La réélection de Gil Avérous dès le premier tour avec 68,24 % des voix lui offre une situation rare : celle d’un élu local heureux. Heureux d’avoir gagné, bien sûr. Mais surtout heureux de pouvoir enfin concrétiser un projet que beaucoup regardaient encore récemment avec scepticisme : faire de Châteauroux la première ville française à exploiter une ligne régulière de navettes autonomes en situation réelle.
Derrière cette satisfaction, il y a surtout le sentiment que la technologie a enfin atteint un niveau de maturité crédible. « Ces nouvelles navettes, technologiquement abouties et plus sûres, nous permettent de franchir une étape significative, car nous allons pouvoir les faire rouler en milieu urbain et, après autorisation, les faire aller jusqu’à jusqu’à 70 ou 80 km/h lorsque la situation le permet. », poursuit-il. Un saut important quand les premières générations plafonnaient difficilement à 25 ou 30 km/h et restaient incapables de s’intégrer réellement dans le trafic urbain.
Du côté de Keolis, le constat est le même. « Le paradigme change totalement », explique Alexandre Flon. « J’ai essayé une dizaine de navettes autonomes ces dernières années, et à chaque fois j’en descendais en me disant que c’était encore compliqué. Aujourd’hui, on n’est plus du tout dans le même niveau de maturité. » Après plusieurs années de tâtonnements et l’abandon progressif de certains pionniers historiques, comme EasyMile, le choix s’est finalement porté sur les navettes développées par WeRide avec Renault. Les essais conduits sur le site castelroussin ont peu à peu levé les doutes. « Plus on fait de tests, plus on est conquis et convaincus », poursuit Alexandre Flon. « Même s’il reste des améliorations à apporter, la pertinence de la solution pour des usages réels ne fait plus de doute. »
La première ligne envisagée relierait la gare SNCF au centre aquatique, en passant par plusieurs équipements publics structurants. À terme, une seconde pourrait desservir le parc des expositions de Belle-Isle jusqu’à l’hypercentre. « L’idée n’est pas de remplacer ce qui fonctionne, mais de tester en conditions réelles », souligne Alexandre Flon. « C’est un contrepoint au service actuel, qui va nous permettre de comprendre comment intégrer cette technologie dans une exploitation classique. »
L’enjeu n’est pas seulement technologique. Il est aussi économique et social. Dans un secteur confronté à une pénurie de conducteurs, Keolis voit dans la navette autonome une manière de maintenir l’offre. « On ne cherche pas à supprimer le métier », insiste Alexandre Flon. « La vraie question, c’est : comment fait-on quand on n’a plus assez de conducteurs ? » À Châteauroux, plusieurs chauffeurs participent depuis plusieurs années aux expérimentations. « On comprend bien que notre métier évolue », reconnaît l’un d’eux. « On ne sera peut-être plus derrière le volant, mais on restera indispensables. »
Reste enfin à convaincre les usagers. Là aussi, les premiers retours semblent encourageants, même si la prudence demeure. « On a confiance… mais en tant que conducteur, on se demande comment la navette va réagir », confie un passager après un essai. « Quand elle prend de la vitesse, on se pose des questions… » Une autre habitante se montre plus réservée : « Je ne me vois pas du tout dans un bus sans chauffeur. Mais je suis prête à essayer pour voir si c’est fiable. » Gil Avérous, lui, n’a guère de doute : « Après l’effet de surprise, l’effet Waouh , ils seront les ambassadeurs de ce mode de transport innovant et dorénavant sûr. »
Reste la question de la gratuité, que Châteauroux assume depuis plusieurs années. Le maire continue de défendre ce choix, tout en se montrant plus nuancé que certains élus convertis au « tout gratuit ». Selon lui, la gratuité est un outil efficace, mais elle doit rester adaptable selon les territoires, les publics visés et les objectifs poursuivis. Une manière de rappeler que, même dans une ville pionnière en matière de mobilité autonome, le pragmatisme reste encore le meilleur copilote.
Propos receuillis avec plaisir par Pierre Lancien
Le nouveau véhicule repose sur une alliance entre Renault Group et WeRide, spécialiste des technologies de conduite autonome de niveau 4. Fondée à Guangzhou en 2017, WeRide s’est déjà illustrée en Chine, au Moyen-Orient et en Amérique du Nord avant d’arriver en Europe avec Renault. Ensemble, les deux partenaires ont déjà expérimenté leurs navettes à Roland-Garros, à Barcelone et dans la Drôme.



