Loic charbonnier
Loïc Charbonnier
Président de l’Aftral

« Nous devons mieux faire connaître les métiers de la conduite »

Malgré les efforts des centres de formation, les candidats restent trop peu nombreux pour répondre aux besoins. L’Aftral multiplie les actions de communication et les opérations de terrain. Pour son président, les métiers de la conduite souffrent encore trop souvent d’une mauvaise image. 

Propos recueillis par Sandrine Garnier

 

La pénurie de conducteurs est-elle liée à une baisse du nombre de candidats formés ?

Malgré une augmentation continuelle du nombre de formations de conducteurs, nous ne pouvons pas faire face à la demande qui s’accroit à un rythme encore plus élevé. En 2021, nous avons formé 5600 conducteurs de transport de voyageurs, soit 20% de plus que l’année précédente. Les difficultés liées au remplacement des départs en retraite et aux tensions sur les recrutements avaient été identifiées bien en amont, mais la sortie des confinements a provoqué un phénomène de surchauffe. De plus, le TRM ne s’est pas interrompu durant les confinements, alors que le TRV a été mis au ralenti, voire à l’arrêt pour le scolaire et l’occasionnel. 

Cette situation conjoncturelle est bien prise en compte par l’ensemble des partenaires et des financeurs de la formation (OPCO, pouvoirs publics, partenaires sociaux…). Et l’apprentissage a ouvert de nouvelles possibilités. Avec les transporteurs, nous avons engagé un travail d’information et d’alerte auprès des conseils régionaux et de l’Etat. 

Rencontrez-vous également des difficultés pour recruter vos formateurs ? ne contribuez-vous pas également à retirer des conducteurs du marché ? 

Nous employons 1700 formateurs au total, dont 1100 formateurs conduite, et nous en recrutons 200 à 250 chaque année, alors que nous formons environ 15 000 conducteurs. De plus, nos formateurs ne sont pas issus à 100% des effectifs de conduite, mais ce sont aussi d’anciens moniteurs d’auto-écoles pour les véhicules lourds.  Nos formateurs suivent un parcours d’intégration de 7 semaines au total, dont 5 semaines consacrées à la formation qualifiante de formateur/animateur. Il faut bien entendu des aptitudes personnelles pour devenir formateur Aftral, et nous leur donnons les outils pédagogiques spécifiques. 

Avez-vous les ressources nécessaires pour former assez de conducteurs ?

Notre difficulté principale reste d’attirer des candidats à la formation. Pourtant, nous en accueillons davantage chaque année, mais ce n’est pas suffisant. Avec la reprise économique post-Covid, les taux de chômage passent sous les 6%, voire même sous les 3% dans certains bassins d’emploi, comme la région lyonnaise ou les Pays de la Loire. Cela ne facilite pas les choses. Il faut par exemple compter 120 contacts en moyenne pour mettre en place un groupe de 12 candidats à la formation au permis D. 

Face à ces difficultés de sourcing, nous avons mis en place des moyens sans précédent pour recruter de futurs conducteurs, via des opérations de communication digitale et de terrain, car rien ne remplace le contact direct avec les personnes en recherche d’emploi ou en reconversion. 

Comment les attirer ?

Nous devons nous concentrer avant tout sur l’image de la profession dans le grand public. Il faut absolument mieux faire connaître les métiers du transport et faire évoluer les représentations. Pour cela, nous devons faire preuve de pédagogie, expliquer et rendre ces métiers mieux visibles, en liaison avec les entreprises qui sont les meilleures ambassadrices de leurs savoir-faire. Les retours d’expérience montrent que les opérations de communication organisées de façon conjointe avec l’Aftral et un transporteur sont toujours les plus efficaces. Elles permettent notamment la rencontre entre le candidat et l’entreprise.

Pour augmenter le nombre de conducteurs, nous devons également aller vers de nouveaux publics. A commencer par les personnes en situation de handicap, qui peuvent dans certains cas parfaitement exercer ces métiers, avec des adaptations du poste de conduite. Nos centres de Rennes, Creil, Lyon et Toulouse sont déjà équipés d’outils de formation spécifiques. Et notre objectif est de former 200 personnes en situation de handicap chaque année. 

Nous nous tournons également vers les personnes éloignées de l’emploi, avec des partenaires spécialisés dans les parcours d’insertion, comme Vitruve Mobilité. Enfin, nous étudions aussi la piste des personnes étrangères, pour lesquelles la maîtrise de la langue française constitue un obstacle à lever.    

Certains transporteurs ont le sentiment que le recours au simulateur de conduite est trop important par rapport au volume d’heure de formation. Qu’en pensez-vous ? 

Il ne faut pas rejeter le principe du simulateur. Je précise que dans la formation initiale des conducteurs, il ne représente que 20% des heures de conduite. Nos équipes l’utilisent en début de formation, ce qui permet de gagner du temps dans les apprentissages, en démarrant tout de suite la pratique de la conduite. Bien sûr, comme l’ensemble des outils et des supports pédagogiques, il faut que le simulateur soit bien utilisé. Nous nous attachons également à ce que tous les candidats au titre professionnel conduisent avec une boîte manuelle, dont nos simulateurs sont équipés. Nous sommes conscients de la réalité du terrain. Si le TRM et le transport urbains de voyageurs fonctionnent essentiellement avec des boites automatiques, nous savons que le parc de véhicules scolaires et de tourisme reste largement équipé de boites manuelles. 

Avez-vous converti votre parc de véhicules-école aux énergies alternatives au diesel ? 

Nous disposons de véhicules électriques uniquement sur les VUL, ce qui correspond aux besoins du marché. Et nous allons accueillir nos premiers véhicules TRM au B100. Sur le transport de voyageurs, le GNV représente une partie de notre flotte. Avec les difficultés d’approvisionnement des constructeurs et les tensions sur les chaînes de production, nous devons faire face à des délais de livraison d’un an ou plus, ce qui totalement inédit. Et nous sommes également confrontés à la hausse des prix du gaz et de l’électricité, même si nos véhicules roulent moins que ceux des transporteurs. 

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