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Laurence Broseta
Directrice générale en charge de l'International du groupe Keolis

Australie, Etats-Unis, Moyen Orient : « Nous souhaitons avant tout nous renforcer sur nos marchés actuels »

Keolis compte sur ses atouts pour consolider ses positions et gagner de nouveaux marchés à l’international. Métro sans conducteur, tramways, transports décarbonés… l’opérateur français multiplie les références dans les 13 pays où il est présent. Laurence Broseta, directrice générale International du groupe, fait le point sur les perspectives de croissance.

Propos recueillis par Sandrine Garnier   

 

Mobily-Cités : Quelle est la situation de Keolis à l’international ? Quels sont vos points forts ?

Laurence Broseta : Keolis est présent dans 13 pays, dont la France. A l’étranger, nous opérons aussi bien des réseaux ferrés locaux que des métros, tramways, ou des lignes de bus. Nous sommes fortement implantés en Amérique du Nord, en Australie et au Moyen-Orient, ainsi qu’en Europe avec notamment la Suède et la Grande-Bretagne. 30.800 collaborateurs sont actifs à l’international, sur un total de 68.000 au sein du groupe.

Nous sommes leader mondial du métro sans conducteur, avec un total de 452 km de lignes (en opération ou en construction), dont le plus long réseau du monde, à Dubaï avec 90 km de lignes. Nous exploitons 5 réseaux ferroviaires sur 5 continents, et plus de 1.000 km de tramways dans 9 pays. Enfin, nous opérons 23.000 véhicules dont 4.300 circulent aux énergies alternatives électriques.

Plus de quatre ans après le début de la pandémie de Covid-19, la fréquentation est-elle en train de revenir à la normale ?

En France, la gestion en mode intégré a souvent permis de mieux récupérer après la crise sanitaire. A l’étranger, la situation est très diverse. Aux Etats-Unis par exemple, certains réseaux exploités en gestion directe restent en dessous des 40%. Alors qu’à Boston, où nous opérons les lignes du réseau ferroviaire de banlieue, nous avons réussi, avec notre client, à mettre en place les solutions qui ont bien marché en France, comme renforcer les services aux heures creuses et le week-end, et le trafic est revenu à 90% de son niveau d’avant Covid. A l’instar de ce qui se passe en France, on observe partout ou presque une baisse des trajets domicile-travail liée au développement du télétravail, et une augmentation des trajets en dehors des pointes. A l’international, certains clients, autorités gestionnaires de transports ont anticipé la fin des contrats en cours à la sortie de la pandémie et relancé des appels d’offre afin de mettre en place de nouvelles conditions plus adaptées au contexte.

Le savoir-faire français est-il un atout pour remporter des marchés ?

C’est en partie grâce au cadre spécifique des délégations de service public que Keolis a pu développer des savoir-faire qui dépassent le simple rôle d’un tractionnaire. A l’étranger, les contrats multimodaux restent l’exception, le seul exploité par Keolis est celui de Newcastle, en Australie.

Les démarches du type Keoscopie, grâce auxquelles Keolis étudie depuis des années les attentes et évolutions des comportements des passagers, sont par exemple très appréciées et utiles à l’étranger. Réciproquement, nous bénéficions aussi de l’expertise internationale. Les pays du Nord de l’Europe ont par exemple été pionniers en matière d’énergies alternatives, avec l’utilisation du gaz, puis du Biogaz, et passent maintenant à l’électrique.  Nous partageons ainsi les connaissances acquises dans le domaine de l’électrification des bus et des énergies décarbonées avec l’ensemble des clients du groupe. Cela inclut également les projets pilotes de bus à hydrogène, en France ou aux Etats-Unis, où nous mettons en service une flotte de 33 bus hydrogène à Foothill, dans la vallée de San Gabriel, en Californie.

Nos clients à l’international sont aussi très friands d’innovations. A Doha ou à Dubaï, la priorité est clairement de rester en tête avec des matériels et des technologies de pointe, depuis l’information voyageur jusqu’à la maintenance prédictive. A Dubaï par exemple, nous collectons automatiquement et analysons les données sur l’état des voies du métro automatique pour anticiper les interventions nécessaires avant que des défauts n’engendrent des perturbations du trafic. De même, au dépôt, un robot contrôle l’état des rames en effectuant des relevés d’un très grand nombre de paramètres qui sont analysés et permettent de prévenir les pannes.

Nous avons mis en place une solide organisation de knowledge management qui permet, au sein des communautés métiers, le partage des innovations, des bonnes pratiques et des retours d’expérience. De cette manière, l’ensemble du groupe peut bénéficier des innovations développées localement.

Quelle est votre stratégie de développement à l’international ?

Nous souhaitons tout d’abord nous renforcer sur nos marchés actuels. Par exemple l’Australie est le deuxième pays de Keolis et nous y consolidons nos positions. Nous avons connu 15 ans de succès dans ce pays avec notre partenaire local, le groupe Downer, qui apporte à notre joint-venture Keolis Downer une expertise en matière d’ingénierie, de production et de maintenance de trains. A Melbourne, nous exploitons via Keolis Downer le réseau de tramways depuis 14 ans (le plus vaste réseau de tram au monde avec 250 km de voies), avec deux contrats remportés successivement, et nous avons mobilisé nos meilleurs savoir-faire pour gagner l’appel d’offres en cours pour le renouvellement. Fort de notre position de leader dans les métros automatiques, nous visons ce marché en Australie, avec deux cibles : le futur métro automatique à Melbourne, Suburban Rail Loop, et le projet Sydney Metro West. Nous avons été préqualifiés pour répondre aux appels d’offre pour l’exploitation et la maintenance sur ces deux projets.

Aux Etats-Unis, qui sont le troisième pays du groupe, nous venons de démarrer deux contrats au 1er janvier 2024. A Phoenix (Arizona), pour la gestion d’un réseau de 300 bus sur 4 ans, et à Austin (Texas), où nous exploitons pour 5 ans, 25 lignes de bus, 430 véhicules (dont 20 électriques). Ces deux contrats s’ajoutent à ceux de Foothill et Orange County (Californie), qui totalisent 256 véhicules. Au total, ces trois nouveaux contrats, ajoutés aux renouvellements de l’année, nous ont permis de doubler notre activité bus aux Etats-Unis en un an.

Nous restons également actifs dans nos autres pays, et potentiellement dans de nouveaux pays, par exemple au Moyen-Orient, en particulier sur les métros automatiques en nous appuyant sur notre position de leader. 

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Président de l’Institut de la Gestion Déléguée (IGD)

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