispositif, arguant que son coût doit être mis en balance avec les investissements à réaliser dans l’entretien du réseau et l’extension des lignes de tramway.
Du côté des usagers, si beaucoup saluent le gain de pouvoir d’achat, certains demandent plus encore : des extensions possibles en semaine, ou des mesures ciblées pour les étudiants et travailleurs non couverts par d’autres aides. Cette aspiration a trouvé un écho dans les discussions sur les aides à la mobilité solidaire et les formes de tarification sociale complémentaires à la gratuité actuelle.
À moins de deux mois de l’anniversaire de la mesure, Nantes Métropole s’attelle à produire une analyse détaillée des effets de la gratuité, qui sera rendue publique avant le printemps. L’objectif affiché est double : consolider les acquis en matière de report modal et d’accessibilité, tout en confortant les hypothèses de financement à long terme. Reste à savoir si cette formule, déjà novatrice il y a un an, continuera d’être un atout ou deviendra un enjeu politique décisif dans le paysage nantais.
Pierre Lancien



