Les portes de l’Italie s’entrouvrent pour Ouigo, objet d’une décision assez florentine de la part de l’Autorité de la concurrence italienne. Sur le papier, la SNCF a désormais le droit d’accéder au réseau pour faire rouler 15 futurs TGV m sur le marché intérieur « à partir de septembre 2027 ».
Elle l’a annoncé le 6 mars en réagissant à une décision de l’Autorité italienne garante de la concurrence et du marché (AGCM) qui a fini par trancher un litige entre SNCF Voyages Italia à RFI, l’équivalent de SNCF Réseau, à laquelle le Français reprochait son refus de lui attribuer des sillons. Filiale des Ferrovie dello Stato, RFI est priée de revoir ses critères d’attribution et de faire plus de place aux concurrents de Trenitalia.
La décision de l’Autorité transalpine « n’est toutefois pas suffisante pour permettre la réalisation de l’ensemble du plan industriel de SNCF Voyages Italia, qui prévoit un total de 13 allers-retours quotidiens (9 de Turin à Naples et 4 de Turin à Venise) » juge cependant la SNCF. En somme, le nombre limité de circulation proposée ne lui permettrait pas de respecter son modèle économique et de gagner de l’argent selon le rythme prévu. « Sans ce niveau minimal d’activité, la société ne dispose pas des conditions nécessaires pour justifier l’investissement et poursuivre ses opérations » avance SNCF Voyages.
Le Français envoie un coup de pression sur les pouvoirs publics italiens estimant « essentiel que le gestionnaire garantisse la mise en œuvre rapide des engagements supplémentaires », en révisant l’évolution des critères d’allocation de la capacité, « afin d’assurer à court terme à SNCF Voyages Italia l’accès aux sillons ferroviaires supplémentaires demandés.» Elle réclame aussi des garanties sur l’homologation de son train et sur l’accès aux ateliers de maintenance de Trenitalia.
En appui de son lobbying, le groupe dirigé par Jean Castex avance des arguments économiques quant aux bienfaits d’une libéralisation du rail synonyme d’offre accrue. Citant une étude réalisée par Green, un centre de recherche, la SNCF estime les retombées potentielles de son offre « à plus de 480 millions d’euros par an » comprenant la croissance du PIB, de nouvelles recettes fiscales et plus de 4 000 nouveaux emplois, directs et indirects, sans compter «une réduction des coûts moyens des billets. »
Rien ne laisse penser que ce raisonnement du groupe ferroviaire français ne puisse être appliqué à l’Hexagone.
Marc Fressoz



