Carole Delga
Présidente de la Région Occitanie et présidente de l'association Région de France

LGV Toulouse–Bordeaux–Dax : « Le recours à un PPP serait un choix perdant »

Interview de Carole Delga, présidente de la Région Occitanie

Mobily-Cités : La relance de l’hypothèse d’un partenariat public-privé pour la LGV Toulouse–Bordeaux–Dax suscite de vives réactions. Pourquoi cette option vous semble-t-elle inacceptable ?
Parce que c’est un non-sens à la fois économique, politique et territorial. Opposer à ce chantier structurant l’argument des contraintes budgétaires pour justifier un PPP, c’est ignorer la réalité du projet. Un tel montage se traduirait par un surcoût massif – 7,3 milliards d’euros supplémentaires pour l’État et les collectivités – tout en retardant de plusieurs années la mise en service. Ce serait un choix perdant pour les finances publiques comme pour les territoires.

Mobily-Cités : Vous insistez sur le caractère stratégique de cette ligne. En quoi la LGV dépasse-t-elle le simple cadre régional ?
La Ligne nouvelle du Sud-Ouest est indispensable pour l’avenir de l’Occitanie et de la Nouvelle-Aquitaine, mais aussi pour notre pays et pour l’Europe. Toulouse, troisième ville de France et capitale mondiale de l’aéronautique, ne peut plus rester exclue de la grande vitesse ferroviaire. Depuis cinquante ans, nos territoires subissent un sous-investissement chronique de l’État dans les infrastructures de transport. Aujourd’hui, 60 % des Français vivant à plus de quatre heures de Paris résident en Occitanie. Cette situation n’est plus acceptable.

Mobily-Cités : L’État met en avant la contrainte budgétaire. Cet argument vous paraît-il fondé ?
Non, car il ne résiste pas aux faits. Les travaux ont commencé depuis plus de dix-huit mois. Près de 2,5 milliards d’euros ont déjà été engagés et plus de 180 marchés de travaux sont attribués, au nord de Toulouse comme au sud de Bordeaux. On ne met pas à l’arrêt un projet de cette ampleur par une vision court-termiste et purement comptable. La Ligne nouvelle ne peut pas devenir une variable d’ajustement au gré des alternances gouvernementales.

Mobily-Cités : Vous défendez un financement public classique. Est-il réellement soutenable ?
Oui, et il est même rationnel. Le financement est sécurisé, planifié et lissé sur quarante ans. La part de l’État, fixée à 40 % du coût total, représente environ 166 millions d’euros par an, soit seulement 0,03 % de son budget annuel. Par ailleurs, des ressources nouvelles existent, identifiées notamment dans le rapport remis par Dominique Bussereau en juillet 2025, comme les recettes issues des péages autoroutiers ou des quotas carbone applicables au transport routier à partir de 2027.

Mobily-Cités : Les collectivités ont-elles, selon vous, déjà fait leur part ?
Elles ont pris leurs responsabilités, à un niveau inédit dans l’histoire des LGV françaises. Les collectivités financent 40 % du projet, contre 0 % pour les premières LGV comme Paris–Lyon ou Paris–Lille, et 30 % pour Tours–Bordeaux. En Occitanie, nous avons déjà contribué à hauteur de 300 millions d’euros pour que la LGV arrive à Bordeaux en 2017. Nous tiendrons nos engagements.

Mobily-Cités : Quel message adressez-vous aujourd’hui à l’État ?
Nous attendons qu’il tienne sa parole et respecte les choix actés collectivement de longue date. Reculer sur ce projet serait une faute politique, territoriale et climatique majeure. La constance et la responsabilité doivent désormais l’emporter.

L’équipe Mobily-Cités

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