Guillaume -Villeton-Pachot
Guillaume Villeton-Pachot
Directeur général des Transports SUMA

« Le bio carburant concilie rentabilité économique et respect de l’environnement »

En tandem avec RATP Dev à Toulon, SUMA a choisi le biocarburant pour ses Intouro hybrides. Le HVO utilisable sur tous les véhicules thermiques permet de réduire jusqu’à 90% des émissions de gaz à effet de serre. Retour d’expérience avec Guillaume Villeton-Pachot, qui évoque les différents volets de sa démarche environnementale.

MobilyCités : La Société Nouvelle des Transports SUMA est associée à RATP Dev pour l’exploitation du réseau Mistral à Toulon. Comment les missions sont-elles réparties entre les deux entreprises ?

Guillaume Villeton-Pachot : Le contrat a démarré le 1er mai pour une durée de 6 ans et représente un chiffre d’affaires cumulé de 15 M€ pour SUMA qui est associée avec RATP Dev dans la filiale locale, RATP Dev Toulon Provence Méditerranée. RATP Dev a repris les activités de la régie mixte des transports toulonnais (RMTT) avec ses 350 véhicules, et SUMA une partie des lignes urbaines interurbaines (Lignes du Var) auparavant gérées par Transdev et Keolis. Nous n’avons pas repris les dépôts des précédents exploitants, nous opérons aujourd’hui ces lignes de nos dépôts de Hyères et de Sanary, là où nous sommes présents depuis plusieurs années. Nous avons 45 véhicules en interurbain et 30 en urbain, soit 85 au total en comptant les véhicules de réserve, et une centaine de conducteurs. Concernant les salariés, le passage de relais s’est bien déroulé puisque la majeure partie du personnel est restée. Ce qui n’est pas forcément le cas partout… Nous avons 45 véhicules en interurbain et 30 en urbain, soit 85 au total en comptant les véhicules de réserve, et une centaine de conducteurs.

Quelles sont les caractéristiques de la flotte, et comment va-t-elle évoluer ?

Les bus urbains, qui sont la propriété de la Métropole, sont des véhicules au gaz et hybrides. Sur les lignes interurbaines, nous faisons circuler nos véhicules, pour lesquels nous nous sommes engagés à une sortie complète du diésel d’ici la fin de l’année 2023. Notre choix s’est porté sur des véhicules de marque Mercedes Intouro hybrides alimentés au biocarburant HVO/XTL, dont la quasi-totalité devrait être livrée à la fin de l’année 2023.

Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

Nous utilisons du HVO/XTL depuis plus de 18 mois sur nos autres sites et nous en sommes très satisfaits, à tel point que nous avons même basculé l’ensemble de nos contrats clients sur ce biocarburant. Le couple XTL/HVO est miscible et présente une très bonne rétrocompatibilité. Il ne nécessite pas de gros travaux d’adaptation au niveau des dépôts en dehors du remplacement des cuves. Concernant la maintenance des véhicules, celle-ci reste inchangée. Pour les conducteurs, il n’y a pas de différence avec le diésel : pas de manipulation spécifique, pas de délai de remplissage, pas de contrainte d’autonomie. De plus, le HVO est produit en France à partir d’huiles végétales traçables. Il vient même de notre région puisque nous l’achetons à la raffinerie Total de La Mède ou auprès de DPF Fos-sur-Mer. Avec les cars hybrides, ce choix nous permet d’accéder à la vignette Crit’Air, qui garantit l’accès aux ZFE (zone à faible émission). Pour nous, c’est un excellent compromis entre l’équilibre financier et le respect de l’environnement. De la même façon, c’est aussi une bonne solution pour les collectivités qui peuvent utiliser l’argent public autrement que pour acquérir des véhicules électriques ou hydrogènes encore très onéreux et peu adaptés aux missions interurbaines.

Avez-vous également testé d’autres biocarburants comme le B100 ?

Oui, nous avons 80 autocars de marque MAN au B100 à Marseille, en majorité pour le compte de la Métropole Aix-Marseille et de la Région Sud.

Et du côté du retrofit ?

Nous avons aussi mis en place avec Greenmot un rétrofit sur un Iveco Crossway. Cette solution nous semble la plus pertinente à l’heure actuelle et permet une réutilisation très vertueuse de nos véhicules. La fabrication est là aussi française et permettra l’année prochaine la construction de nouveaux véhicules de manière très rapide.

Comment financez-vous ces acquisitions ?

Nous avons généralement recours au crédit-bail pour acheter nos véhicules. Et les établissements bancaires proposent de plus en plus souvent des financements à taux réduits pour les véhicules propres.

Quelles sont les autres initiatives que vous avez prises pour décarboner votre activité ?

Nous nous efforçons de tendre vers la neutralité avec le déploiement de panneaux photovoltaïques sur nos bâtiments. Nous totalisons ainsi une puissance de 200 KW-crête, ce qui couvre nos besoins journaliers. Nous nous sommes également de plus en plus engagés dans le recyclage des déchets au niveau des bureaux et des ateliers.

Dans une région comme la vôtre, est-il envisageable de réduire le recours à la climatisation ?

Nous avons testé cette solution avec une climatisation bridée sur certains véhicules. Suite au mécontentement de notre clientèle, nous avons dû revenir en arrière. Aussi, le double vitrage sur les véhicules permet de modérer la température à l’intérieur. Nous réfléchissons également à installer des ombrières photovoltaïques sur nos parkings qui protègeraient les cars du soleil et qui ont en plus l’avantage d’accueillir des panneaux solaires. Nous avons un gros projet sur la commune de Gardanne.

On parle aussi beaucoup de pénurie d’eau. Que peut faire un transporteur sur ce sujet ?

Nous avons été confrontés l’année dernière à des restrictions d’eau du mois de juin à octobre sur certaines communes. Quand l’arrêté préfectoral est pris, nous devons cesser de laver les véhicules. Seules certaines stations de lavage avec retraitement et pulvérisation haute pression sont autorisées à fonctionner. Nous commençons à réfléchir à des solutions de mutualisation pour nous équiper de ce type d’installation.

Au niveau des bureaux et des ateliers, nous avons mis en place des mesures qui permettent de mieux contrôler la consommation d’eau, comme des robinets avec détecteur de mouvement. C’est efficace, mais le plus gros de la consommation est lié au lavage des véhicules.

Vous êtes référent Transport de voyageurs pour l’OTRE. Comment abordez-vous ces thématiques avec vos confrères ?

Nous sommes tous concernés par ces sujets sur lesquels nos leviers d’action passent principalement par la conversion des véhicules et le choix des énergies. Ma place de Président délégué section Voyageur régional me confère aussi la possibilité de m’impliquer davantage dans les démarches écologiques voulues par les autorités organisatrices.

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