Marc Pélissier
Président de l’Association des usagers des transports (AUT) d'Ile-de-France

JOP: «Notre principale inquiétude concerne les lignes déjà fragiles»

Gestion des flux, niveau de l’offre, traitement des incidents et des perturbations… le réseau de transports francilien sera mis à l’épreuve durant la période des Jeux olympiques et paralympiques de Paris. Pas de catastrophe annoncée pour autant, selon Marc Pélissier, président de l’Association des usagers des transports d’Ile-de-France.

Propos recueillis par Sandrine Garnier

 

Mobily-Cités : Depuis la sortie de la crise sanitaire, les Franciliens n’ont pas encore retrouvé la qualité de service à laquelle ils peuvent s’attendre. Où en est-on aujourd’hui ?

Marc Pélissier : La situation commençait à s’améliorer par rapport à l’année 2022, qui a été la plus difficile en raison d’un niveau d’offre nettement inadapté à la reprise de la fréquentation. Mais on a constaté une nouvelle dégradation à la rentrée 2023, avec une production nettement insuffisante sur cinq lignes de métro. Et même sur le réseau de bus, il reste de grandes disparités entre les lignes. Pourtant, le patron de la RATP, Jean Castex, a lui-même déclaré que les objectifs de recrutement avaient été atteints. Mais il faut bien garder à l’esprit que l’état du réseau ne permettra pas de remédier à court terme à l’ensemble des dysfonctionnements. Et la qualité de service restera médiocre sur les lignes structurellement vieillissantes. De plus, les travaux liés au Jeux de Paris ont un impact sur les conditions de trajet des Franciliens, avec notamment les fermetures programmées sur la ligne 14.

Parallèlement, vous avez obtenu de pérenniser le principe d’un dédommagement en cas de dégradation de l’offre.

Enfin, nous avons obtenu un dispositif de dédommagement « ponctualité inacceptable » qui va s’appliquer sur toutes les branches du RER B et deux branches du RER C. Cette compensation ne remplace pas la qualité de service attendue par les voyageurs, mais elle traduit concrètement la prise en compte de leurs difficultés quotidiennes.

Les Jeux olympiques et paralympiques ont lieu dans quelques mois. Estimez-vous que le réseau sera prêt ?

Globalement, nous sommes plutôt confiants. Le réseau francilien ne sera ni désorganisé ni submergé pendant les Jeux olympiques et paralympiques. Mais il est certain que certaines adaptations devront être faites. Les incitations à privilégier le télétravail sont pour le moment trop générales et en même temps assez floues. Nous estimons qu’il vaudrait mieux cibler les zones les plus sensibles, et les plages horaires concernées pour communiquer de façon plus efficace.

Notre principale inquiétude concerne les sites desservis par des lignes déjà fragiles. Les RER B et D pourront-ils fonctionner plus de deux semaines d’affilée sans incident majeur ? Et que va-t-il se passer sur le RER C, où près de 10% des trains sont supprimés actuellement par manque de conducteurs, et où l’été est habituellement une période de réduction de service pour cause de travaux. Nous sommes également vigilants au sujet de la gestion des flux dans certaines stations. La préfecture de police a déjà prévu d’en fermer un certain nombre, jugées inadaptées, mais les passagers vont se reporter sur les autres, ce qui créera inévitablement de la congestion. Pour mieux répartir les flux, Ile-de-France Mobilités a d’ores et déjà demandé aux applications de guidage de ne pas privilégier l’itinéraire le plus court. Cela sera-t-il suffisant ?

Un autre sujet d’inquiétude concerne la gestion des incidents…

Nous demandons depuis des années de faire évoluer le traitement de deux types d’incidents : les colis abandonnés et les malaises voyageurs.

En ce qui concerne les colis et les bagages oubliés, les choses ont déjà changé avec le recours aux équipes cynophiles pour la détection des explosifs. Auparavant, il fallait systématiquement faire intervenir des démineurs, ce qui allongeait considérablement le délai de traitement. Toutefois, les chiens dressés à la détection d’explosif ne sont pas encore assez nombreux, et la RATP devra faire appel à des renforts extérieurs.

Quant aux malaises voyageurs, il semblerait que la plupart soient bénins, et ne nécessitent pas d’intervention du SAMU.

Que pensez-vous de la tarification spéciale JOP ?

Nous sommes favorables à cette tarification spécifique, qui doit permettre d’éviter de faire peser sur les Franciliens le surcoût lié aux JOP. Au-delà des solutions mises en place pour cet évènement, nous soulignons le retard de l’Ile-de-France en matière de billettique. Le spectacle des queues interminables des touristes aux guichets RATP dans les grandes gares parisiennes le prouve quotidiennement. Nous déplorons également le retard pris dans l’intégration des billets origine-destination (au-delà de la zone RATP) à la carte Liberté+, utilisée par les voyageurs occasionnels.

Quel bilan tirez-vous de l’ouverture à la concurrence sur les réseaux de bus de grande couronne ?

A ce stade, nous tirons un bilan plutôt contrasté de l’ouverture à la concurrence en grande couronne. Les changements d’opérateur ont souvent été suivis de dysfonctionnements prolongés sur les réseaux concernés, ce qui a pénalisé les usagers. De plus, les opérateurs se plaignent du manque de rentabilité des contrats, ce qui les empêche de distribuer de l’intéressement à leurs salariés, et alourdit le climat social. Dans ce contexte, on peut s’interroger sur la sécurisation de la continuité de service. Nous demandons à l’autorité organisatrice d’effectuer un bilan transparent du processus, qui nous paraît d’autant plus nécessaire que l’ouverture à la concurrence se poursuit sur la zone centrale pour les bus, et va bientôt concerner également le réseau Transilien.

Ile-de-France Mobilités a annoncé fin 2023 le doublement des lignes de cars express. Que pensez-vous de ces projets ?

Nous soutenons le développement d’un réseau de cars express, qui s’accompagne d’ailleurs d’une redynamisation de l’offre routière en général. Mais nous restons vigilants sur les conditions de réussite de cette offre : coordination avec le réseau structurant, aménagement de gares routières de bon niveau, mise en place des voies réservées sur les autoroutes.

Le covoiturage courte distance peut-il constituer une solution pertinente ?

Nous nous interrogeons sur le potentiel du covoiturage. Certes, cette solution n’est pas très chère à mettre en place, puisqu’elle nécessite peu ou pas d’infrastructure, mais il est évident que son impact restera marginal.

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