Les ZFE et la santé publique sacrifiées sur l’autel du populisme ?

30 05 2025 | Actualités

A l’Assemblée nationale, la droite et l’extrême-droite, rejointes par LFI et certains élus de la majorité, ont choisi de supprimer purement et simplement les zones à faible émission. Un dispositif certes imparfait, insuffisamment accompagné, mais qui a le mérite de s’attaquer à un fléau de la pollution atmosphérique à l’origine chaque année en France de 40 000 décès prématurés.

C’est un coup de canif de plus dans l’arsenal environnemental et climatique. Examinant en plénière, mercredi 28 mai, le projet de loi de simplification de la vie économique, les députés ont voté par 98 voix contre 51 la suppression – déjà approuvée en commission – des zones à faible émission.

Désormais, la survie de ce dispositif instauré en 2021 pour se conformer à une directive européenne visant l’amélioration de la qualité de l’air ne tient plus qu’à un fil. L’Assemblée nationale doit encore voter le texte dans sa globalité, avant qu’il ne fasse l’objet d’une commission mixte paritaire avec les représentants des deux chambres.

Une fois passées ces ultimes étapes, il ne resterait plus qu’un recours pour les partisans des ZFE : saisir le conseil constitutionnel pour qu’il invalide les amendements de suppression, portés par le RN et par LR, au motif qu’ils constituent un cavalier législatif, en d’autres termes, qu’ils n’ont rien ou si peu à voir avec les objectifs initiaux du projet de loi.

Compromis ou compromission ?

L’exécutif avait certes déposé un amendement de compromis – pour ne pas dire de compromission – consistant à circonscrire les zones à faible émission aux seules métropoles enregistrant régulièrement des dépassements de seuil de pollution atmosphérique définis par l’Organisation mondiale de la santé, et tenues à ce titre de prendre des mesures d’interdiction, autrement dit à Paris et Lyon (1). Il avait aussi, quelques jours avant le vote, fait savoir que le dispositif de leasing social nouvelle mouture, attendu pour l’automne (la fameuse « voiture électrique à 100 € par mois ») réserverait 10% des 50 000 véhicules à des foyers contraints de se rendre à l’intérieur de ZFE dans un cadre professionnel. Mais cela n’a pas suffi à infléchir la position des députés de droite et d’extrême droite, rejoints par les rangs de LFI, de même que par quelques élus Renaissance.

Il est vrai que même parmi les ministres, tous n’ont pas joué la même partition. Tandis qu’Agnès Panier-Runacher, chargée de la transition écologique, tentait de sauver les meubles, son homologue aux transports Philippe Tabarot concédait, au lendemain du vote terminé, au micro de CNews et Europe 1 : « Je ne vais pas vous dire aujourd’hui que je pleure. »

« Exclusion sociale », « séparatisme », « délires écolos »

Sans surprise, dans l’hémicycle ont fusé une nouvelle fois les expressions « exclusion sociale », « séparatisme », « sentiment d’inégalité » ou encore « délires écolos »… Au fil des mois, les ZFE sont devenues l’incarnation de ce qu’aucuns nomment l’« écologie punitive ».

Faut-il y voir uniquement le signe d’une empathie envers les foyers les plus modestes, incapables de s’équiper en véhicules propres, financièrement inaccessibles ? La crainte de voir s’embraser de nouveau les ronds-points des lointaines périphéries ? Ou bien, entre démagogie et cynisme, l’opportunité de pousser dans le fossé la majorité et la gauche modérée ?

Un volontarisme insuffisant en matière de transports en commun

Certes, ce dispositif aurait dû aller de pair avec des mesures d’accompagnement bien plus volontariste, avec un surcroît d’investissement bien plus conséquent dans les réseaux de transports en commun et autres mobilités douces, comme autant d’alternatives crédibles à une voiture individuelle qui aujourd’hui totalise 9 déplacements sur 10. Certes, les ZFE ont pu apparaître – notamment pour les professionnels du transport amenés à passer d’une métropole à l’autre - comme une construction complexe, tenant largement à un principe de subsidiarité : c’est aux collectivités concernées – peuvent-elles s’en plaindre ? – de déterminer leur champ d’application et leur calendrier, qu’elles ont, pour beaucoup, réaménagé (2).

Mais peut-on vraiment, pour discréditer les zones à faible émission, parler de « punition », quand ce dispositif vise à combattre une pollution de l’air et notamment des particules fines qui, selon Santé publique France, causent chaque année 40 000 décès prématurés (cancers, maladies respiratoires et cardiaques, AVC, etc. ?  Une hécatombe dont sont victimes aussi les Français les plus modestes, contraints d’habiter à proximité de grands axes pollués.

Les ZFE n’ont rien, ou n’avaient rien, d’une solution miracle. Et lutter contre la pollution atmosphérique commande aussi de s’intéresser de près à d’autres activités humaines comme les chantiers BTP, l’industrie et le chauffage. Même à Paris, le chauffage au bois génère davantage de particules fines que le trafic routier. Pour autant, ce dernier demeure la principale source de dioxyde d’azote.

 

Pour Airparif, c’est acquis : les ZFE contribuent à l’amélioration de la qualité de l’air. En 2023, la diminution a atteint 42 % par rapport à 2017. « Sans la mise en place de la ZFE, cette baisse n’aurait été que de 36 % », souligne par exemple l’organisme de mesure. Et l’interdiction des véhicules Crit’Air 3 depuis le premier janvier devrait, selon lui, se traduire par un recul supplémentaire « de 2,2 % du nombre de décès prématurés dus à la pollution de l’air et de 5,2 % de celui des nouveaux cas d’asthme chez l’enfant ».

Faut-il dès lors se passer ces ZFE ? Ou bien aurait-il fallu le rendre plus opérant, en accompagnant véritablement sa mise en place… et en imposant des contrôles effectifs comme l’ont d’autres métropoles européennes ? En 2025, à l’heure du populisme triomphant et d’une post-vérité qui fait fi des enjeux de santé publique, cette question semble hélas bien impertinente.

Pierre Sugiton

  • A part elles, seules deux autres métropoles, Montpellier et Grenoble, interdisent, de leur proche chef, l’accès aux véhicules classés Crit’Air 3, 4 et 5. Les ZFE destiné à s’appliquer à terme à toutes les agglomérations de plus de 150 000 habitants.
  • Parmi les métropoles de plus de 150 000 habitants, celles confrontées à des dépassements de seuil occasionnels sont contraintes uniquement d’exclure les véhicules non classés (les voitures à essence de plus de 20 ans et les diesel vieux d’au moins 15 ans)

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Lui-même se fait le chantre du décloisonnement. « Mon style est plutôt collaboratif, assure ce techno qui fut conseiller de Jean-Marc Ayrault à Matignon, puis de François Hollande à l’Élysée. J’aime bien bosser en équipe, mon bureau ressemble à une salle de réunion. » Il veillera à une ambiance de travail . « Je pense que la brutalité, c’est très contreproductif. » Le corps social du groupe public en aurait-il pâti dans le passé ?

Ces principes managériaux ne constituent pas la facette la plus formalisée des orientations stratégiques que le successeur de Jean Castex a dévoilées le 20 octobre. Mais ils composent le fond de sauce nécessaire à la mutation et le développement du transporteur de 70 000 personnes. La RATP aborde « un moment charnière », répète le PDG. Les filiales ( Cap Ile de France, RATP Dev pour la province et l’international voué à croître) vont bientôt générer plus de chiffre d’affaires que l’EPIC destiné à s’atrophier.

Après les bus, la RATP perdra bientôt en région parisienne, son fief historique le monopole du tram, et enfin des RER et des métros. Sur 9,4 milliards d'euros de chiffre d’affaires projetés en 2030 (contre 7,9 en 2025), les filiales devraient en générer 54%. Rien n’empêche d’ailleurs d’aller sur de nouveaux territoires en Ile-de-France. Le transporteur vise les lignes L et V du réseau Francilien après avoir tenté sa chance lors d’un précédent appel d’offre.

Si le pilote de l’opérateur a livré beaucoup d’indications, on reste sur sa faim concernant le futur comex du groupe et l’organisation de la gouvernance. Il faudra encore patienter « quelques mois » prévient Xavier Piechaczyk pour connaître l’état-major avec lequel il pilotera ce grand chantier.

Car le contour d’un certain nombre de grandes directions sont amenées à connaître un redécoupage avec probablement des changements de tête. Loin d’être anodines, les réflexions inachevées portent sur l’articulation entre les filiales et la tête du groupe et sur le degré de mutualisation des fonctions support et des expertises. « La tête du groupe fixe les grandes orientations, réalise les arbitrages, elle va aussi accueillir des fonctions expertes rares » explique la RATP.

Outre le bon positionnement de ces savoir-faire, les cogitations concernent aussi celui du secrétariat général, des finances, des RH, et de la communication et du marketing. Parmi les syndicats, la CFE CGC espère « une gouvernance claire, cohérente et fiable pour assurer l’avenir de la RATP ».

Pour l’instant, le patron et ses collaborateurs se sont attachés à définir la raison d’être du groupe  ( «Au service de la qualité de ville» ) et à mettre en lumière auprès des salariés l’ADN et les forces d’un groupe industriel aux compétences rares.

Elles s’organise en trois métiers distincts : opérateur et mainteneur complet de solutions de transport ; gestionnaire et valorisateur d’infrastructures urbaines ( tunnels, voies, réseau de chaleur ou de froids, réseau télécom) ; enfin concepteur financeur et exploitant d’équipements et bâtis urbains.

Bref, un travail nécessaire pour rassurer le personnels soumis à des séries de réorganisation ces dernières années, dans une entreprise en pleine mutation identitaire. La conférence de presse de Xavier Piechaczyk s’est d’ailleurs achevée sur le sujet du relookage du logo RATP – un visage dans un cercle symbolisant la Seine et la région parisienne. Il a fait l’objet d’une réflexion entamée avant l’actuel PDG avec une agence de communication, et enrobée d’un discours conceptuel autour du « territoire de marques » à réarticuler.

Résultat des courses : statu quo général, hormis des évolutions cosmétiques que Xavier Piechaczyk a commenté de façon comique : « Ici nous avons rectifié le cercle pour qu’il soit parfaitement circulaire », les bras de Seine ont été raccourcis, là nous avons changé la police de caractère, ici la typographie bleue s’avère « plus affinitaire et impactante ». « Jamais, je n’aurais changé ce logo iconique  » a-t-il glissé ensuite. Bref, c’est qui le patron ?

Marc Fressoz

 

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Lui-même se fait le chantre du décloisonnement. « Mon style est plutôt collaboratif, assure ce techno qui fut conseiller de Jean-Marc Ayrault à Matignon, puis de François Hollande à l’Élysée. J’aime bien bosser en équipe, mon bureau ressemble à une salle de réunion. » Il veillera à une ambiance de travail . « Je pense que la brutalité, c’est très contreproductif. » Le corps social du groupe public en aurait-il pâti dans le passé ?

Ces principes managériaux ne constituent pas la facette la plus formalisée des orientations stratégiques que le successeur de Jean Castex a dévoilées le 20 octobre. Mais ils composent le fond de sauce nécessaire à la mutation et le développement du transporteur de 70 000 personnes. La RATP aborde « un moment charnière », répète le PDG. Les filiales ( Cap Ile de France, RATP Dev pour la province et l’international voué à croître) vont bientôt générer plus de chiffre d’affaires que l’EPIC destiné à s’atrophier. 

Après les bus, la RATP perdra bientôt en région parisienne, son fief historique le monopole du tram, et enfin des RER et des métros. Sur 9,4 milliards d'euros de chiffre d’affaires projetés en 2030 (contre 7,9 en 2025), les filiales devraient en générer 54%. Rien n’empêche d’ailleurs d’aller sur de nouveaux territoires en Ile-de-France. Le transporteur vise les lignes L et V du réseau Francilien après avoir tenté sa chance lors d’un précédent appel d’offre.

Si le pilote de l’opérateur a livré beaucoup d’indications, on reste sur sa faim concernant le futur comex du groupe et l’organisation de la gouvernance. Il faudra encore patienter « quelques mois » prévient Xavier Piechaczyk pour connaître l’état-major avec lequel il pilotera ce grand chantier. 

Car le contour d’un certain nombre de grandes directions sont amenées à connaître un redécoupage avec probablement des changements de tête. Loin d’être anodines, les réflexions inachevées portent sur l’articulation entre les filiales et la tête du groupe et sur le degré de mutualisation des fonctions support et des expertises. « La tête du groupe fixe les grandes orientations, réalise les arbitrages, elle va aussi accueillir des fonctions expertes rares » explique la RATP.  

Outre le bon positionnement de ces savoir-faire, les cogitations concernent aussi celui du secrétariat général, des finances, des RH, et de la communication et du marketing. Parmi les syndicats, la CFE CGC espère « une gouvernance claire, cohérente et fiable pour assurer l’avenir de la RATP ».

Pour l’instant, le patron et ses collaborateurs se sont attachés à définir la raison d’être du groupe  ( «Au service de la qualité de ville» ) et à mettre en lumière auprès des salariés l’ADN et les forces d’un groupe industriel aux compétences rares. 

Elles s’organise en trois métiers distincts : opérateur et mainteneur complet de solutions de transport ; gestionnaire et valorisateur d’infrastructures urbaines ( tunnels, voies, réseau de chaleur ou de froids, réseau télécom) ; enfin concepteur financeur et exploitant d’équipements et bâtis urbains.

Bref, un travail nécessaire pour rassurer le personnels soumis à des séries de réorganisation ces dernières années, dans une entreprise en pleine mutation identitaire. La conférence de presse de Xavier Piechaczyk s’est d’ailleurs achevée sur le sujet du relookage du logo RATP – un visage dans un cercle symbolisant la Seine et la région parisienne. Il a fait l’objet d’une réflexion entamée avant l’actuel PDG avec une agence de communication, et enrobée d’un discours conceptuel autour du « territoire de marques » à réarticuler.

Résultat des courses : statu quo général, hormis des évolutions cosmétiques que Xavier Piechaczyk a commenté de façon comique : « Ici nous avons rectifié le cercle pour qu’il soit parfaitement circulaire », les bras de Seine ont été raccourcis, là nous avons changé la police de caractère, ici la typographie bleue s’avère « plus affinitaire et impactante ». « Jamais, je n’aurais changé ce logo iconique  » a-t-il glissé ensuite. Bref, c’est qui le patron ?

Marc Fressoz

Derrière sa nouvelle signature « Bienvenue en ville », et confronté à l’érosion de ses positions historiques en Île-de-France, Xavier Piechaczyk veut transformer l’opérateur parisien en groupe industriel international. Objectif : 20 % de chiffre d’affaires supplémentaire d’ici 2030. Une ambition qui repose sur la conquête de nouveaux marchés et sur la valorisation d’un patrimoine à valoriser.

La RATP change d’époque. Et Xavier Piechaczyk semble avoir parfaitement compris que le temps des marchés protégés touche à sa fin. L’ouverture à la concurrence en Île-de-France bouleverse le modèle économique du groupe. Il ne suffit plus d’exploiter le métro parisien et de défendre ses positions historiques. Il faut conquérir des marchés, dégager des marges et trouver de nouveaux relais de croissance.

Le chiffre le plus révélateur concerne les filiales. Dès 2027, elles représenteront plus de la moitié de l’activité du groupe. Leur chiffre d’affaires doit atteindre 5 milliards d’euros en 2030, soit un doublement annoncé. Mais attention à l’effet d’annonce : cette progression intègre le transfert des activités historiques du bus vers RATP Cap Île-de-France. Une croissance en partie comptable, donc, qui ne saurait masquer l’enjeu de la conquête commerciale. Ce n’est pas du Bonetto.

Xavier Piechaczyk entend concentrer ses forces là où la RATP dispose d’un véritable avantage concurrentiel : les réseaux complexes et, surtout, le métro automatique. Le groupe revendique une position de numéro un mondial dans cette spécialité dès 2027.

Le message adressé à Keolis, Transdev et aux grands opérateurs internationaux est limpide : la RATP ne cherchera pas nécessairement à être présente partout, mais à s’imposer sur les marchés les plus techniques et les plus rémunérateurs.

L’autre pari est moins spectaculaire, mais potentiellement lucratif. Tunnels, fibre optique, réseaux énergétiques, immobilier, maintenance : Xavier Piechaczyk veut transformer les savoir-faire et les actifs du groupe en véritables centres de profit. La RATP ne vendrait plus seulement des kilomètres parcourus, mais des compétences industrielles et des services urbains.

Cette diversification pose néanmoins une question : jusqu’où peut-elle s'éloigner de son métier historique sans disperser ses moyens ?

Enfin, Xavier Piechaczyk promet une direction resserrée, davantage d’autonomie aux filiales et moins de normes internes. Derrière cette réforme de gouvernance se profile un enjeu décisif : faire fonctionner une entreprise publique historique avec la réactivité d’un groupe soumis à la concurrence.

Reste une faiblesse dans cette feuille de route : si les objectifs de chiffre d’affaires sont affichés, les investissements, les marges visées et les économies attendues ne sont pas détaillés.

La RATP a donc fixé son cap, mais pas encore dévoilé tous les moyens de l’atteindre.

PL