Alexandre Delvallez
Directeur Général Groupe Associatif Réunir

« Performance 2027, c’est faire de Réunir un opérateur pleinement indépendant »

Trois ans après une phase de croissance spectaculaire, Réunir change de braquet. Le Groupe Associatif d’autocaristes lance « Performance 2027 », un plan stratégique qui redessine son modèle économique, clarifie son organisation et assume une ambition : devenir un opérateur de mobilité structuré et indépendant.

Entretien avec son directeur général, Alexandre Delvallez.

Mobily-Cités : Depuis 2022, Réunir a connu une croissance spectaculaire. Pourquoi lancer aujourd’hui « Performance 2027 » alors que la dynamique semble pleinement engagée ?

Alexandre Delvallez : Justement parce que la croissance n’est pas une fin en soi. Entre 2022 et 2025, nous sommes passés de 128 à 204 adhérents. Le chiffre d’affaires cumulé de nos PME est passé de 550 à 750 millions d’euros. Notre parc a progressé de 7 500 à 12 500 véhicules et nous représentons désormais près de 13 500 salariés. Cette expansion était stratégique et assumée.

« Performance 2027 » n’est pas un plan de croissance supplémentaire ; c’est une feuille de route de structuration. Il s’agit de stabiliser, professionnaliser, rendre notre organisation plus lisible et plus robuste. En clair : transformer une dynamique quantitative avec nos structures Réunir Association, Réunir Assurances, Syneo et Syabus. Notre ambition est que Réunir demeure un acteur indépendant et crédible face aux grands groupes intégrés.

Mobily-Cités : En filigrane, « Performance 2027 » semble aussi répondre à un enjeu d’indépendance.

Alexandre Delvallez : C’est exact. Plus nous grandissons, plus la question de notre autonomie stratégique devient centrale. Notre modèle repose sur des PME indépendantes, enracinées dans leurs territoires.

Si nous voulons préserver cette singularité face à la concentration du secteur, nous devons être irréprochables en matière d’organisation, de gouvernance et de performance. « Performance 2027 », c’est en quelque sorte la maturité de Réunir : passer d’un réseau en expansion à un collectif structuré..

Notre ambition n’est pas d’être les plus gros. Elle est d’être les plus solides.

 Mobily-Cités : Concrètement, qu’implique cette nouvelle étape ? Qu’est-ce qui change dans l’organisation ?

Alexandre Delvallez : Nous avons d’abord clarifié notre architecture autour de quatre entités clairement identifiées.

D’abord, Réunir Association reste le socle : la représentation, l’animation du réseau et la défense des intérêts de nos PME, les achats mutualisés, la RSE, ensuite Réunir Assurances poursuit son rôle de sécurité et prévention sur mesure, essentiel dans un contexte de tension assurantielle croissante. Saybus incarne notre capacité d’innovation et de mutualisation des services. Enfin, la nouveauté, Syneo qui remplace l’ancienne entité Réunir Services pour tout ce qui concerne les réponses aux appels d’offres.

Notre croissance a été rapide ; elle a parfois brouillé la perception de nos missions respectives. Il fallait remettre de la clarté. Chaque entité a désormais un périmètre défini et des objectifs identifiés.

Mobily-Cités : Justement, Syneo remplace l’ancienne entité Réunir service qui portait assistance aux adhérents pour leurs réponses aux appels d’offres, marque-t-elle une nouvelle ambition ?

Alexandre Delvallez : Absolument. L’ouverture à la concurrence change la donne pour les PME indépendantes. Répondre à un appel d’offres exige des compétences juridiques, financières, techniques, parfois très lourdes et très couteuses pour une entreprise seule.

Syneo structure cette capacité collective. Elle permet à nos adhérents d’accéder à des marchés auxquels ils n’auraient pas pu prétendre seuls, tout en conservant leur ancrage territorial et leur identité entrepreneuriale. L’idée n’est pas de créer un « mini-groupe », mais d’offrir une force de frappe mutualisée.

Nous voulons démontrer qu’il existe une troisième voie entre l’isolement et l’intégration dans un grand groupe : celle d’un collectif organisé et performant.

Mobily-Cités : Il y a aussi une autre nouveauté, c’est “Promotion Réunir”, vous transformez l’adhésion au groupement en un véritable sas d’entrée d’une durée d’un an. Est-ce la traduction d’un changement d’échelle du groupement ou d’une volonté plus profonde de protéger son ADN face aux risques d’adhésions opportunistes ?

Alexandre Delvallez :
Pas seulement. nous avons clairement changé d’échelle. À 100 adhérents, l’intégration pouvait rester relativement informelle. À plus de 200 PME, nous ne pouvons plus fonctionner sur un simple principe déclaratif. La croissance impose de la méthode.

Mais au-delà de la taille, il y a une question de cohérence. Réunir s’est construit historiquement sur l’engagement personnel des dirigeants. Ceux qui siègent en commissions, qui participent aux groupes de travail, qui contribuent aux décisions collectives. Nous ne voulons pas devenir une simple structure de services où l’on consomme des prestations sans s’impliquer.

Durant douze mois, l’entreprise candidate ne fait pas que découvrir nos outils ; elle découvre notre état d’esprit. Elle participe aux travaux RSE, suit des modules de prévention des risques routiers, bénéficie d’analyses assurantielles, assiste aux grands rendez-vous du groupement et rencontre les autres dirigeants. C’est une véritable immersion.

L’idée est simple : l’adhésion ne doit plus être un acte administratif, mais un engagement réfléchi. Dans un environnement réglementaire plus dense, plus concurrentiel, où les DSP mobilisent des moyens importants et où la gestion de crise exige solidarité et confiance, l’alignement culturel devient stratégique.

Mobily-Cités : Cette période d’observation mutuelle apparaît comme un filtre stratégique : en quoi cette “promotion” garantit-elle la cohésion et l’engagement des dirigeants du collectif Réunir ?

Alexandre Delvallez :
Nous sommes entrés dans une nouvelle phase du transport routier de voyageurs. Les regroupements capitalistiques se multiplient, les exigences des collectivités s’élèvent, les contraintes sociales et financières se renforcent. Les PME doivent se structurer pour rester compétitives.

Entrer chez Réunir aujourd’hui c’est intégrer un écosystème complet. Cela suppose une compréhension fine des responsabilités et des engagements.

La promotion permet justement d’anticiper cette exigence. Elle crée un temps long et garantit que les nouveaux entrants adhèrent non seulement à nos services, mais aussi à notre manière de travailler.

Au fond, c’est un outil de gouvernance moderne. Nous ne cherchons pas à grossir pour grossir. Nous cherchons à consolider. La performance, ce n’est pas seulement la croissance ; c’est d’abord la maîtrise de la croissance.

Mobily-Cités : Vous évoquez également un travail sur la lisibilité de l’offre. Pourquoi est-ce devenu un enjeu prioritaire ?

Alexandre Delvallez : Parce que notre développement a été extrêmement rapide. Lorsque vous gagnez près de 80 adhérents en trois ans, vous créez mécaniquement de la complexité.

Nous avons donc retravaillé notre communication et notre site internet avec des parcours différenciés : un espace clair pour les adhérents, un pour les partenaires, un pour les autorités organisatrices de mobilités. Nous voulions que chacun comprenne immédiatement ce que Réunir peut lui apporter.

La lisibilité est une condition de crédibilité. Dans un secteur aussi structuré que celui du transport public, la clarté organisationnelle est aussi importante que la performance opérationnelle.

Mobily-Cités : Réunir est historiquement perçu comme une association d’autocaristes. Pourtant, vous revendiquez désormais clairement un positionnement d’opérateur de mobilité. Pourquoi cette évolution de discours et qu’est-ce que cela change concrètement dans votre relation aux collectivités ?

Alexandre Delvallez : Oui, et c’est un changement de regard que nous assumons pleinement. Réunir est juridiquement une association, mais techniquement nous sommes un opérateur consolidé de mobilité à part entière. Nous sommes aujourd’hui un acteur qui compte dans le transport interurbain, urbain, et périurbain Ce ne sont pas des positions symboliques : elles traduisent un poids réel dans l’organisation des mobilités du quotidien.

Ce qui entretient parfois la confusion, c’est que nous ne sommes pas un groupe intégré et chaque entité adhérente est indépendante dans son développement ses choix et sa stratégie…

Notre modèle est différent. Il repose sur un collectif d’entrepreneurs indépendants qui mutualisent leurs expertises, leurs achats, leurs outils et leur stratégie. C’est une architecture plus horizontale, mais tout aussi structurée.

Face à une collectivité, cela change tout. Un opérateur isolé peut être perçu comme fragile. Un opérateur soutenu par une organisation nationale solide, dotée de références ressources techniques et financières gagne en crédibilité.

Nous ne remplaçons pas nos adhérents : nous les renforçons.

Propos recueillis par Pierre Lancien 

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