Jean-Pinard
Jean Pinard
Directeur du Comité régional du tourisme et des loisirs d’Occitanie

« Encourager les touristes à utiliser les transports en commun »

La Région a adopté une stratégie en trois points visant à favoriser des mobilités plus durables : travailler l’offre de déplacement en accordant de l’attention au dernier kilomètre, avoir des tarifs attractifs et veiller à bien informer les usagers de cette offre pour les inciter à ne pas prendre leur voiture. Explications avec Jean Pinard, directeur du Comité régional du tourisme et des loisirs.

Propos recueillis par Charline Poullain

Mobily-Cités : Quelle est la part du tourisme dans les émissions de gaz à effet de serre dues au transport ?

Jean Pinard : Le tourisme représente 7% du PIB et 11% des gaz à effet de serre émis en France. Donc il contribue au réchauffement climatique et à la pollution de l’air. Et ce qui pollue le plus, c’est le transport. C’est compliqué de s’attaquer au problème, car il n’y a pas de tourisme sans transport !

Quelles sont les pistes de travail ?

Nous intervenons sur plusieurs niveaux. Le premier concerne l’offre. Le dernier kilomètre ne doit pas être trop compliqué. Par exemple, Montpellier n’est pas relié directement en tram jusqu’aux plages. De même, la Grande-Motte a été aménagée il y a plus de cinquante ans sans que l’on se soucie de la mobilité entre la gare, l’aéroport et la station touristique où 100 000 personnes viennent l’été. Peu de collectivités lancent de nouvelles lignes de tram, de train, donc il faut s’appuyer sur les infrastructures existantes. Pourquoi ne pas les utiliser davantage ? Je rêve d’un TGV qui relierait Londres ou Berlin à Barcelone la nuit… Cela veut dire plus de matériel roulant, mais c’est peut-être cela l’avenir du tourisme dans notre région, et pas toujours le recours aux compagnies aériennes low-cost. Le deuxième point sur lequel je parie beaucoup est l’information : les organismes de gestion de destinations (offices de tourisme, comités départementaux et régionaux) ont toujours considéré que leur mission était de vendre la destination, avec des spots télé, des campagnes de publicité… Je pense qu’il faut en revenir et, plutôt que de mettre beaucoup d’argent dans la communication, investir dans l’information. Nous avons jusqu’ici assez peu poussé l’information auprès des touristes comme des habitants pour leur dire qu’il existe des bus et des connexions pour telle ou telle destination. Montrer par exemple qu’il est possible de prendre le train depuis Toulouse pour aller faire du canoë-kayak. Pour moi, l’office de la mobilité, c’est ça : donner l’information et encourager les visiteurs à prendre un transport en commun et laisser leur voiture chez eux.

La troisième brique est celle de la tarification, qui encourage à prendre le train plutôt que la voiture, et nous avons la chance en Occitanie d’avoir des trains gratuits pour les 15-25 ans l’an prochain et les trains à 1€ le premier week-end de chaque mois. Si l’on pousse une bonne information avec une tarification hyper favorable, on met du monde dans les transports collectifs. Nous parions sur le fait que c’est pareil pour les activités de loisirs. En prenant un train à Toulouse, direction Brive et en descendant à Souillac, vous êtes sur les bords de la Dordogne en 2 heures. Par ailleurs, nous avons la chance d’avoir quatre trains de nuit sur les six en service France : Lourdes, Rodez-Albi, La Tour de Carol dans les Pyrénées et Cerbère à la frontière espagnole… 45 gares d’Occitanie sont desservies au départ de Paris. Je voudrais que l’on puisse proposer aux voyageurs un petit-déjeuner à leur descente du train. Ce sont des services à inventer. On attend ce travail des offices de tourisme, qu’ils aillent voir les hôteliers, les propriétaires de gîtes ou de campings.

Le rendez-vous annuel des Convergences touristiques s’est déroulé à la Grande Motte mi-octobre sous le signe du tourisme positif. Que recouvre ce terme pour le CRTL ?

Nous voulons l’appréhender sous trois angles : l’aspect durable, l’inclusion soit l’accès pour tous car il y a encore 40 % de Français qui ne partent pas en vacances, et le développement local. En organisant les Convergences à la Grande Motte, nous avons voulu rappeler l’importance de ces grandes stations : elles sont aménagées et équipées pour accueillir 100 000 personnes, avec une station d’épuration et un ramassage d’ordures dimensionnées. L’enjeu est finalement celui de la démocratisation du tourisme. Quel type d’aménagement veuton, pour quelle capacité et pour y faire quoi ?

C’est donc un travail sur le long terme…

Oui, il faut un accompagnement des entreprises sur la gestion de l’eau et des énergies. L’Occitanie va être l’une des régions les plus impactées, on l’a vu cet été avec la pénurie d’eau dans les Pyrénées-Orientales. Il se peut que les pouvoirs publics obligent à des arbitrages et donnent la priorité à l’agriculture. Il faut donc d’autres modes de gestion des équipements, avec plus de frugalité. Rien n’oblige par exemple un hôtelier à mettre la climatisation à 17°C avant l’arrivée des clients. Quant à la valorisation des circuits courts, elle demande des efforts de logistique.

Le bilan estival fait apparaître une fréquentation en hausse dans les Pyrénées et le Massif Central. S’agit-il d’une tendance de long terme ?

Ce succès est lié aux efforts en matière d’offres d’hébergement effectués dans les destinations rurales. On y trouve de plus en plus d’hébergements avec piscines, mais aussi des écolodges… C’est la concrétisation d’un changement de paradigme. La saison estivale se termine plutôt bien. La fréquentation a été très forte au printemps, un peu moins en juillet d’où une crainte au milieu de l’été. Mais rien ne nous oblige à penser que le tourisme doit progresser en volume chaque année !

Pont-Vieux,-Montauban

Montauban est accessible en TER.

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