Chez Eurostar, Christophe Fanichet en rempart contre les assaillants du transmanche

04 11 2026 | Actualités

Sus aux Italiens, aux Anglais et à tous les autres ! C’est la surprise d’automne. Après avoir été écarté cet été de ses fonctions de PDG de SNCF Voyageurs par le patron de la SNCF Jean Castex, Christophe Fanichet ne s’en va pas du groupe.

Il prendra au 1er décembre la direction d’Eurostar, la principale principauté ferroviaire de la SNCF hors de ses terres avec 20 millions de passagers transportés l’an dernier et 2 milliards d’euros de revenus collectés. Il succédera comme directeur général à Gwendoline Cazenave dont on connaîtra le sort prochainement. Bien sûr, elle quitte Eurostar, mais restera-t-elle au sein de la SNCF ? « Elle devrait communiquer sur les réseaux sociaux » croit-t-on savoir en interne.

 

Pas de scénario à la Rachel Picard

 

Le repositionnement de Christophe Fanichet ressemble finalement à une promotion, en tous cas à une continuité. La SNCF évite le risque de voir un de ses ex-dirigeants clé devenir ensuite artisan d’une compagnie concurrentes, comme Rachel Picard l’ex-Madame TGV aujourd’hui aux commandes de Velvet.

« Il siégeait déjà au conseil d’administration d’Eurostar en tant que PDG de SNCF Voyageurs, souligne-t-on dans le groupe. Après avoir coordonné la stratégie de développement de cette SA stratégique, il passe aux travaux pratiques. Son objectif : « assurer le développement d’Eurostar dans un environnement plus concurrentiel » annonce la société, pour ne pas dire tuer la concurrence en pratique, conformément aux visées de Jean Castex qui s’active par ailleurs sur le plan législatif notamment concernant la distribution des billets.

Celui-ci l’a installé aux commandes d’une filiale confortablement ancrée sur son marché avec un ebidta de 18% ( le résultat net n’est pas publié). Ce n’est pas comme piloter sous la pression de deux concurrents (RENFE et Yrio), l’outsider Ouigo España, principal instrument actuel de conquête de la SNCF à l’étranger en attendant le lancement de la campagne d’Italie décalée à 2028.

 Une voie royale ?

Eurostar occupe une position géographique et historique stratégique grâce au contrôle sans partage du verrou du tunnel transmanche qui relie trois grandes métropoles européennes (Paris, Londres, Bruxelles). Mais des assaillants déclarés comme Trenitalia et Virgin Trains fourbissent leurs armes avec le but de contester aux alentours de 2030 le monopole de fait d’Eurostar, seul client d’Eurotunnel dans le domaine de la grande vitesse depuis la mise en service du lien fixe en 1994. Dans les années 2010, à l’issue d’ une série de tests de matériel assez poussés, la DB avait jeté l’éponge.

 « Nous avons aussi des concurrents déclarés entre Bruxelles Amsterdam et Paris Amsterdam » liste un porte-parole faisant référence à Go-Volta et Heurotrain. Les assaillants s’annoncent un partout étant donné la taille du territoire d’Eurostar. Depuis l’absorption en 2023 de Thalys, positionnée sur Paris-Bruxelles/Amsterdam-Cologne, le nouvel Eurostar a unifié un royaume qui couvre parmi les plus riches provinces d’Europe allant du Grand Londres jusqu’à la Hollande en passant par le Hainaut, les Flandres, le Limbourg, Brabant, une frange de l’ouest de l’Allemagne etc.

SNCF Voyageurs à hue et à dia ?

Pour certains connaisseurs, la situation au sein de SNCF voyageurs est toutefois baroque sinon intenable en termes de gouvernance et de rapports de pouvoir.  « Il y a 6 mois, Christophe Fanichet était le patron de Jean-Aimé Mougenot ( devenu DG de SNCF Voyageurs NDLR). À partir du 1er décembre, Jean-Aimé Mougenot deviendra le patron de Christophe Fanichet » observe sur Linkedin Thierry Marty, un ancien dirigeant de la SNCF. Surtout, il dépendra de la patronne de la grande vitesse Karine Dusserre-Sarthe, son ex-adjointe présente au conseil d’administration d’Eurostar. Cela peut-il tenir ? Pourquoi pas.

La SNCF n’occupe pas tous les sièges au conseil d’administration. Avec 55 % du capital, elle partage le pouvoir avec deux fonds d’investissements, La Caisse, ex-Caisse de dépôt et placement du Québec ( 19,31 %) et Federated Hermes Infrastructure (6,44 %) ainsi qu’avec la SNCB (18,50 %). Une équipe d’actionnaires puissants qui soutiennent les ambitions de l’entreprise ferroviaire. Après avoir sauvé celle-ci de la noyade post-Covid en injectant beaucoup d’argent, ils l’accompagnent dans des investissements massifs.

Outre la réussite de la fusion en une seule compagnie, on retiendra des quatre ans de Gwendoline Cazenave l’achat programmée de 30 rames à deux niveaux de type TGV M, avec 20 options, pour 2 milliards d’euros. ll s’agit de capter 10 millions de voyageurs de plus pour atteindre 30 millions de personnes transportées dans les années 2030. Une façon de souhaiter la bienvenue aux autres.

En face, la concurrence s’organise. Virgin Trains a franchi plusieurs pas. Fort d’un accès aux ateliers de maintenance des trains de Temple Mills à Londres, il a aussi obtenu cet été du régulateur anglais un certain nombre de sillons stratégiques sur la LGV Londres-tunnel. Et en octobre, il a annoncé « un accord stratégique » avec Alstom en vue de l’achat de 12 rames à 1 niveau pour environ 700 millions d’euros.

Sillons et voie judiciaire

 Mais un parcours judiciaire s’ouvre. Eurostar et Trenitalia ont formulé un recours contre l’attribution de sillons. Pour eux, le régulateur anglais a favorisé la compagnie britannique en estimant que les sillons correspondent à des « services existants ».  

Un parcours technique et réglementaire s’ouvre également. Les rames devront obtenir un certain nombre d’homologations pour passer sous la Manche, pour rouler à 300 km/h en France etc. L’objectif de démarrer Virgin Trains à partir de 2030 semble optimiste.

De son côté, Trenitalia épaulé par le fonds d’investissement Certares pour partager des frais estimés à 2 milliards d’euros, a annoncé la commande cet été de 19 rames à 1 niveau à Hitachi Rail. La compagnie dit viser un démarrage en 2029. Il lui faudra aussi construire un atelier de maintenance à Paris. Reste que son implantation commerciale sur le marché français, plus difficile que prévu, laisse augurer le défi à relever pour contrer le règne d’Eurostar.

Marc Fressoz  

 

 

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La RATP réussira-t-elle son chantier de la simplification ? En tout cas, elle part en chasse contre son trop plein de normes internes et ses écrits qui étouffent parfois son fonctionnement. « Nous avons identifié 30 % d’instructions générales qui étaient inutiles, superfétatoires » explique Xavier Piechaczyk à la tête du groupe depuis février 2026. Cela a fait partie de mon rapport d’étonnement en arrivant, j’ai même trouvé une instruction générale expliquant comment rédiger une instruction générale ». Bref trop « centralisé par endroit »,  l’EPIC mérite « un travail de fond très important d’allégement normatif » afin de redonner un peu de sens au travail des manageurs.

Lui-même se fait le chantre du décloisonnement. « Mon style est plutôt collaboratif, assure ce techno qui fut conseiller de Jean-Marc Ayrault à Matignon, puis de François Hollande à l’Élysée. J’aime bien bosser en équipe, mon bureau ressemble à une salle de réunion. » Il veillera à une ambiance de travail . « Je pense que la brutalité, c’est très contreproductif. » Le corps social du groupe public en aurait-il pâti dans le passé ?

Ces principes managériaux ne constituent pas la facette la plus formalisée des orientations stratégiques que le successeur de Jean Castex a dévoilées le 20 octobre. Mais ils composent le fond de sauce nécessaire à la mutation et le développement du transporteur de 70 000 personnes. La RATP aborde « un moment charnière », répète le PDG. Les filiales ( Cap Ile de France, RATP Dev pour la province et l’international voué à croître) vont bientôt générer plus de chiffre d’affaires que l’EPIC destiné à s’atrophier.

Après les bus, la RATP perdra bientôt en région parisienne, son fief historique le monopole du tram, et enfin des RER et des métros. Sur 9,4 milliards d'euros de chiffre d’affaires projetés en 2030 (contre 7,9 en 2025), les filiales devraient en générer 54%. Rien n’empêche d’ailleurs d’aller sur de nouveaux territoires en Ile-de-France. Le transporteur vise les lignes L et V du réseau Francilien après avoir tenté sa chance lors d’un précédent appel d’offre.

Si le pilote de l’opérateur a livré beaucoup d’indications, on reste sur sa faim concernant le futur comex du groupe et l’organisation de la gouvernance. Il faudra encore patienter « quelques mois » prévient Xavier Piechaczyk pour connaître l’état-major avec lequel il pilotera ce grand chantier.

Car le contour d’un certain nombre de grandes directions sont amenées à connaître un redécoupage avec probablement des changements de tête. Loin d’être anodines, les réflexions inachevées portent sur l’articulation entre les filiales et la tête du groupe et sur le degré de mutualisation des fonctions support et des expertises. « La tête du groupe fixe les grandes orientations, réalise les arbitrages, elle va aussi accueillir des fonctions expertes rares » explique la RATP.

Outre le bon positionnement de ces savoir-faire, les cogitations concernent aussi celui du secrétariat général, des finances, des RH, et de la communication et du marketing. Parmi les syndicats, la CFE CGC espère « une gouvernance claire, cohérente et fiable pour assurer l’avenir de la RATP ».

Pour l’instant, le patron et ses collaborateurs se sont attachés à définir la raison d’être du groupe  ( «Au service de la qualité de ville» ) et à mettre en lumière auprès des salariés l’ADN et les forces d’un groupe industriel aux compétences rares.

Elles s’organise en trois métiers distincts : opérateur et mainteneur complet de solutions de transport ; gestionnaire et valorisateur d’infrastructures urbaines ( tunnels, voies, réseau de chaleur ou de froids, réseau télécom) ; enfin concepteur financeur et exploitant d’équipements et bâtis urbains.

Bref, un travail nécessaire pour rassurer le personnels soumis à des séries de réorganisation ces dernières années, dans une entreprise en pleine mutation identitaire. La conférence de presse de Xavier Piechaczyk s’est d’ailleurs achevée sur le sujet du relookage du logo RATP – un visage dans un cercle symbolisant la Seine et la région parisienne. Il a fait l’objet d’une réflexion entamée avant l’actuel PDG avec une agence de communication, et enrobée d’un discours conceptuel autour du « territoire de marques » à réarticuler.

Résultat des courses : statu quo général, hormis des évolutions cosmétiques que Xavier Piechaczyk a commenté de façon comique : « Ici nous avons rectifié le cercle pour qu’il soit parfaitement circulaire », les bras de Seine ont été raccourcis, là nous avons changé la police de caractère, ici la typographie bleue s’avère « plus affinitaire et impactante ». « Jamais, je n’aurais changé ce logo iconique  » a-t-il glissé ensuite. Bref, c’est qui le patron ?

Marc Fressoz

 

La RATP réussira-t-elle son chantier de la simplification ? En tout cas, elle part en chasse contre son trop plein de normes internes et ses écrits qui étouffent parfois son fonctionnement. « Nous avons identifié 30 % d’instructions générales qui étaient inutiles, superfétatoires » explique Xavier Piechaczyk à la tête du groupe depuis février 2026. Cela a fait partie de mon rapport d’étonnement en arrivant, j’ai même trouvé une instruction générale expliquant comment rédiger une instruction générale ». Bref trop « centralisé par endroit »,  l’EPIC mérite « un travail de fond très important d’allégement normatif » afin de redonner un peu de sens au travail des manageurs. 

Lui-même se fait le chantre du décloisonnement. « Mon style est plutôt collaboratif, assure ce techno qui fut conseiller de Jean-Marc Ayrault à Matignon, puis de François Hollande à l’Élysée. J’aime bien bosser en équipe, mon bureau ressemble à une salle de réunion. » Il veillera à une ambiance de travail . « Je pense que la brutalité, c’est très contreproductif. » Le corps social du groupe public en aurait-il pâti dans le passé ?

Ces principes managériaux ne constituent pas la facette la plus formalisée des orientations stratégiques que le successeur de Jean Castex a dévoilées le 20 octobre. Mais ils composent le fond de sauce nécessaire à la mutation et le développement du transporteur de 70 000 personnes. La RATP aborde « un moment charnière », répète le PDG. Les filiales ( Cap Ile de France, RATP Dev pour la province et l’international voué à croître) vont bientôt générer plus de chiffre d’affaires que l’EPIC destiné à s’atrophier. 

Après les bus, la RATP perdra bientôt en région parisienne, son fief historique le monopole du tram, et enfin des RER et des métros. Sur 9,4 milliards d'euros de chiffre d’affaires projetés en 2030 (contre 7,9 en 2025), les filiales devraient en générer 54%. Rien n’empêche d’ailleurs d’aller sur de nouveaux territoires en Ile-de-France. Le transporteur vise les lignes L et V du réseau Francilien après avoir tenté sa chance lors d’un précédent appel d’offre.

Si le pilote de l’opérateur a livré beaucoup d’indications, on reste sur sa faim concernant le futur comex du groupe et l’organisation de la gouvernance. Il faudra encore patienter « quelques mois » prévient Xavier Piechaczyk pour connaître l’état-major avec lequel il pilotera ce grand chantier. 

Car le contour d’un certain nombre de grandes directions sont amenées à connaître un redécoupage avec probablement des changements de tête. Loin d’être anodines, les réflexions inachevées portent sur l’articulation entre les filiales et la tête du groupe et sur le degré de mutualisation des fonctions support et des expertises. « La tête du groupe fixe les grandes orientations, réalise les arbitrages, elle va aussi accueillir des fonctions expertes rares » explique la RATP.  

Outre le bon positionnement de ces savoir-faire, les cogitations concernent aussi celui du secrétariat général, des finances, des RH, et de la communication et du marketing. Parmi les syndicats, la CFE CGC espère « une gouvernance claire, cohérente et fiable pour assurer l’avenir de la RATP ».

Pour l’instant, le patron et ses collaborateurs se sont attachés à définir la raison d’être du groupe  ( «Au service de la qualité de ville» ) et à mettre en lumière auprès des salariés l’ADN et les forces d’un groupe industriel aux compétences rares. 

Elles s’organise en trois métiers distincts : opérateur et mainteneur complet de solutions de transport ; gestionnaire et valorisateur d’infrastructures urbaines ( tunnels, voies, réseau de chaleur ou de froids, réseau télécom) ; enfin concepteur financeur et exploitant d’équipements et bâtis urbains.

Bref, un travail nécessaire pour rassurer le personnels soumis à des séries de réorganisation ces dernières années, dans une entreprise en pleine mutation identitaire. La conférence de presse de Xavier Piechaczyk s’est d’ailleurs achevée sur le sujet du relookage du logo RATP – un visage dans un cercle symbolisant la Seine et la région parisienne. Il a fait l’objet d’une réflexion entamée avant l’actuel PDG avec une agence de communication, et enrobée d’un discours conceptuel autour du « territoire de marques » à réarticuler.

Résultat des courses : statu quo général, hormis des évolutions cosmétiques que Xavier Piechaczyk a commenté de façon comique : « Ici nous avons rectifié le cercle pour qu’il soit parfaitement circulaire », les bras de Seine ont été raccourcis, là nous avons changé la police de caractère, ici la typographie bleue s’avère « plus affinitaire et impactante ». « Jamais, je n’aurais changé ce logo iconique  » a-t-il glissé ensuite. Bref, c’est qui le patron ?

Marc Fressoz

Derrière sa nouvelle signature « Bienvenue en ville », et confronté à l’érosion de ses positions historiques en Île-de-France, Xavier Piechaczyk veut transformer l’opérateur parisien en groupe industriel international. Objectif : 20 % de chiffre d’affaires supplémentaire d’ici 2030. Une ambition qui repose sur la conquête de nouveaux marchés et sur la valorisation d’un patrimoine à valoriser.

La RATP change d’époque. Et Xavier Piechaczyk semble avoir parfaitement compris que le temps des marchés protégés touche à sa fin. L’ouverture à la concurrence en Île-de-France bouleverse le modèle économique du groupe. Il ne suffit plus d’exploiter le métro parisien et de défendre ses positions historiques. Il faut conquérir des marchés, dégager des marges et trouver de nouveaux relais de croissance.

Le chiffre le plus révélateur concerne les filiales. Dès 2027, elles représenteront plus de la moitié de l’activité du groupe. Leur chiffre d’affaires doit atteindre 5 milliards d’euros en 2030, soit un doublement annoncé. Mais attention à l’effet d’annonce : cette progression intègre le transfert des activités historiques du bus vers RATP Cap Île-de-France. Une croissance en partie comptable, donc, qui ne saurait masquer l’enjeu de la conquête commerciale. Ce n’est pas du Bonetto.

Xavier Piechaczyk entend concentrer ses forces là où la RATP dispose d’un véritable avantage concurrentiel : les réseaux complexes et, surtout, le métro automatique. Le groupe revendique une position de numéro un mondial dans cette spécialité dès 2027.

Le message adressé à Keolis, Transdev et aux grands opérateurs internationaux est limpide : la RATP ne cherchera pas nécessairement à être présente partout, mais à s’imposer sur les marchés les plus techniques et les plus rémunérateurs.

L’autre pari est moins spectaculaire, mais potentiellement lucratif. Tunnels, fibre optique, réseaux énergétiques, immobilier, maintenance : Xavier Piechaczyk veut transformer les savoir-faire et les actifs du groupe en véritables centres de profit. La RATP ne vendrait plus seulement des kilomètres parcourus, mais des compétences industrielles et des services urbains.

Cette diversification pose néanmoins une question : jusqu’où peut-elle s'éloigner de son métier historique sans disperser ses moyens ?

Enfin, Xavier Piechaczyk promet une direction resserrée, davantage d’autonomie aux filiales et moins de normes internes. Derrière cette réforme de gouvernance se profile un enjeu décisif : faire fonctionner une entreprise publique historique avec la réactivité d’un groupe soumis à la concurrence.

Reste une faiblesse dans cette feuille de route : si les objectifs de chiffre d’affaires sont affichés, les investissements, les marges visées et les économies attendues ne sont pas détaillés.

La RATP a donc fixé son cap, mais pas encore dévoilé tous les moyens de l’atteindre.

PL