Portrait Francois-rage
François Rage
Président du Syndicat mixte des transports en commun de l'agglomération Clermontoise (SMTC-AC)

« Inspire est avant tout un projet de territoire »

20 ans après avoir accueilli sa 1ère ligne de tramway, Clermont-Ferrand vit au rythme des travaux de réalisation de 27 km de BHNS. Fin 2025, la mise en service de ces deux lignes de BHNS va permettre d’augmenter l’offre de transport urbain et de compléter le maillage du territoire. Pour François Rage, maire de Cournon d’Auvergne et président du SMTC, Inspire porte les ambitions de la capitale auvergnate en matière de déplacements et de cohérence territoriale.

Propos recueillis par Sandrine Garnier

Mobily-Cités : Quels sont les objectifs visés grâce à la mise en service des deux lignes de BHNS Inspire ?

François Rage : Nous voulons faire passer la part modale de la voiture de 61 à 50% d’ici à 2030 sur le ressort territorial du SMTC, qui comprend trois communes de plus que le périmètre de l’agglomération. Parallèlement, la part des transports urbains doit passer de 7 à 12%, et celle du vélo de 2 à 5%. Sur les deux lignes de BHNS, la fréquence sera de 6 à 8 minutes aux heures de pointe. Le site propre et la priorité aux feux permettra de gagner du temps de trajet, mais c’est le cadencement qui crée la bascule et fait vraiment la différence. Et avec le développement de l’info voyageurs, plus besoin de se demander à quelle heure passe le prochain bus. De plus, le reste du réseau sera réorganisé pour améliorer les rabattements et les dessertes capillaires.

 

Le trajet de Cournon d’Auvergne, la ville dont vous êtes maire, jusqu’au centre de l’agglomération, va passer de 45 à 30 minutes. De quoi attirer davantage d’usagers vers les transports urbains…

Nous avons organisé la concertation à la fin 2020 et au début 2021. A l’époque, les arguments liés à la lutte contre le réchauffement climatique ne portaient pas. Depuis, la prise de conscience a progressé. Les épisodes de sécheresse, les incendies de l’été 2022, les inondations, les orages ont rendu les évolutions plus concrètes… mais Clermont-Ferrand est une ville moyenne, épargnée par les embouteillages, dans laquelle la plupart des gens continuent de se déplacer en voiture. On peut même dire que Clermont-Ferrand a été construite pour la voiture. Associée au sentiment de liberté et d’autonomie, l’automobile reste considérée comme pratique et facile. Et même avec l’augmentation des prix des carburants, les trajets en voiture ne sont pas ressentis comme un coût insupportable dans le budget des ménages. Mais sans action de notre part, les projections montrent une augmentation du trafic automobile qui conduirait à paralyser certains axes.

 

Et que pensez-vous des incitations tarifaires, voire du recours à la gratuité ?

Nous pratiquons la gratuité pendant les week-ends, ce qui entraîne déjà une augmentation de fréquentation de 25 à 30%. Mais nous n’envisageons pas d’étendre la gratuité sur l’ensemble de la semaine, car nous aurons besoin de recettes supplémentaires pour assurer l’exploitation du futur réseau. Nous avons programmé 1 Md€ d’investissements sur dix ans pour réaliser l’ensemble du projet, en incluant les aménagements routiers.

 

Comment, dans ces conditions, inciter les ménages à laisser leur voiture au garage ? Allez-vous prendre des mesures contraignantes ?

C’est sans doute au niveau de la circulation automobile que les changements seront les plus importants au quotidien. Pour favoriser l’insertion des lignes Inspire, nous allons modifier considérablement le plan de circulation dans l’agglomération. L’ensemble des boulevards périphériques, actuellement à 2×2 voies, vont être mis à double sens. Et nous déployons des pistes cyclables le long des voies du BHNS. De plus, nous préparons la mise en place d’une Zone à trafic limité (ZTL) dans le centre-ville de Clermont-Ferrand pour l’automne 2025.

Comment cette ZTL est-elle perçue par les professionnels ?

De façon générale, les évolutions en cours sur la mobilité sont bien perçues par les milieux économiques, qui soutiennent le changement d’image de la ville. Pour financer le projet Inspire, nous avons augmenté le Versement mobilité à son taux maximal de 2%, donc nous avons démarré très tôt les discussions avec les employeurs concernés. Beaucoup d’entre eux ont d’ailleurs mis en place des plans de mobilité. Clermont-Ferrand souffre d’un manque d’attractivité, qui pénalise les employeurs en quête de talents. Notre politique de développement de solutions de mobilité décarbonée va contribuer à faire évoluer la ville.

Avez-vous également engagé des actions pour soutenir la mobilité alternative à la voiture individuelle au-delà de l’agglo ?

La structure juridique du syndicat mixte permet de travailler avec les communautés de communes des alentour qui ont choisi de prendre la compétence Mobilité, mais qui ne disposent pas des moyens humains et financiers pour la mettre en œuvre. Nous avons par exemple un partenariat avec la communauté de communes Mond’Arverne, qui rassemble 27 communes et 40 000 habitants au sud de Clermont-Ferrand, autour du plateau de Gergovie. Et nous travaillons aussi avec la communauté de communes de Thiers Dore et Montagne, qui compte 30 communes et 40 000 habitants. Nous devons proposer des solutions de mobilités aux habitants de ces territoires, les rassurer sur les possibilités de se rendre à Clermont-Ferrand en stationnant sur un parc-relais pour emprunter ensuite les transports en commun. Le SMTC démontre ainsi toute sa capacité à devenir un outil de solidarité entre la métropole et les territoires ruraux qui l’entourent. Inspire n’est pas seulement un aménagement clermontois, mais un véritable projet de territoire qui s’intègre au développement urbain et social.

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