C’est une page qui se tourne à Albi. Le constructeur et rénovateur de bus SAFRA, symbole de l’industrie du transport en Occitanie, vient d’être repris par le groupe chinois Wanrun Automotive. L’annonce, officialisée mi-mai, marque un tournant stratégique pour l’entreprise albigeoise, jusqu’ici restée farouchement indépendante. Fondée en 1955, SAFRA s’était fait un nom dans la rénovation de matériel roulant, avant d’élargir son savoir-faire à la construction de bus à hydrogène – les fameux Businova – en devenant l’un des pionniers français du transport décarboné.
Pour Wanrun, l’opération s’inscrit dans une stratégie de conquête du marché européen de la mobilité propre. Le groupe, basé à Jinhua, est déjà bien implanté en Chine sur les segments de l’électromobilité et des batteries. En mettant la main sur SAFRA, il s’offre non seulement un outil industriel performant, mais aussi un tremplin vers les marchés publics français et européens, où SAFRA avait récemment remporté plusieurs appels d’offres, notamment pour la rénovation de rames de métro et la fourniture de bus zéro émission.
La direction de SAFRA, tout en saluant « une opportunité de développement international », assure que les activités et les emplois sur le site d’Albi seront maintenus. Reste que cette reprise soulève de nombreuses questions. Quel avenir pour la souveraineté industrielle dans un secteur stratégique comme le transport public ? L’innovation française en matière d’hydrogène sera-t-elle préservée ou absorbée par la logique de groupe ? Dans un contexte où l’Europe cherche à limiter sa dépendance à la Chine sur les technologies vertes, la transaction fait déjà grincer quelques dents.
Une chose est sûre : avec l’arrivée de Wanrun, SAFRA change de dimension. Reste à savoir si elle conservera son âme.
Pierre Lancien



