Le dossier de la LGV Bordeaux–Toulouse–Dax entre dans une nouvelle zone de turbulences. Alors que le calendrier laissait entrevoir, dès cette année, le lancement du processus de sélection des grandes entreprises de BTP, l’État a choisi de rouvrir la question du mode de financement. En privilégiant désormais le recours à des partenariats public-privé (PPP), il prend le risque de retarder un projet pourtant jugé mûr par ses promoteurs locaux.
Portée de longue date par les collectivités du Sud-Ouest, la ligne à grande vitesse, estimée à près de 12 milliards d’euros, devait s’inscrire dans une logique de continuité après des années d’études, de concertation et de sécurisation progressive des financements. Les exécutifs régionaux et métropolitains, engagés financièrement, redoutent aujourd’hui un scénario bien connu : celui d’un projet techniquement prêt, mais politiquement remis à plus tard.
Derrière le débat sur le PPP se cache une divergence plus profonde sur la gouvernance des grandes infrastructures. Pour l’État, il s’agit de contenir l’effort budgétaire dans un contexte de finances publiques sous tension, quitte à transférer une partie du risque aux acteurs privés. Pour les élus locaux, ce choix revient à complexifier le montage, rallonger les délais et introduire une incertitude supplémentaire sur le coût final et le calendrier.
Côté ferroviaire, SNCF Réseau se retrouve une nouvelle fois au cœur d’un arbitrage qui le dépasse en partie. Les études sont prêtes, les emprises identifiées, mais sans décision claire sur le schéma financier, impossible d’entrer dans la phase opérationnelle. Le risque, désormais assumé dans les territoires, est celui d’un décrochage stratégique face à d’autres projets nationaux jugés plus prioritaires.
Au-delà de Bordeaux–Toulouse, c’est bien la crédibilité de la parole publique en matière de planification ferroviaire qui est en jeu. Dans un contexte de transition écologique affichée comme prioritaire, le report d’une infrastructure censée capter une part significative du trafic aérien et routier interroge. Pour les élus du Sud-Ouest, le message est clair : sans décision rapide, le « temps long » du ferroviaire pourrait une fois encore se transformer en immobilisme.
Noémie Rochet



