Olivier Hucault
Olivier Hucault
Président de L2B Ingénierie

La décarbonation des infrastructures de transport 

Les autocaristes indépendants font face à des choix technologiques complexes (électrique, bioGNV, hydrogène, mix énergétique). Comment L2B Ingénierie accompagne-t-elle ces entreprises dans l’aide à la décision, en tenant compte à la fois de leurs contraintes économiques, de leurs usages réels et des calendriers réglementaires ?

Il faut tout d’abord indiquer que c’est principalement la collectivité ou le donneur d’ordre qui donne un peu le « la » quant aux technologies d’avitaillement. C’est souvent un enjeu politique en cohérence avec l’aménagement du territoire. Et donc dans la plupart des cas, nos clients doivent adapter leur dépôt et parfois leur flotte à cette demande. 

L2B Ingénierie accompagne les autocaristes pour dimensionner au mieux à la fois leur solution d’avitaillement et l’équipement de leur flotte. 

Par exemple, comment dimensionner au mieux le combo batterie / puissance de charge et type de chargeur pour l’électrification d’une flotte ou d’un réseau? Ou bien encore, comment dimensionner une station de charge au bio GNV en fonction des débits autorisés par GRDF ou du temps disponible au dépôt et de la configuration de celui-ci. Ces choix sont pilotés bien sûr par la rentabilité de l’investissement. Le caractère évolutif de l’installation est aussi un paramètre à prendre en compte. Dans tous les cas, il s’agit d’accompagner nos clients dans les compromis qu’ils ont à faire.

L’installation d’infrastructures de recharge ou d’avitaillement est souvent un saut dans l’inconnu pour les PME du transport. Quelle est votre approche pour sécuriser ces projets, depuis les études amont jusqu’à la mise en service, et éviter les erreurs de dimensionnement ou de choix technologiques ?

La notion de sécurisation est très vaste… Elle englobe à la fois la sécurité du site et des personnes, le taux de disponibilité de l’installation -pour éviter les pannes et donc les problèmes en début de service ou les surcoûts de maintenance, mais également la bonne adéquation entre le choix du matériel roulant et le besoin d’autonomie, le retour sur investissement….

 Il n’y a donc pas de réponse simple. Il faut avant tout écouter, échanger et bien comprendre le besoin.  Il faut aussi savoir se donner un peu de temps de réflexion. Mais la réponse est très souvent le fruit de notre expérience. Celle-ci guide nos pas vers des solutions ergonomiques, éprouvées et en accord avec la réglementation, en limitant les choix hasardeux. Au fil du processus d’étude, nous dessinons, dimensionnons, estimons le coût des travaux et souvent également les coûts de maintenance, avec une précision de plus en plus fine. Après quelques incrémentations, les travaux sont lancés. Pendant la réalisation, nous réalisons régulièrement des mises en situation (prototypes) afin de s’assurer de la pertinence des choix au regard des attentes vis à vis de l’installation finale. 

 

Le suivi de chantier est un point critique pour les transporteurs, peu habitués à piloter des projets énergétiques complexes. En quoi votre rôle de maître d’oeuvre ou d’assistant à maîtrise d’ouvrage permet-il de rassurer les exploitants et de garantir le respect des coûts, des délais et de la qualité ?

Le suivi de chantier est un point critique pour les transporteurs car ce n’est pas le travail du transporteur !  C’est, en revanche, le coeur de métier de L2B Ingénierie !

Notre revendiquons le fait de gérer l’ensemble du processus pour notre client… Notre rôle de maître d’œuvre est de le décharger de tout suivi et d’être l’interlocuteur de chaque intervenant pour son compte. La coordination entre les entreprises, les concessionnaires (ENEDIS, GRDF), les services de sécurité, les services de l’urbanisme est réalisé par L2B Ingénierie mais aussi, bien sûr,  le suivi des travaux jusqu’à la réception et la levée des réserves, ainsi que pendant l’année de parfait achèvement. Le client intervient si il le souhaite, peut être invité aux réunions de chantier pour constater l’avancement du chantier et valider certains éléments particuliers.

Plus précisément, en réponse à la question, il faut avoir un tête que chaque projet reste un prototype… Qui n’a jamais été fait auparavant, dans ce contexte, avec ces intervenants, à ce moment là… Nos principaux atouts restent notre expérience – plus de 130 sites aménagés depuis plus de 30 ans et des collaborateurs expérimentés ayant un vécu éprouvé – notre agilité et notre rapidité à réagir face aux imprévus, ainsi que l’engagement des membres de notre équipe pour les projets de nos clients. Cette implication souvent un facteur essentiel de réussite.

 

 Au-delà de l’infrastructure, la transition énergétique transforme l’organisation même des dépôts et de l’exploitation. Comment intégrez-vous les contraintes d’exploitation (rotation des véhicules, disponibilité, maintenance, sécurité) dans la conception des projets que vous accompagnez ?

La première phase de notre intervention est une phase d’observation et d’investigation, ceci afin d’appréhender précisément l’ensemble des contraintes d’exploitation. Différents scénarios d’aménagement sont ensuite produits, souvent sous forme de plan, et présentés aux exploitants. Ceux ci vont intégrer l’ensemble des contraintes dimensionnantes (réglementaires, équipements à installer, bornes, poste de transformation, station de compression, espaces verts…) et surtout l’ensemble des contraintes de remisage et de circulation des véhicules (girations, nombre de place à respecter,…). Sur ces plans, il faut pouvoir indentiifer les points chauds, analyser les risques et surtout échanger avec les exploitants pour que chacun des intervenants puisse s’approprier les changements qui vont survenir. Ces phases d’explication doivent perdurer tout au long du développement du projet.

En fin de travaux, des formations du personnel sont réalisées (borne de recharge électrique, avitaillement BioGNV ou hydrogène, fournisseur du matériel à l’intérieur de l’atelier, etc.), et  des que possible nous aidons à la préparation des contrats de maintenance pour s’assurer de la mise en place de ceux-ci dès la livraison du projet.

Ces différentes étapes nous permettre d’appréhender sereinement le déroulement du projet.

Enfin, beaucoup d’autocaristes indépendants craignent de subir la transition plutôt que de la piloter. Quel message leur adressez-vous pour leur montrer que l’ingénierie peut être un levier stratégique, et non une charge supplémentaire, dans un contexte de forte incertitude technologique ?

La transition énergétique est avant tout un investissement nécessaire. Nous sommes aussi convaincus de la nécessité de conserver toute possibilité d’action et donc d’éviter les engagements sur le long terme, séduisant en matière de gestion court terme mais qui viennent réduire la capacité d’évolution technique et qui engagent l’entreprise in fine dans des mauvais choix financiers – solution de location longues durées par exemple. Nous insistons aussi sur l’evolutivité des sites : prévoir la place pour une extension, prévoir le câblage ou les fourreaux pour des bornes complémentaires, prévoir un container capable d’accueillir des bonbonnes supplémentaires dans le futur… De ce fait l’investissement est parfaitement adapté au besoin du moment sans compromettre la rentabilité du projet.

En plus de se mettre en conformité avec la réglementation (Loi LOM), la mise en place de solutions décarbonées ou privilégiant la sobriété peut être aussi une façon très nette de se démarquer vis à vis de ses concurrents, ce qui, en fonction des directions politiques des collectivités est un élément qui peut apporter des points certains dans les appels d’offres.

Enfin, nous travaillons avec un réseau de partenaires qui permettent d’identifier des solutions de financement public ou privé adaptées à l’entreprise, à sa situation et à l’investissement réalisé.

Propos recueillis par Pierre Lancien

 

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