À Strasbourg, certaines inaugurations ont valeur de signal politique. Le 15 novembre en fait partie. Ce jour-là, la ligne F allonge son geste vers Wolfisheim, huit stations de plus, mais surtout un changement d’échelle. On parle d’extension ; il s’agit en réalité d’une bascule. L’ouest strasbourgeois, longtemps périphérique, entre dans le cœur battant de la métropole.
Comme toujours dans ces opérations, le rail n’arrive jamais seul. Le réseau de bus est entièrement recalibré, débarrassé des doublons, recentré sur les correspondances utiles. Les Chron’hop C4 et C5 prennent le relais, fortes de ce triptyque désormais bien identifié : fréquence, amplitude, fiabilité. Elles effacent des lignes historiques, mais n’en réduisent pas la portée : l’ambition est d’offrir plus de lisibilité sans rogner la desserte. Ce n’est pas une simplification, c’est un repositionnement.
Le terminus de Wolfisheim Henri-Rendu devient, lui, une pièce maîtresse. Un pôle d’échanges construit pour agréger les mobilités plutôt que les juxtaposer : parking-relais dimensionné, vélos-parcs, connexion directe aux cars interurbains. L’ouest, longtemps cul-de-sac, se transforme en porte d’entrée. Une intermodalité concrète, pas théorique, pensée pour capter les flux périurbains et les réorienter vers l’épine dorsale du tram.
Mais ce type de projet ne s’évalue pas seulement en kilomètres de rails posés. Il recompose le paysage urbain. La route des Romains, ex-axe routier dense, change de statut : trottoirs élargis, continuités piétonnes, apaisement général, et une piste cyclable bidirectionnelle de près de cinq kilomètres qui accompagne l’arrivée du tram. À Strasbourg, la mobilité active n’est plus un appoint : elle devient un marqueur.
Au final, c’est une nouvelle carte mentale qui s’imprime. Koenigshoffen, Wolfisheim, Eckbolsheim quittent les marges et rejoignent le système structurant. Le tram fixe le tempo, les bus réorchestrent les liaisons, le vélo trouve sa continuité. Derrière l’infrastructure, une évidence : la mobilité est un outil de cohésion sociale.
PL



